Pirates des Caraïbes, Le Cercle, Lone Ranger : pourquoi Gore Verbinski est un vrai bon cinéaste trop sous-estimé

Mise à jour : 29/03/2017 13:53 - Créé : 17 février 2017 - La Rédaction
Photo Johnny Depp
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De retour cette semaine avec A Cure For Life, Gore Verbinski est un cinéaste hollywoodien de premier ordre.

Il y a certes eu Le Mexicain avec Brad Pitt et Julia Roberts, la saga Pirates des Caraïbes surconsommée et méprisée, ou encore le rendez-vous manqué Bioshock, qui aurait probablement permis au cinéaste d'exprimer son art de manière plus folle.

Mais alors qu'il fête ses vingt ans de carrière avec la sortie du beau mais décevant A Cure for Life cette semaine, Gore Verbinski est devenu l'un des faiseurs hollywoodiens les plus intéressants, capable d'alterner les succès, les échecs et les genres avec une efficacité parfois sensationnelle.

D'où un constat : c'est un réalisateur sous-estimé, qui mérite d'être mieux considéré. La preuve avec une sélection de ses films les plus marquants et significatifs. 

 

Photo Pirates des Caraibes

Gore Verbinski et Johnny Depp sur le tournage de Pirates des Caraïbes 2

 


LA SOURIS

Après une prolifique carrière dans le clip et la pub (on lui doit notamment la création de la célèbre grenouille de la marque de bière Budweiser), Gore Verbinski se dit qu'il est plus que temps de passer à son rêve : la réalisation d'un long-métrage. Plutôt que de passer par la case habituelle du petit film indépendant propice à le faire remarquer dans tous les festivals du monde, il plonge de plein-pied dans le divertissement familial et le film à effets spéciaux. Ce sera La Souris : une comédie très influencée par l'univers du cartoon où deux frères héritent d'une maison à la mort de leur père et, alors qu'ils cherchent à la revendre, se retrouvent confrontés à un locataire inattendu, une souris espiègle et rusée qui va leur pourrir la vie. 

Déjà, tout le cinéma de Verbinski est contenu dans ce premier essai. Son goût pour les genres populaires, sa détermination à amener dans un plan réaliste des concepts jusqu'ici réservés uniquement aux dessins animés et une utilisation novatrice et risquée des effets numériques. Un premier effort qui ne passe pas inaperçu puisque le film connaitra un très bon accueil en salles, révélant le talent du bonhomme à un public qui ne s'en doutait pas et lui permettra de se faire repérer par Disney pour l'un de ses plus gros défis, Pirates des Caraïbes. Même si son film suivant lui coûtera cher puisqu'il s'agira du Mexicain, gros flop s'il en est, qui lui permettra cependant d'enchainer sur Le Cercle, l'excellent remake américain de Ring, qui prouvera qu'il peut non seulement faire rire mais aussi terrifier son public.  

 

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LE CERCLE

Gore Verbinski a en parti payé le prix de l'étiquette du remake, ô combien méprisée par principe. Sauf que sa version hollywoodienne du film culte de Hideo Nakata a été une très belle surprise, baignée dans une ambiance glaciale qui en fait une oeuvre à part entière. Sans réinventer l'histoire ou la mythologie, Le Cercle offre une séduisante alternative au cauchemar nippon grâce à une mise en scène redoutable, une photo magnifique, une musique discrète mais envoûtante, et une maîtrise certaine des codes du genre. 

Plus raffiné que la concurrence, notamment grâce à une parfaite Naomi Watts qui apporte toute la dimension humaine nécessaire, Ring version Hollywood est un film qui mérite certainement mieux que d'être pris comme une simple entreprise vide et cynique - parce que Verbinski a utilisé ce terrain miné pour s'y épanouir et imposer un regard, pour former un cauchemar envoûtant.

 

Le Cercle

 

THE WEATHER MAN

En 2005, Gore Verbinski vient de toucher le jackpot avec Pirates des Caraïbes, la malédiction du Black Pearl. Et alors que tout le monde s'attend à ce qu'il embraye sur la suite de la franchise, il se permet une petite pause, comme pour préserver une certaine honnêteté artistique et ne pas sacrifier aux gros budgets sans toucher les thèmes qui le travaillent. Avec The Weather Man, Verbinski prend ainsi toutes nos attentes en défaut et nous livre probablement son meilleur film et peut-être son oeuvre la plus personnelle. Habité par un Nicolas Cage en état de grâce et un Michael Caine touchant de sensibilité et de complexité affective, il nous raconte l'histoire forcément triste d'un présentateur météo tiraillé entre la maladie de son père, sa carrière qui pourrait décoller et ses propres démons. 

Récit intimiste et d'une simplicité opérative inattendue, le film révèle un vrai auteur, un dramaturge qu'on ne soupçonnait pas et qui nous livre une histoire émouvante, universelle et bouleversante. Par ce simple choix de carrière à priori étrange, Gore Verbinski prouve qu'il en a plus dans le ventre que l'on ne pensait et qu'il a encore beaucoup de choses à raconter. Evitant avec brio son statut de simple Yes-Man, à la différence de pas mal de ses confrères, le réalisateur prend ainsi les commandes de sa carrière, compose entre envies personnelles et gros budgets et prouve à qui en doutait encore qu'il ne se laissera pas amadouer sans parvenir à se créer un espace où il pourra réellement s'exprimer. En résulte un chef-d'oeuvre méconnu, brillant et bouleversant. Une espèce de Family Man (toujours avec Cage), qui aurait été conçu par quelqu'un doté d'un immense talent. Indispensable.

