PIFFF 2012 - Jour 421 novembre 2012 - Aude Boutillon

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La compétition du PIFFF s'enrichissait, en un quatrième jour de festivités, d'un nouveau concurrent en la personne de Jeremy Power Regimbal, venu présenter In their skin (anciennement Replicas), premier film en forme de thriller domestique. Une famille en quête de reconstruction et d'équilibre entend profiter du cadre idyllique de sa résidence secondaire isolée pour se ressourcer et réapprendre à vivre en dépit d'un drame destructeur. L'irruption d'une troupe étrangement familière et envahissante risque toutefois de leur compliquer la tache... La récente résurgence des films d'intrusion domestique l'aura martelé à qui l'aurait malencontreusement omis ; le genre se montre particulièrement propice aux partis-pris discutables, séquences désagréablement mémorables et violences insoutenables. In their skin se montre étonnamment timoré en la matière, désamorçant systématiquement ses séquences nerveuses in extremis. Si le choix de hors-champ ou de cadrages soigneusement ajustés, excluant toute effusion sanguine ou obscène frontale, peut s'avérer justifié, voire judicieusement déconcertant, la sagesse de l'ensemble peine à restituer la tension induite par le sujet. Le postulat prêtait aux malaises les plus épidermiques, tandis qu'à la menace de l'explosion de la sphère privée s'ajoute celle de l'éclatement de l'identité. In their skin présente en effet la particularité (qui lui permet de justesse de se soustraire à la comparaison de Funny Games) de faire de ses bourreaux une sorte de famille fantôme, dont les noms, comportements et liens, aussi creux que factices, n'attendent que de se nourrir de ceux de leurs hôtes. La première partie du film s'attardera sur ces mimétismes dérangeants, au détour d'un mouvement reproduit à l'identique, d'un échange progressif de tenue, ou d'un repas d'une symétrie inconfortable. C'est d'ailleurs dans l'incertitude que le malaise opère le plus efficacement, et que le trouble s'en trouve conforté, avant de subir les affres d'éclaircissements balourds. La seconde moitié d'In their skin pâtira de surcroît de rebondissements galvaudés et curieusement répétitifs, à base d'incessantes interceptions d'armes et de comportements un brin irritants de bêtise. L'on pourra tout de même compter sur les prestations percutantes de James D'Arcy, Selma Blair et ses charmants petits seins, suffisamment fines pour échapper à la menace pesante de la caricature.

 


 

Emboîtant le pas à l'acclamé Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, le Side by Side de Christopher Kenneally constituait l'unique représentant des documentaires (catégorie que nous souhaiterions d'ailleurs vivement voir enrichie, au vu de la qualité  des programmes qui la nourrissent).  Réflexion pédagogique relative à la révolution du numérique dans le milieu du cinéma, Side by Side s'offrait les services de Keanu Reeves, guide et intermédiaire manifestement partisan d'une ère dont il redoute la désuétude, et dont la participation restera toujours suffisamment discrète pour éviter l'écueil de la propagande nostalgique. La réflexion s'attache alors à chaque stade de la conception cinématographique, de la direction de la photographie à la projection, soulignant à cette occasion des métiers parfois passés sous silence (l'étalonnage), et offrant la parole à des interlocuteurs (forcément prestigieux) de toutes professions (on appréciera à ce titre la symbolique d'une parole laissée à une jeune étudiante en cinéma), de toutes convictions... et de tous tempéraments. Au progressisme radical de George Lucas s'opposera donc la résistance forcenée de Christopher Nolan, tandis que s'affirmeront des personnages hauts en couleurs (Lana Wachowski, Anne V. Coates -irrésistible monteuse de Lawrence d'Arabie), face à des individus pour le moins désolants de conformisme. Loin toutefois de constituer une simple (quoique charmante) mosaïque de témoignages, Side by Side se propose de décortiquer, au moyen de documents d'archives, explications méthodiques et illustrations ludiques, les processus successifs ayant conduit à l'inexorable évolution du modèle de la production cinématographique, justifiée par des problématiques économiques et pragmatiques.  La question de la mise en relation de la fin de l'ère de la pellicule à celle du cinéma tel que nous le connaissons, bien loin de trouver réponse définitive au terme du film, taraude inévitablement à l'issue de sa projection, et par extension, interroge les conséquences matérielles, morales et émotionnelles d'une numérisation galopante et d'une redéfinition parfois peu engageante des rites de visionnage. On peinera à ce titre à oublier la verve d'un Keanu Reeves enflammé sur le sujet de l'absolue nécessité de la projection en salles obscures...

 


 

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