PDA

Voir la version complète : N'hésitez pas à critiquer


Gingko
18/09/2006, 11h42
Voici le début du premier chapitre du roman que j'écris actuellement. Je ne crains pas les critiques alors vous pouvez y aller (surtout si elles sont argumentées). Je considère que toutes remarques permet de s'améliorer et c'est ce que je recherche.


LA SOURCE

Je suis vieux, très vieux. Je suis même le doyen de la tribu, qui compte quelques quatre cents âmes. Je connais tous les recoins du village, toutes les histoires qui s’y sont déroulées et tous les secrets qui s’y dissimulent. Beaucoup prétendent que je radote, qu’il est temps pour moi de rejoindre l’autre monde. Mais les enfants savent bien que nul ne raconte comme moi, les péripéties de nos ancêtres, les dangers auxquels ils ont fait face avant de se retrouver coincés ici entre montagne, mer et désert. Heureusement l’endroit est propice à la vie. La forêt foisonne d’Afanole, de Beïela, et d’Amatier dont les fruits gouteux font le délice des petits et des grands. Les tortues de mer viennent pondre régulièrement sur la plage, offrant leurs ½ufs et leur sang à nos ventres affamés. Et l’eau, jusqu’à il y a peu, coulait en abondance de notre source principale. Oui, elle jaillissait avec force et depuis trois lunes elle est réduite à un filet.
L’inquiétude grandit de jour en jour, pour quelles raisons les dieux nous punissent-ils ? Pourrons-nous faire amende honorable ou serons-nous encore une fois poussés à l’exode ?
Réunis sous l’amatier géant, hommes, femmes, enfants attendent, avec angoisse, le verdict de Tayaki, notre chaman. Un frisson parcourt l’assemblée lorsque ce dernier, nerveux, se lève et prend la parole :
- Les dieux sont très en colère ! Beaucoup d’entre vous ne respectent pas les tabous, et certains remettent en cause des lois immuables.
Un murmure sourd se propage sous l’amatier, peu d’entre nous semblent avoir la conscience tranquille. Tayaki reprend la parole, et accuse plus précisément Tolomé et Sélimé d’avoir provoqués la colère divine. A cette annonce je manque d’avaler la dernière dent qu’il me reste. Tolomé et Sélimé ne sont que des enfants, ils s’imaginent pouvoir accéder à la cité des dieux, en traversant un arc-en-ciel, comme ils pourraient croire qu’à force de mouliner des bras ils vont s’envoler. Je trouve vraiment pitoyable que Tayaki reporte la responsabilité de nos malheurs sur des enfants. D’autant plus que cela n’améliorera en rien les relations déjà conflictuelles entre voyants et paupières closes. Ces derniers commencent d’ailleurs à déverser leur venin. Pour couper court, je m’écrie :
- Quelle sera notre punition ?
- Elle est plus cruelle que vous ne pouvez l’imaginer, répond Tayaki. Nous devons partir.
- Où irons-nous ? l’interroge anxieusement mon voisin.
- Eknou nous autorise à traverser la vallée de Tépinou.
Il est fou ! Cette vallée n’est qu’une vaste étendue désertique sans fin, et même si Tépinou le Dieu de la sécheresse ne nous attaque pas nos chances de survie restent faibles.
- Méléki partira en éclaireur, annonce Tayaki.
Des cris d’indignation s’élèvent. Méléki par son autorité naturelle et son sens de l’équité est apprécié de tous. Personne ne souhaite le voir partir. Tayaki forçant sa voix couvre le tumulte :
- Tolomé l’accompagnera.
A ce nom, seuls les voyants expriment du mécontentement et encore pas tous. Les autres doivent penser qu’il n’a que ce qu’il mérite. Quel voyant brave sans cesse l’autorité des Dieux et de Tayaki ? Qui clame haut et fort qu’il peut rejoindre la Cité des Dieux par une porte secrète, c’est lui ! Moi cette annonce me coupe la voix. Je sais d’avance que si Tolomé part, il sera accompagné de Sélimé, les deux sont inséparables. Tayaki confirme ma crainte, je l’interroge :
- Tayaki crois-tu raisonnable de laisser l’avenir de la tribu entre les mains d’enfants ?
- Eknou en a décidé ainsi, et ils ne seront pas les seuls enfants puisqu’Ilmé partira avec eux.
Ilmé ! A vrai dire, Ilmé n’est plus un enfant, sa barbe fournie en est la preuve, cependant les qualités nécessaires à un guerrier lui font tellement défaut qu’il n’a jamais été initié. Le pauvre jette des regards apeurés et fond en larme. Tayaki reprend et nous assène le coup final.
- Mélinari dirigera l’expédition.
A ce dernier prénom, tous se lèvent d’un coup, c’en est trop. Sa fille, il veut envoyer à la mort sa propre fille ! Elle qui devait le remplacer d’ici peu. Assaillie de toute part, Mélinari réclame le silence et le soutien de la tribu. Elle les obtient sans attendre, son autorité au sein du village est acquise depuis longtemps déjà.
