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Soulkriver
09/07/2005, 13h52
http://www.hideout.it/articoli/763_2.jpg

Chris Marker est né 1921 sous le nom de Christian-François Bouche-Villeneuve (d'où l'intérêt d'un pseudo sans doute). C'est un homme très secret et très mystérieux. Ami de Resnais, il co-réalise Les Statues Meurent Aussi, et fut son assistant sur Nuit et Brouillard.
En plus d'être cinéaste, Marker est écrivain, photographe, et voyage beaucoup. Il s'interesse de très près à l'état du monde (on peut supposer qu'il ne veut plus montrer certains de ses films, comme Le Fond de l'Air est Rouge, qui n'est plus d'actualité, le monde ayant changé depuis la chute du communisme).
Au-delà des arts traditionnels, Marker s'est aussi interessé aux nouvelles technologies, il a mis au point un CD-Rom, Immemory.
Détail anodin, mais pourtant capital, Marker adore les chats, on en retrouve dans toutes ses oeuvres et en fait sa signature:
http://www.moma.org/exhibitions/1995/videospaces/markerPortrait.gif


Filmo (http://french.imdb.com/name/nm0003408/)


1962 - La Jetée

Sans doute son seul film de fiction, mais quel film! A partir d'images "mortes", il fait un film plein de vie, hanté par Vertigo, avec sa narration, son découpage rythmé avec grande qualité, le son. Un coup de génie énorme, qui ravit des générations de cinéphiles.

1983 - Sans Soleil

Ce documentaire est tellement subtil, intelligent, complexe, qu'à mon avis, il faut y retourner plusieurs fois (au jour d'aujourd'hui, je ne l'ai visionné qu'une fois). Ou alors, c'est moi qui n'est pas assez intelligent, ce qui est très fort possible. C'est un voyage entre l'Afrique et le Japon.
Il faut déja comprendre ce qui nous est montré. La narration est la voix d'une femme qui lit des lettres d'un cameraman (Sandor Krasna, qui existe, mais je ne retrouve pas sa trace sur imdb). Dès lors, on vient à se poser la question: d'où viennent les images: de Krasna ou de Marker? La réponse me reste encore ambigu. La partie du Japon est clairement de Marker, mais celle de l'Afrique, je doute encore.
Ce va-et-vient entre le Japon (on est dans les 80's) et l'Afrique permet à son auteur de poser tout un tas de thèmes. La différence entre les deux pays est la plus évidente, entre un continent où la misère est omniprésente, et un pays ultra-technologique. Mais il y a d'autres thèmes (c'est là où le film est vaste), comme celle de la mémoire, des images, etc...
C'est clairement interessant, unique. Mais une partie du film souffre de son époque, quand Marker montre un gadget permettant de déformer les images (le video artiste), tout devient franchement démodé (et pour enfoncer le clou, on a droit au chant de Dombasle).
C'est le film le plus complexe de Marker parmis ces documentaires), c'est pour ça que je suis un peu distant avec lui. Par ailleurs, il n'est pas impossible que je me replonge dedans bientôt pour l'occasion!

1985 - A.K.

Sur le tournage de Ran, Marker pose sa vision, agrémenté par ses commentaire d'une intelligence exemplaire. C'est un chant d'amour au Cinéma, et un hommage vibrant à Kurosawa. Comme l'avait dit Jean, on est bien loin des making-of promotionnels!

