Star Wars : et si la prélogie de George Lucas n'était pas aussi catastrophique qu'on le pense ?

Mise à jour : 10/01/2017 15:52 - Créé : 13 décembre 2016 - Christophe Foltzer
Photo Jar Jar Binks
193 réactions

Star Wars est vraiment un cas unique dans l'univers du cinéma, un phénomène qui est quasiment devenu une religion pour beaucoup. Et si la saga semble repartir du bon pied avec Le Réveil de la Force et Rogue One, il est peut-être temps de se pencher à nouveau sur sa période sombre : la fameuse prélogie.

Considérée par beaucoup de fans comme une immense déception et une trahison de ce qui a été fait avant, la prélogie Star Wars connait une légère revalorisation maintenant que Disney a pris les choses en main et projette de nous sortir un nouveau film chaque année. Si Le Réveil de la Force a été un gigantesque succès, ses trop grandes similitudes avec Un nouvel espoir ont été pointées, au point que certains l'ont qualifié de remake déguisé. Et c'est vrai que les deux films se ressemblent beaucoup dans leurs structures et leurs évènements. A quelques heures de la sortie de Rogue One, il nous paraissait donc intéressant de jeter un oeil en arrière pour se demander si nous avions vraiment compris ce que George Lucas avait essayé de nous dire à l'époque.

 

Photo Jake Lloyd, Liam Neeson, Ewan McGregor

 

UNE GALAXIE LOINTAINE

Ce n'est un secret pour personne, George Lucas a toujours eu un rapport plus que conflictuel vis-à-vis de Star Wars. Clairement dépassé par l'ampleur du succès de la saga originale, il s'est retrouvé enfermé, étouffé par sa création alors même qu'elle le rendait extrêmement riche et l'inscrivait au panthéon des artisans du 7ème art. Une contradiction qui s'est manifestée à plusieurs reprises et qui trouve son plus bel exemple dans le remaster vidéo de la première trilogie, les fameuses et décriées Editions Spéciales. Si tout le monde y a vu là à l'époque un acte de sabordage, la raison première serait plus à chercher du côté de la réappropriation.

 

Photo George Lucas

 

Limité par les moyens dont il disposait dans les années 70, Lucas n'était pas entièrement satisfait du résultat et après avoir boosté la technologie pendant 20 ans via sa société ILM, il pouvait enfin retranscrire une partie de sa vision initiale. Insatisfait et exigeant, Lucas a aussi compris très vite que Star Wars lui appartenait moins qu'à ses fans érigés en gardiens du temple et devait probablement s'étonner qu'il n'ait plus vraiment son mot à dire sur sa propre création.

D'un naturel froid et légèrement paranoïaque, Lucas s'est donc enfermé dans sa tour d'ivoire, avec pour seul but de reprendre son bébé. Comme il n'est pas l'homme le plus doué du monde pour la communication, il a très mal géré ce virage qui a démarré la grande scission qui conduira à la vente de la licence à Disney, au grand soulagement de pas mal de monde. Un comble. Mais ce ne sont là que les germes d'une plus grande bataille.

 

Photo George Lucas

 

RETOUR AUX SOURCES

Lorsque Lucas annonce au milieu des années 90 qu'il compte nous donner une nouvelle trilogie, les esprits s'échauffent et perdent immédiatement de vue l'essentiel : Star Wars appartient à Lucas et il a un plan en tête depuis longtemps. L'histoire est connue de tous : à l'origine personne ne croyait au potentiel de Star Wars et Lucas a commencé par l'Episode IV parce qu'il était le plus simple à faire en regard des moyens dont il disposait. Il avait déjà un arc précis en tête, centré autour de la destinée d'Anakin Skywalker, et il comptait bien le mener à son terme un jour ou l'autre. Si l'univers de la saga avait connu une grosse expansion grâce à ses nombreux produits dérivés, nous faisant découvrir d'autres aspects de la Galaxie, l'histoire principale restait cependant en friche.