Tolomé et Sélimé, les yeux brillants d’excitation, me rejoignent précipitamment pour partager leur joie de partir ensemble à l’aventure. Enfin, l’occasion est venue de prouver aux paupières closes qu’il y a une forêt par delà la vallée de Tépinou. Car parfois, on devine au loin une masse verte que nous croyons être une forêt.
Je rejoins Ilmé qui a fort besoin de réconfort. Les yeux pleins de larmes, il me serre dans ses bras :
- Bénémaki, je ne serai jamais à la hauteur.
- Bien sur que si.
- Nous allons mourir, personne n’a jamais pu traverser cette vallée, dit-il en reniflant.
- Connais-tu quelqu’un qui ait essayé ?
- Non !
- Moi non plus, et je suis le doyen de la tribu. Quelles que soient les histoires que racontent les adultes aux enfants, nul ne sait quelles bêtes ou esprits peuplent cet endroit. Tépinou est un dieu aux sorts redoutables, mais la chaleur qu’il produit le rend paresseux et peu vigilant. Les Iripeshkis eux sont de nature discrète et agile comme les prédateurs. La lutte est inégale certes, mais n’est pas perdue d’avance.
Sans trop y croire, il me remercie pour ces quelques mots de réconfort. Je le quitte, les familles doivent se réunir séparément afin de discuter de cette expédition. Ma nièce en tant que chef de famille commence :
- Tayaki se joue de nous. Il n’a pas la moindre idée de la raison pour laquelle le débit de la source diminue, mais sachant son autorité de plus en plus controversée, il éloigne sa fille Mélinari. Et du même coup, il se débarrasse de Sélimé et Tolomé qui ne sont rien de plus que des enfants à l’imagination fertile. Cette décision divine, au final, n’arrange personne hormis Tayaki, c’est étrange tout de même.
Elle s’arrête furieuse. Son fils à qui vient le tour de parler, n’est pas du même avis, bien au contraire.
- Mère, ce n’est pas Tayaki qui se joue de nous, mais bien la vieillesse qui vous joue des tours. Vous parlez comme une folle. Vous aussi, vous mettez la parole des Dieux en doute. C’est à cause d’idiotie de la sorte que nous avons perdu la source. Votre grand âge excuse cette défaillance de raisonnement, mais il n’en va pas de même pour ces voyants qui n’ont que leur bouche pour se faire remarquer. Ils doivent réparer leurs erreurs. Certainement ne survivront-ils pas à la traversée de la vallée de la mort, seules les âmes pures y parviendront. Mélinari et Méléki reviendront et nous mèneront à la source comme les Dieux le souhaitent.
Vexée, ma nièce ne souhaite pas user de son droit de réponse. Les autres membres de la famille prennent la parole chacun leur tour et approuvent l’expédition, même si beaucoup redoutent un échec.
Quand vient mon tour de m’exprimer, je me contente d’approuver les paroles de ma nièce et me tais. Les discussions se poursuivent tard dans la nuit sans que j’y participe. Je suis bien trop préoccupé par les révélations que je devrais faire à Sélimé avant qu’il ne parte.
Personne ne le sait, pas même Sélimé, mais lui et moi sommes les seuls Iripeshkis à être nés les paupières ouvertes. Tous les autres voyants, une trentaine, ont été opérés par mes soins à leur naissance, ils n’ont donc pas comme tout le monde le croit été attaqués par des esprits malfaisants. J’ai agi secrètement à la demande du père de Tayaki, qui était persuadé que la vue serait un jour nécessaire à notre survie. Comment ? Je n’en ai pas la moindre idée, car au quotidien, l’écho dont nous sommes dotés s’avère souvent plus performant que la vue. Grâce à lui, on évalue mieux les distances, la vitesse d’une proie, et surtout cela fonctionne de jour comme de nuit.
Je respectais beaucoup le père de Tayaki, donc, même si sa requête me paraissait étrange, je lui ai obéit. Je me souviens encore du premier sourire que j’ai échangé, le premier clin d’½il. Jamais je n’aurais pu imaginer, que cela m’apporterait une telle joie de partager avec d’autres la beauté d’un coucher de soleil.
Quand le premier enfant est décédé, d’une infection de la paupière gauche, j’étais fermement décidé à mettre un terme à ces interventions. Mais Mayaki, m’a assuré que la perte de quelques enfants était un mal nécessaire à notre survie, alors j’ai continué en multipliant les précautions d’hygiène.
Sélimé étant voyant de naissance, j’ai toujours vu en lui un successeur naturel. J’attendais qu’il ait atteint l’âge adulte, mais le moment est venu. Cette perspective me rend nerveux. Me comprendra-t-il ? Et s’il ne comprend pas, me fera-t-il suffisamment confiance, comme j’ai fais confiance à Mayaki pour opérer même si cela entraîne parfois la mort ?
