Compte rendu - PIFFF 201128 novembre 2011 - Simon Riaux

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L'attente était grande en cette première édition du PIFFF, héritier revendiqué des glorieuses soirées de déviance du Rex. C'est pourquoi Écran Large, scrutateur impartial des manifestations sanguinolo-culturelles, s'est fait un devoir de dépêcher sur place Aude Boutillon ainsi que l'auteur de ces lignes, en qualité d'envoyés spéciaux, prêts à relever la moindre entorse aux mauvaises manières. Et pour le bonheur des nombreux spectateurs (plus de 4600 !), les énucléations, plaies et autres mutilations projetées à deux pas de l'Opéra Garnier ont déversé sur les festivaliers des jets de satisfaction organique et primaire. Il faut dire que tout fut réuni pour satisfaire l'amateur de fantastique en mal de frissons pelliculés.

 


À commencer par un lieu diablement vivant, le Gaumont Opéra, qui accueillit le Paris International Fantastic Film Festival dans des conditions dont rêveraient nombre de jeunes festivals. Les bénévoles, indispensables et motivés, répondirent présents et évitèrent à quelques spectateurs d'Intouchables de malencontreuses erreurs d'orientation (rien de tel que confondre Luis Tosar et François Cluzet peut vous ruiner un samedi soir en famille...), grâce leur soit rendue. La presse et les invités purent compter sur la présence et la disponibilité de deux attachées de presse on the rocks, qui ne furent pas pour rien dans la réussite de l'entreprise. Et les films dans tout ça ? On y vient ma bonne dame.

Le festival s'est ouvert de la meilleur des manières, avec le film hors compétition d'un des membres du jury : Malveillance de Jaume Balaguero. S'il y avait de quoi se montrer réticent devant le synopsis de ce thriller, convenu sur le papier, la mise en scène chirurgicale du réalisateur, la finesse de son propos et la partition impeccable de ses comédiens a rapidement balayé nos doutes. Il y est question de César, malheureux concierge, qui ne parviendra à trouver le bonheur que dans le sabotage consciencieux des existences de ses semblables. Plus précis, conscient de ses effets et habile qu'il ne jamais été, Balaguero livre une perle de suspense qui flirte plaisamment avec la comédie noire.



Premier film en compétition, A Lonely place to die fut l'occasion pour nous de faire un tour en Écosse, et pour vous de (re)lire notre compte-rendu du dernier festival de Berlin, où se trouve l'avis de notre bien-aimé rédacteur en chef. Puis vint le tour de Blind Alley, originellement destiné à figurer dans l'anthologie Masters of Horror. Aude y vit une fort étrange mixture, d'une belle facture visuelle, hélas complètement foutraque. La faute aux multiples directions empruntées par le metteur en scène, mais jamais pleinement exploitées. On serait probablement plus dur encore si la chose n'était pas emmenée par une Miley Cyrus cubaine absolument craquante (comprenez méchamment désirable), qui fait un peu oublier l'invraisemblance des situations et les maladresses accumulées par un script dont la teneur télévisuelle est encore très prégnante.



Une déception contrebalancée par l'hilarant Extraterrestre, deuxième film de l'auteur de Time Crimes, une improbable et vivifiante comédie romantique de science-fiction. Servie par un couple d'acteur attachants, ce quasi huis clos, où une soucoupe volante devient le prétexte opportun à un jeu de séduction croustillant, bénéficie d'une écriture millimétrée, d'une liberté qui réjouit à chaque réplique. On n'avait pas vu d'œuvre aussi sexy depuis longtemps (ah la séquence de la serviette...), toujours inventive, jamais racoleuse, qui prouve que Feydeau eut été bien plus pertinent s'il avait adjoint quelques martiens à On Purge bébé. On pourra tiquer sur quelques soucis de rythme, et une mise en scène qui, si elle atteint des sommets, est parfois trop fonctionnelle, mais on aurait tort de bouder le plaisir procuré par cette bande d'une originalité enthousiasmante. Quand à Retreat, la rédaction s'accorde à y voir un long-métrage bien mais pas top, où une exécution sans fioriture et un casting compétent arpente hélas les couloirs trop connus du suspense-à-base-d'infectés-qu'on-sait-pas-qui-c'est-qu'il-est-à-moins-que-ce-soit-personne-comme-dans-Bug. Bref une série B souvent efficace, voire bien menée, qui oublie malheureusement de nous surprendre.