1997 - Level Five

Marker se penche sur la bataille d'Okinawa, véritable boucherie (parmis les morts: 12 000 GI, 100 000 soldats japonais, 150 000 civils, dont de nombreux causés par des suicides collectifs). Marker se penche sur la mémoire et l'oubli. Mais surtout, il propose une reflexion sur l'image et son pouvoir. Son pouvoir de propagande, en démontrant que la fameuse photo des soldats plantant un drapeau américain est truqué, preuvre à l'appui. Il démontre aussi que l'image est une arme, en prenant exemple sur un suicide. Son film est exemplaire, et fait froid dans le dos, surtout quand on se rend compte de l'importance de l'image dans notre société actuelle.
Je reproche au documentaire sa partie fictive, assez plombante, qui sert de fil conducteur. Une femme, créatrice d'un jeu video sur la bataille d'Okinawa, parle toute seule à la caméra et fait part de ses interogations. Bien que nécessaire pour nourrir le film dans sa forme, je trouve cette manière assez maladroite.




Bien que je trouve Sans Soleil peu accesssible, et Level Five imparfait, j'ai quand même une haute estime du personnage, créateur hors-pair, qui sait soulever les bonnes questions. J'ai une envie sincère de voir ses autres films.

Soulkriver
10/07/2005, 13h47
J'ai revu Sans Soleil comme prévu, et je reviens en partie sur mon jugement. Cette revision a eu du bon. La première fois, j'ai l'impression que mes interrogations sur la provenance des images m'avait plombé la vision. Ces interrogations était ridicule!

Je reviens aussi sur les images du video-artiste (les images de la zone), qui, une fois remis dans leur contexte, ne sont pas aussi ridicules que dans mon souvenir. La richesse du film, son traitement unique est vraiment entraînant. Je le trouve toujours aussi complexe, mais cette fois, je ne considère pas ceci comme un défaut!

reuno
12/07/2005, 15h28
Et ben tiens... je postais justement mon avis sur La Jetée et Sans Soleil en face... j'copie colle en espérant ne pas me faire lyncher...


"Vu enfin hier La Jetée (jen avais déjà vu une p'tite partie il y a quelques années)...
Même si de part son côté unique le film est interessant, je n'arrive pas être aussi enthousiaste.
L'ambiance est vraiment particulière, c'est vrai... mais ce genre de film expérimental a du mal à m'accrocher. Un 12 Monkeys me touche beaucoup plus...
Dommage... pourtant j'avais envie d'adorer. :-)

J'ai aussi commender à regarder Sans Soleil et ça ne m'a pas du tout interessé... J'ai donc arrêté au bout d'une demi heure. Trop intello pour moi, oserais je dire... ennuyeux donc (ça n'engage que moi... je conçois tout à fait qu'on puisse aimé). J'me suis pas forcé à le voir en entier...:icon_conf


Prochaine étape... AK "

Soulkriver
20/09/2005, 17h18
Chats Perchés (2004)


A partir d'une interrogation face à des tags récurrents (modèle ici (http://www.woostercollective.com/images/cat_paris.jpg): les parisiens en ont peut-être déja croisés), Chris Marker brosse le portrait de la France entre 2002 et récemment, ainsi que du contexte international. Politique et subtil, la vision de Marker est désabusé. D'une finesse drôle et charmante, son film est sincère et passionnant. Une oeuvre rare, intelligente, moderne, jouissive!

Soulkriver
08/10/2005, 14h10
Les Statues Meurent Aussi de Chris Marker & Alain Resnais (1953)

En nous exposant des pièces de l'Art "Nègre" et en nous faisant découvrir furtivement le continent africain, les deux hommes mènent une réflexion sur l'Art et sur les colonies, l'un et l'autre étant liés.
Fortement anti-colonial, et même anti-raciste, puisque le film ne se préoccupe pas seulement des colonies, mais aussi du sort des Noirs dans les pays occidentaux, le film eut des problèmes avec la censure: le prix du courage...

Soulkriver
09/11/2005, 15h25
Le Joli Mai (1962 - co-réalisé avec Pierre Lhomme)

Voilà un document historico-sociologique intéressant. Adepte du "cinéma-vérité" (aidé par des moyens legers), Marker et Lhomme signe une chronique parisienne couvrant le mois de mai. Interrogeant des gens issus de toutes classes sociales, et d'autres nationalités (un Africain et un Algérien), sur les évènements politiques, sur leurs vies, etc...
Les auteurs en dressent un portrait d'une société, on constate déja une forme d'implosion 6 ans avant le débordement (le choix du mois de mai serait-il prophétique?).