 

Photo Jake Lloyd

 

Et si la première trilogie était mythologique, avec une relecture du monomythe de Joseph Campbell ainsi qu'un best-of de toute la culture new-age déclinante de l'époque, George Lucas n'était plus le même homme dans les années 90. Fatalement, cela allait se ressentir dans son travail. Il restait cependant contradictoire et celui qui annonçait à regrets qu'il avait débuté comme un rebelle et qu'il s'était progressivement transformé en Dark Vador souhaitait, avec cette nouvelle partie, parler du monde qui l'entourait. La trilogie formée par La Menace fantôme, L'Attaque des clones et La Revanche des Sith ne sera pas tant une aventure mythologique qu'une analyse politique et psychologique des dérives totalitaires du monde.

Rappelons quand même à tout hasard que ce n'est pas venu de nulle part puisque son premier film, THX 1138, parlait déjà d'une société déshumanisée où l'homme n'était plus qu'un produit destiné à l'exploitation. Et, dans un sens, la prélogie est plus un prequel de ce film que de Star Wars.

 

Photo

 

UNE RATIONALISATION DE LA FORCE

Si l'on prend la trame de la trilogie à son niveau le plus basique, que voyons-nous : la destinée tragique d'un enfant appelé à sauver le monde et qui se perd en chemin, perverti par un système totalitaire en devenir qui manipule ses émotions. Si le parallèle avec le propre parcours de Lucas (l'un des Wonder Boys des années 70 et du Nouvel Hollywood) est évident, il fait aussi un état des lieux de la chute d'une république. Passionné d'histoire, Lucas sait comment se crée un empire et a probablement vu dans l'évolution de la société américaine pré-11 septembre les germes d'un danger pour tout le monde. Entre les deux trilogies, Reagan, Bush et Clinton se sont succédés à la Maison Blanche, la Guerre Froide s'est terminée, la première guerre d'Irak a éclaté, un Président s'est fait lustrer le cigare dans le Bureau Oval et le fils Bush s'apprête à prendre le pouvoir. L'heure n'est donc plus à la magie mais à l'analyse. Et c'est peut-être le plus grand mérite de la prélogie : faire l'inverse de ce que l'on attendait.

 

Photo Yoda

 

A un niveau plus personnel, on peut supposer que Lucas a "trahi" ses fans parce qu'il voulait les faire évoluer. Voyant que son univers est devenu une religion, qu'il déclenche les passions depuis 20 ans et que rien ne semble pouvoir l'arrêter, il souhaite peut-être en profiter pour y insuffler un message qu'il mûrit depuis très longtemps, fruit de ses années d'observation et d'analyse. Car Lucas est un cérébral, à tendance mystique certes, mais néanmoins ancré dans le réel. Et si les années 60-70 ressemblaient à une quête spirituelle pour beaucoup de réalisateurs américains émergeants, la fin de la guerre du Vietnam, l'assassinat de Kennedy et l'ultra libéralisation de la société américaine ont calmé leurs désirs d'un ailleurs magique et illuminé.

 

Photo Hayden Christensen, Ewan McGregor, Natalie Portman

 

Casser le mythe pour parler de la réalité, voilà le pari que Lucas s'est fixé. Ce qui explique pourquoi la Force est à présent un facteur génétique, pourquoi la prélogie semble plus s'intéresser aux manipulations politiques du Sénat qu'aux aventures des Jedis et pourquoi son Anakin de héros est aussi fade. Il est le symbole d'un idéal révolu et naïf piégé par un système pervers qui est en train de le digérer. Autant une allégorie de Lucas lui-même que de la société américaine. La fin d'une innocence qui doit cependant sacrifier à quelques passages obligés pour satisfaire les fans. Car un tel message ne peut être communiqué de manière frontale. Le public ne veut pas assister à un cours magistral, il veut retrouver la magie de son enfance, bref retrouver le Star Wars qu'il aime et que sa passion a modifié avec les décennies. Lucas n'étant pas le plus doué pour jouer sur l'émotionnel (à l'inverse de Spielberg), il va commettre quelques erreurs impardonnables.