 


Les frères Ford étaient là pour nous introduire The Dead (sans nécrophilie aucune), et permirent à Aude de découvrir quelques anecdotes réjouissantes, pour peu que l'on goûte le cannibalisme inopiné, les épidémies de malaria, et les tracasseries de ce type. Si le (trop) long-métrage sut ravir les nostalgiques de Lucio Fulci en leur proposant une atmosphère de fin du monde réussie, magnifiée par la lumière parfois irréelle d'un continent africain en proie à la déréliction la plus totale, ceux de Bruno Matteï furent également aux anges, la faute à quelques situation particulièrement Z, et terriblement too much (l'arrivée du soldat américain...). Une œuvre que son premier degré rend aussi touchante que déstabilisante.

On l'attendait de pied ferme, et après son surprenant House of The Devil, Ti West n'avait pas le droit de nous décevoir. Force est de constater que les espoirs placés en lui sont plus rentables que les obligations grecques, car The Innkeepers nous a fichu une pétoche noire. En faisant d'un vieil hôtel de la Nouvelle-Angleterre le personnage principal d'une histoire d'horreur telle que votre chef scout consanguin vous en racontait au coin du feu, l'auteur retrouve la recette d'une frousse à l'ancienne, respectueuse de son sujet et du spectateur, dont l'humour ravageur refuse tout cynisme et offre un bel espace de jeu aux comédiens. Comédiens qui donnent le meilleur d'eux-même, à l'instar de Sara Paxton, qui prouve qu'elle vaut infiniment mieux que le tout venant de la potiche à viandard (voire Shark 3D). Le statut d'humble conte macabre de l'ensemble fait à l'évidence sa force, tout en limitant hélas son ampleur. Gageons qu'à l'avenir, West saura nous surprendre et gagner encore en puissance.

 


Vint ensuite l'heure de John Carpenter, avec The Ward. Nous ne nous attarderons pas sur le film , déjà abondemment chroniqué chez nous, et qui ne fait pas honneur aux chefs d'œuvres de son auteur. Il convient en revanche de saluer le choix du PIFFF de le programmer, quand ce dernier n'aura pas les honneurs d'une sortie salle, traitement indigne pour un réalisateur qui fit la gloire du genre, et dont les innombrables remakes rappellent chaque jour qu'on peut traiter les travaux d'un maître avec d'autant d'opportunisme que d'ingratitude. Un grand merci à Fausto Fasulo et Cyril Despontin d'avoir donné au film la chance de rencontrer son public dans les conditions qu'il mérite.



Tout festival de cinéma agressif et azimuté se doit d'avoir une projection épique, ce fut celle de  The Violent kind. Si la fatigue et le possible état de somnolence de votre serviteur lors de la projection lui interdisent de s'épancher trop longuement sur la chose, les soucis de son qui ouvrirent la projection permirent au public de prouver sa bonne humeur et sa réactivité, en improvisant une séance de doublage en live, avec un sens de l'humour redoutable. Magnanimes (et plus diligents que la SNCF) l'équipe du cinéma et du PIFFF eurent la délicatesse de proposer aux spectateurs échaudés par une séance bruitée à la bouche des places gratuites pour l'un des challengers du dimanche, Masks.