Watanabe
10/11/2005, 00h42
En voyant ce chouette sujet sur Chris Marker, j'avais préparé un post rapide au boulot il y a 1 ou 2 mois. Et puis je l'ai mis de côté pour l'étoffer tranquillement chez moi, mais... j'ai oublié de l'étoffer et de l'envoyer... Soulkriver m'y a fait penser en remontant le sujet.
Ca donnait ça :

Pour faire rapide, j'aime beaucoup le bonhomme.

La Jetée est un film extraordinaire. Un des plus beaux du monde. Renversant.

Sans Soleil est un trip fascinant, foisonnant, presque hypnotisant. J'aime beaucoup le ton du narrateur, sa façon très poétique de raconter son vécu à travers ce "Sandor Krasna", son point de vue unique sur le Japon et le monde.

J'aime moins Level Five. C'est très proche de Sans Soleil dans la façon d'approcher la narration, mais cette fois sur un sujet bien plus tragique et intime. Ca marche moins bien sur moi ; c'est très riche, le sujet est passionnant, mais je trouve ça étouffant (la narratrice, les images d'ordinateur...).

AK... Kurosawa + Marker... forcément j'aime beaucoup, mais j'en attendais plus (trop ?).

Chats Perchés - Sympathique. Etrange chose que le regard toujours si vif et curieux de ce vieil homme sur Paris, sa jeunesse, ses luttes. Le talent de Marker est là : toucher un je ne sais quoi d'universel, capturer une époque et tenir un propos politique en partant d'anecdotes, d'images volées du quotidien dans lesquels il insufle une histoire.

Le Joli Mai - Marker filme Paris et les parisiens au mois de mai 1962. Le film, très documentaire dans la forme (beaucoup d'interviews) mèle chronique sociale, propos politique et approche poétique (avec cette voix-off caractéristique, très écrite). Toujours cette touche unique. Finalement il y a quelque-chose de "Chats Perchés 40 ans plus tôt", mais en plus riche et fouillé.

J'ajoute Les Statues Meurent Aussi - Court-métrage réalisé par Resnais avec l'aide de Marker qui s'est principalement occupé de l'écriture.
C'est à l'origine un film de commande sur l'art africain, et ça commence comme tel : de superbe prises de vues de statues africaines avec un commentaire très littéraire, parfois énigmatique (auquel Jean Négroni prête sa voix), non dénué d'un discours politique prenant de plus en plus d'importance, jusqu'à ce que le film devienne un pamphlet anti-colonialiste violent et brillamment ammené.
Réalisé en 1953, il a bien évidemment été rejeté par ses commanditaires et interdit d'écran pendant plus de 10 ans... A voir ! (supplément de l'édition fr d'Hiroshima mon Amour).

En écrivant ces quelques mots, je me rends compte de ce qui me passionne chez Marker. C'est le point de vue unique, à la fois poétique et politique, qu'il porte sur les choses qu'il filme, souvent des images documentaires, volées au quotidien, dont il réinvente le sens en les juxtaposant, en dressant des parallèles et des analogies dont lui seul peut avoir l'idée. C'est un peu l'essence du cinéma pour moi : montrer le réel et y insufler une vision d'artiste forte.

Prochaines étapes : Le Tombeau d'Alexandre (film sur Alexandr Medvedkine), Une journée d'Andrei Arsenevich (film sur Tarkovski et le tournage du Sacrifice) et Le Fond de l'Air est Rouge.

Soulkriver
10/11/2005, 12h10
Prochaines étapes : Le Fond de l'Air est Rouge.