 

Photo Natalie Portman

 

L'ERREUR JAR-JAR BINKS

Quoi qu'il fasse, il sait que ses films vont cartonner. Mais, dans sa contradiction, Lucas veut aussi donner à son public ce qu'il attend tout en désirant toucher une génération plus jeune pas encore contaminée par la Force. En résultent des choix discutables, dont Jar-Jar Binks, le personnage le plus détesté de l'univers. Contenter tout le monde était chose impossible, Lucas le sait bien et il a dû faire un choix. Reprenant les codes de la fable mythologique, il commence donc sa prélogie sur un mode quelque peu naïf et enfantin pour mieux approfondir son propos dans les films suivants, se piégeant ainsi définitivement.

 

Photo Jar Jar Binks

 

A trop jouer sur tous les tableaux en même temps, on perd le contrôle et Lucas, une nouvelle fois, vrille totalement de son objectif de départ. Les films suivants rétabliront quelque peu la balance mais le mal est fait, ce que les gens retiennent est l'histoire d'amour insipide d'Anakin et Padmé, très en-deça des attentes et traitée avec tellement de naïveté qu'elle en devient embarrassante à regarder. Et on voit bien d'ailleurs que cela n'intéresse pas Lucas, que la mise en scène de ces séquences n'est pas inspirée, que l'écriture est ridicule, mais c'est le prix à payer pour camoufler un pamphlet sous les atours d'une grande fresque universelle, une saga qui touchera les gens en se jouant de leurs émotions.

Car le projet est complexe et n'aurait jamais intéressé le public s'il s'était présentée de façon brute. Soumis à de grosses contraintes commerciales, Lucas doit dès la base pervertir son idée pour en faire un objet grand public. Cela ne peut pas bien se passer quoi qu'il arrive.

 

Photo

 

UNE PRELOGIE PAS SI NULLE

Si la prélogie accumule les erreurs et les fautes de goût, elle n'en reste pas moins passionnante dans ce qu'elle raconte une fois qu'on a fait le tri. A l'heure où Disney capitalise sans vergogne sur la franchise et semble décidée à la prolonger ad nauseam sans vraiment creuser le coeur de son sujet et en utilisant toujours les mêmes ficelles, Lucas nous avait fait une proposition originale et fortement subversive. Critiquer à la fois le système qu'il avait lui-même créé ainsi que le monde dans lequel nous vivons tous en utilisant quelque chose d'universel et qui emporte l'adhésion de tout le monde pour faire passer un message important.

 

Photo

 

Oui le résultat est bancal, oui Lucas n'a pas été à la hauteur de son ambition, mais c'est justement ce qui rend son travail aussi passionnant. De voir la lutte d'un homme contre lui-même, contre sa création qui l'a dépassé et un public qui pense que la saga lui appartient totalement et que son inventeur doit aller dans son sens.

Quelque part nous vient l'idée que George Lucas a peut-être réussi son pari. Pas dans les films lui-même mais dans leur contexte et leur réception. Il nous a prouvé que nous étions tous des dictateurs en puissance dès lors que l'on touche à notre coeur, notre pulsionnel et notre passion et qu'il ne faut pas grand chose pour basculer du côté obscur. Si Lucas y a plongé pour s'exorciser de son bébé avant de jeter l'éponge et de le confier à quelqu'un d'autre, nous n'avons peut-être pas compris ce qu'il a voulu nous dire puisque nous allons toujours nous déplacer en masse voir le prochain film de la saga, à présent détenu par un véritable Empire qui n'en est pas à ses premiers faits d'arme et qui nous vend peut-être du réchauffé pour mieux nous enchainer, tout en excitant notre fibre nostalgique et rebelle.

 

Photo Ian McDiarmid

 

Au final, on peut supposer que Lucas n'a pas fait cette prélogie pour nous, le public, mais bel et bien pour lui. Pour se libérer d'un poids et s'affranchir de quelque chose qui l'avait transformé avec les années en ce qu'il n'était pas. Tout en nous racontant ce que nous avions tous fait collectivement sans nous en rendre compte et en se permmettant au passage de nous mettre en garde contre un système politique et économique global qui a prouvé depuis à de multiples reprises qu'il ne souhaitait pas forcément notre bonheur.

Pour toutes ces raisons, la prélogie mérite d'être réhabilitée, pas pour ce qu'elle est de façon effective, mais bel et bien pour ce qu'elle raconte et représente....