 

Photo Nicolas Cage

 

PIRATES DES CARAIBES : LE SECRET DU COFFRE MAUDIT

S'il y a bien une raison d'accepter la franchise de Disney malgré ses errances, c'est le deuxième épisode sorti en 2006. Enivré par le succès monstre du premier film en 2003 (plus de 650 millions de recettes pour un budget de 140), Disney a ainsi laissé Gore Verbinski tourner deux suites d'affilée, avec des moyens titanesques. Si le troisième, Jusqu'au bout du monde, n'a pas vraiment été à la hauteur, Le Secret du coffre maudit a offert la meilleure aventure de la saga.

La fuite de l'île des cannibales, l'attaque du kraken, le combat à l'épée à trois, la roue à travers la jungle : le réalisateur manie avec un plaisir évident les codes du film d'aventure, et déploie une énergie folle pour filmer un irrésistible chaos entre terre et mer. Le timing comique est souvent délectable, avec de nombreux décrochages dans les points de vue pour mettre en valeur l'absurdité des situations, et l'action (sensationnelle) est aussi satisfaisante que l'humour (burlesque). Malgré des longueurs et une intrigue qui n'est clairement qu'un prétexte à un joyeux cirque, Pirates des Caraïbes 2 est l'achétype de la superproduction de qualité, bien pensée, façonnée et exécutée. Avec un soupçon de folie pour lui apporter une belle force. C'est assez rare pour être remarquable.

 

Photo Johnny Depp

 

RANGO

Comme le remake ou le blockbuster, le film d'animation est un autre genre épineux pour les cinéastes. Réalisé après la trilogie Pirates des Caraïbes, avec à nouveau Johnny Depp mais également le prestigieux John Logan (Aviator, Skyfall) au scénario, Rango est donc un produit très calibré, qui brille moins dans sa globalité que dans le détail.

Car cette histoire ce caméléon domestique, échoué accidentellement sur une route au milieu du désert, regorge de moments étonnants. Avec ses personnages étranges et monstrueux, ses gags tonitruants, ses références appuyées et son côté méta qui se moque de la narration hollywoodienne, il se démarque de la concurrence grâce à une âme inattendue. Ecartelé entre des scènes d'action folles et un ton moins ordinaire, à l'image de cette scène nocturne où le héros marche au milieu des voitures avant d'être emporté par des insectes, Rango n'est pas exempt de défauts - notamment dans son rythme et sa durée, encore excessive. Mais il permet à Gore Verbinski de briller, avec une mise en scène particulièrement étourdissante et une poignée de séquences très belles.

 

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LONE RANGER

Lone Ranger, c'est d'abord une équation douteuse : une adaptation d'un symbole poussiéreux de la pop culture américaine et la réunion du duo de Pirates des Caraïbes, avec la conviction que Gore Verbinski et Johnny Depp sauront redynamiser la formule du cowboys et des indiens comme celle des pirates (malgré les échecs de Wild Wild West, Jonah Hex, et Cowboys & envahisseurs). C'est ensuite une réputation désastreuse : Disney qui repousse le tournage pour imposer une réduction du budget et donc du salaire de l'équipe, une date de sortie plusieurs fois changée et un débat sur le casting de Depp en Indien.

C'est au final l'un des gros titres de l'année 2013 : Lone Ranger est un flop spectaculaire, qui a officiellement coûté 225 millions (la presse américaine parlait d'un coût nettement supérieur à cause d'une production compliquée) mais n'a pas dépassé les 260 au box-office. Un désastre et une perte estimée à 150-190 millions, qui survient après celui de John Carter l'année précédente.

Le film est pourtant un objet qui mérite le détour : une superproduction semblable à un gigantesque cartoon plein de fric et de cascades, comme un gigantesque montagne russe régressive. Là encore, Verbinski abuse du plaisir (2h30), mais démontre une telle maîtrise et foi presque naïve en son aventure que Lone Ranger est séduisant à souhait. Le fait que Disney lui ai permis de réaliser ce blockbuster ridicule, et que le public l'ait violemment rejeté, rend la chose plus touchante encore.

 

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commentaires

Stavos 19/02/2017 à 00:55

@Chris :
Zanta évoque très certainement The Lone Ranger qui, avant d'être un film, était une série TV des années 50 (et pas 60) très peu connue en France.

alex 18/02/2017 à 13:33

J'ai été voir Cure for Life hier et je ne me rappelle pas m'être autant ennuyé depuis longtemps, certes le film est plus travaillé esthétiquement et la plupart des plans sont jolis mais si l'emballage est sympa le reste l'est moins ! Le rythme du film est lent et ennuyeux, on devine dès la première heure ce qu'il va se passer ( un gros arrière gout de Shutter Island ) le scénario est truffé d'incohérences ( le dernier acte est ridicule ) on a l'impression qu'il a été réécrit sur le moment. Donc bon réal peut être, mais pas ici.

Chris 17/02/2017 à 18:28

J'ai adoré The Lone ranger et pour moi le premier Pirate des caraibe reste le meilleur. @Zanta de quelle adaptation d'une série des 60s tu parles? Tu ne confond pas de réal?

stivostine 17/02/2017 à 16:39

et on lui a rien proposé pour un star wars ? le mec n'a pas fait un seul navet....la souris quel chef d'oeuvre !!

Zanta 17/02/2017 à 14:17

The Lone Ranger est certes un film malade, mais quel bijou de mise en scène.
Cette poursuite en train finale... Superbe.
Le mec a fait des miracles avec des projets casse gueule - un film sur une souris, un remake d'un film d'horreur japonais, une transposition d'attraction foraine, une adaptation d'une série des 60s que personne ne connait vraiment, un western avec un lézard.
Bref, quand on lui file un budget, il épate, d'une façon ou d'une autre.
Tiens, si c'était lui, le mec que cherchait la 20th Century Fox pour lancer "Gambit" ?

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