Dès le lendemain les discussions font rage quant à l’organisation de la mission, personne ne sait combien de temps sera nécessaire pour traverser la vallée désertique de Tépinou. Les sceptiques ne veulent pas accorder plus de trois jours de nourriture aux élus. D’autres comme moi pensons qu’il vaut mieux prévoir large, au cas où.
Mélinari lassée de cette indécision, tape un coup sec sur son tambour. D’une voix grave, réfléchie et autoritaire, elle prend la parole :
- Huit jours de vivres suffiront à l’expédition. Nous prendrons des fruits frais, cinquante portions de graines séchées et autant de portions de fruits séchés. Pour l’eau, je vous charge de fabriquer vingt gourdes avec l’écorce du fruit de l’Afanole. Nous partirons lorsqu’elles seront prêtes, accompagnés de quatre méréous.
Même si quelques voix discordantes se font encore entendre ici ou là, personne n’ose s’opposer ouvertement à Mélinari et le village se lance dans les préparatifs. Tout le monde s’affaire à cette répétition générale grandeur nature du jour où toute la tribu partira. Cependant la désorganisation est telle que je doute que nous y parvenions un jour.
Nous n’avons pas pour habitude de travailler en équipe, tout du moins pas à plus de deux ou trois. Alors, chacun en fait à sa tête, et à sa petite méthode pour en faire le moins possible tout en accusant les autres de paresse.
Après avoir maintes fois répété aux uns et aux autres les tâches qui leur sont assignées, Mélinari, excédée, pique une colère qui laisse tout le monde bouche bée. Un bon tiers des troupes, vexé, refuse tout bonnement de travailler, suivi peu après par le reste de la tribu. Méléki tente d’intervenir sans effet, Tayaki se fend d’un discours pompeux n’ayant ni queue ni tête, et finalement Mélinari présente ses excuses tout en les sermonnant et en leur rappelant que si elle agit ainsi c’est pour le bien être de tous.
Bon gré, mal gré après deux jours de tergiversations, les préparatifs reprennent dans une belle désorganisation. Je ris d’une dispute qui vient d’éclater sous un prétexte fallacieux, lorsque Tolomé m’apporte un ½uf de tortue et des fruits qu’il a pris soin d’écraser en bouillie.
- Sélimé est encore puni ?
- Pour changer, me répond-il blasé. Vivement qu’il soit initié, il pourra quitter sa famille. Cette bande de c***.
Je le rappelle à l’ordre avant qu’il ne s’emporte. Tolomé n’aime personne hormis sa famille, Sélimé et moi. Tous les autres sont pour lui des c*** et plus particulièrement la fratrie de son ami, qu’il exècre. Bien qu’il ait toujours été prévenant avec moi, j’avoue supporter de moins en moins ses récriminations permanentes, sa mauvaise foi, ses multiples crises d’autorité.
Quand je pense comme il était adorable bébé, avec ses cheveux noirs bouclés et ses grands yeux verts, qu’il est le seul à avoir de cette couleur là. Il était si mignon, avant d’apprendre à se battre. Depuis il n’a de cesse de vouloir s’imposer à tous, et cela s’empire de jour en jour.
Pour autant je lui reconnais une qualité, qui sera nécessaire au bon déroulement de la traversée de la vallée ; c’est de croire que ce qui est impossible, n’a seulement jamais été fait.
L’histoire de l’arc-en-ciel en est la preuve. Sélimé avait à peine imaginé que cela puisse être une porte menant à la Cité des Dieux que Tolomé s’est mis à courir pour l’atteindre. Et, malgré une multitude d’échec, il ne renonce pas à y parvenir. Tout en réajustant les fleurs qu’il a glissées dans sa chevelure soigneusement roulottée en tubes réguliers, il me fait part de ses rêves de gloires. Je l’écoute d’une oreille, en espérant qu’à défaut d’un retour triomphant ils s’en sortent vivants, lorsque Méléki nous interpelle.

helmet
18/09/2006, 22h10
Il manque peut-être au début du chapitre une description du lieu et de l'environnement ou vivent les principaux protagonistes,histoire pour le lecteur de mieux s'installer dans ce nouveau univers.
Pour le reste on verra....

Nikita
19/09/2006, 12h24
Il y a des fautes d'orthographe

Gingko
19/09/2006, 13h48
Merci Helnet d'avoir pris le temps de lire ce début de chapitre, je vais prendre ta remarque en considération.

Nikita, je suis désolée pour les fautes. Je fais beaucoup d'efforts à ce niveau là, mais je dois reconnaître que j'ai des difficultés à les repérer dans mes écrits. Je suis toujours trop concentrée sur l'histoire, la fluidité du texte, les transitions et j'en passe.

Pour ceux qui n'oseraient pas critiquer parce qu'ils auraient la dent trop dure, je les encourage à le faire. Cela me permettra d'avancer pour peu que les critiques soient sincères.

Merci d'avance