 

Affiche

 

 

 

commentaires

Mad 13/12/2016

Ah non non, c'est toujours de la merde.
Mais bonne initiative Christophe Foltzer.

maxleresistant 13/12/2016

Revue avant de voir 7, c'est bien nul.
Au mieux on peut dire que c'est très moyen.
Après il y a des qualités dans la prélogie qu'on ne retrouve malheureusement pas dans Episode VII, qui est donc moyen mais pour des raisons différentes. Peut etre qu'enfin Rogue One va nous sauver de cette misère.

Dirty Harry 13/12/2016

article intéressant, c'est sûr qu'on reverra autrement avec le temps cette trilogie...les points positifs selon moi : la course de Pods, le triel au sabre laser avec dark maul et son charisme animal, Obi-wan Kenobi par un Mac Gregor qui a la patate, la course poursuite dans Coruscant, Yoda qui sort un sabre laser, la bataille introductive de l'épisode 3, le combat Dark Sidious/Yoda, les tractations politiques du sénateur Palpatine, qui crée son "Daesh" en marge de la république, menace artificielle justifiée pour mieux favoriser sa carrière jusqu'au basculement de la galaxie en Empire totalitaire au nom de la "sécurité"...les points négatifs : aucun personnage identificatoire sur l'épisode 1, Hayden Christensen pas vraiment acteur, des personnages aux dialogues fonctionnels, des fautes de goût (le Boga que chevauche Obi Wan, la romance Anakin/Padmé, l'arène pleine de fluo, le trop plein de numérique), parler de taxes commerciales dans un film destiné aux gosses, l'ordre 66, et évidemment Jar-jar...

ménestrel 13/12/2016

ouah, superbe réflexion! un très bon article, merci

Jojo 13/12/2016

Ce n'est une catastrophe mais ce n'est pas bon non plus cependant l'épisode 3 remonte le niveau de cette trilogie.

Grift 13/12/2016

Article intéressant. Merci.
Mais au final ça ne réhabilite pas les films. Ca nous donne juste plus de contexte pour comprendre la catastrophe qu'est la prélogie.

Ben 13/12/2016

Je pense qu'il faut pardonner les FX de l'époque comme on a pardonné ceux de la 1ère trilogie, Lucas a effectivement fait considérablement avancé les FX digitaux et touite la technilogie qui va avec (cinéma numérique) .
Mais je me souviens d'avoir trouvé tortueux cette trame politique de guilde du commerce, république, sénat etc... loin du manichéisme de la 1ère trilogie, sans compter des acteurs (et une direction d'acteurs) catastrophiques, excepté Mc Gregor. Donc oui quelques bons éléments mais il faut vraiment être motivé pour la revoir.
Et que pensez vous de la thèse JJ Bins, menace fantôme, et seigneur Sith? soit disant remplacé par un conte Doku, sorti de nulle part, à la dernière minute suite au retour catastrophique du personnage de JJ Binks?

manitou 13/12/2016

non... dialogue merdique (palme a anakin: Are you an angel?) , Mauvaise tension sortie d'un chapeau de magicien entre anakin et kenobi. Jedi trop acrobate et ninja. aucune chimie entre les comédiens. Histoire d'amour digne de film étudiant. les personnage marchent et disent leur texte, intro et sortie de scène catastrophique, mauvaise utilisation des effets spéciaux (entre autre dans épisode 2), Anakin est un personnage qu'on ne peut pas s'attacher....

corleone 13/12/2016

Ça restera dans tous les cas l'un des meilleurs prequels jamais proposé par le cinéma. Si je ne me trompe le terme " prelogie " a été utilisé pour la 1ere fois au cinoche grâce à cette trilogie. J'ai aimé et je l'aime encore.

Y Boy 13/12/2016

Le tout-numérique particulièrement dégueu de l'épisode 2, les roulades dans l'herbe, Jar-Jar et l'erreur de casting monumentale d'Hayden Christensen suffisent à plomber toute la prélogie. Mais elle a le mérite de proposer quelque chose, ce que n'a pas (encore) fait la postlogie.

Plus

votre commentaire