J'ai également ça de programmer, mais la voix-off est en anglais :icon_conf
J'ai vu ainsi Le Joli Mai (version anglaise assurée par Simone Signoret), et j'ai pu constater que mon niveau d'anglais ne me permet pas de tout comprendre, c'est bien dommage!

perfo
17/01/2006, 09h57
La Jetée est effectivement une expérience unique.
Marker arrive à créer un rythme à partir d'images fixes, au point que l'on en oublie le concept formel du roman-photo.
Le choix n'est d'ailleurs sûrement pas anodin, puisqu'il nous parle du temps, et de sa continuité.
Le scénario est riche, brillant, efficace... très belle oeuvre.
Maintenant, il va falloir s'essayer à Sans Soleil, et là, j'y vais plutôt à reculons.

Olrik
17/01/2006, 21h19
La Jetée, un bar à Tokyo... Shinjuku, Golden Gai
ça en jette....

MRHA
22/01/2006, 15h25
A noter que La Jetée est un hommage au réalisateur soviétique Dziga Vertov, réalisateur futuriste connu pour son travail sur le montage, ayant établit un certains nombres de règles et procédés avec ses compères du pays-ou-il-fait-froid.

Ce même rélisateur, Dziga Vertov, était une des références culturelles de la Nouvelle Vague, de la branche disons plutot intelectuelle comme Jean Luc Godard (qui utilisa ce nom pour son collectif revolutionnaro-filmique d'ailleurs). Branche à laquelle, Marker appartient également.

Voila quelques petites précisions pouvant vous inciter à découvrir Vertov si ce n'est pas déjà fait (disons qu'il faut voir au moins 3 chants sur lenine, l'Homme à la Camera, et En avant les soviets). C'est utile pour saisir le sens de la démarche de Marker.

Soulkriver
22/01/2006, 16h43
Bon, avant tout, bienvenue! ;-)

La filiation avec Vertov est intéressante , ça ne m'avait jamais interpelé auparavant, mais concrètement, avec La Jetée, je n'y vois pas un hommage direct...

Quant au collectif Vertov (que je ne connaissais pas, j'imagine que c'est un cousin) du collectif Medvedkine, je suis avide d'informations!

MRHA
22/01/2006, 19h22
La filiation avec Vertov tient avant tout de la forme bien sûr. La juxtaposition d'images induit un travail de montage particulier, vertovien de part les affinités de son réalisateur.

Le collectif Dziga Vertov monté par Jean Luc Godard est un groupe de cinéastes à tendance maoiste de 1968 à 1972, avec des films tels que Vent d'Est, Pravda, Luttes en Italie, en 16mm, niant toute ambition commerciale, juste politique.
Le nom etant emprunté à Vertov par sa perception politique du cinéma, le kinoki devant servir la revolution internationale par ses films, et pas -juste- faire des films. (bon c'est de la rhétorique d'époque aussi)

Le groupe trouve peut etre son orgine politique dans La Chinoise, celebre film incontournable de Godard sorti un an plus tôt.

Soulkriver
27/01/2006, 13h03
Le Mystère Koumiko (1965)

Adepte du Cinéma Vérité, comme à son habitude, Marker s’intéresse ici à Koumiko, une jeune japonaise qui ne représente qu’elle-même. Marker axe son film sur la jeune femme, et surtout sur le Japon dans lequel elle vit et du monde qui l’entoure.

Marker a un don sans bornes pour capter le temps présent (on est à Tokyo en 64, pendant les Jeux Olympiques), l’essentiel du métrage est composé de ses propres prises de vues dans la rue. A partir de la vision de Koumiko, il dresse de manière anodine un portrait du Japon. Quelques exemples sont frappants : déjà le modèle de la femme occidentale s’impose.

Bien que son film soit court, il n’en est pas moins dense, et au-delà d’une idée d’un certain Japon, c’est aussi et avant tout un beau portrait de femme que nous propose l’auteur.

La Rédaction
02/04/2007, 18h07
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