Parce qu'on se lève tous pour Harryhaussen (qui à 90 ans passés, est beaucoup plus consistant qu'un dessert industriel), Aude et moi-même débarquâmes de bon matin pour découvrir Ray Harryhausen - Titan des effets spéciaux, documentaire réalisé par Gilles Penso et produit par Alexandre Poncet. On vous mentirait en affirmant ne pas être conquis d'emblée par le sujet, mais il n'est pas moins vrai que la mosaïque de témoignages, d'anecdotes et d'enseignements contenus dans cette formidable leçon de cinéma tenait du miracle. Voilà l'une des rares enquêtes sur l'héritage d'un pan spécifique du cinéma de genre, qui peut se targuer de s'adresser aux novices comme aux spécialistes, aux geeks comme aux spectateurs occasionnels. L'émerveillement y côtoie la déférence et un sens aigu de la pédagogie, grâce aux interventions passionnantes de James Cameron, Peter Jackson, Steven Spielberg, Joe Dante, Terry Gilliam, John Lasseter, Guillermo Del Toro, Jean-Pierre Jeunet et Steve Johnson, pour ne citer que les plus illustres. Un documentaire passionnant, dont on se désole de voir le peu d'intérêt qu'il suscite pour le moment parmi les chaînes hexagonales.

 


La fatigue aidant, le festival fit tomber les Masks. Avec son histoire de cours de théâtre d'un genre particulier, le scénario ne cache jamais son admiration pour Suspiria (quoi, un cinéaste allemand qui rejoue le cinoche italien, ça teutonne ?). Il en va de même pour les décors, et les personnages. Une filiation tout sauf honteuse, qui plus est assumée avec un talent certain, et qui embarquera sans mal les irréductibles de l'horreur à l'italienne dans un tourbillon d'angoisse. Il n'est pas interdit toutefois de regretter que le réalisateur s'efface trop derrière ses glorieuses références, et peine par conséquent à insuffler une âme propre à son œuvre. On appréciera toutefois ce trip rétro avec une réelle gourmandise, malgré un final qui traîne trop en longueur. En l'état, un excellent palliatif aux récents écarts d'Argento.

En revanche, la team EL est restée bien plus sceptique devant le poseur et arty Bellflower, et a bien cru mourir devant l'interminable publicité pour Skype réalisée par Abel Ferrara (4 : 44 Last day on earth), déjà traités dans nos colonnes.

Heureusement, le PIFFF comptait bien terminer en beauté, et y est parvenu avec panache, grâce à Detention, bien que Aude éprouve pour le film de Joseph Kanh les plus grandes réserves (qui devraient s'évanouir après un visionnage sous psychotropes). Qui aurait cru que l'homme derrière le gerbant Torque nous reviendrait avec une pelloche énervée et délirante, à mi chemin entre John Hughes et le duo Neveldine-Taylor ? Soyons franc, personne. C'est pourtant l'exploit accomplit par un homme que sa précédente expérience Hollywoodienne a profondément marqué, et qui tient ici une revanche explosive sur le système qui l'a étouffé. Ce néo-proto-slasher mâtiné de comédie grasse, de voyage temporel et d'abduction d'ours est aussi inclassable qu'hilarant. Et si son hystérie peut fatiguer voire lasser, impossible de ne pas s'incliner devant le talent avec lequel l'auteur parvient à clore l'intégralité des pléthoriques et bordéliques arcs narratifs. Une déclaration de guerre au bon goût et à l'entertainment qui ferait passer Kaboom pour une version mormone du Jour du Seigneur.



Vous l'aurez compris, les espoirs placés dans le PIFFF ont été comblés, c'est avec joie que nous avons eu l'occasion d'assister à la naissance d'un festival éclectique, exigeant et généreux. Après une première édition de cette tenue, il nous tarde tout simplement de découvrir la prochaine, et d'y visionner une nouvelle tournée d'horreurs du meilleur sang. La réussite de l'évènement est la confirmation qu'il existe bel et bien dans l'hexagone un public pour un cinéma autre que celui bénéficiant aujourd'hui des faveurs des exploitants, et c'est à force de manifestations salutaires et réussies de ce type que le genre pourra sortir du ghetto artistique dans lequel il est sciemment maintenu par une industrie qui l'ignore froidement, quand elle ne le méprise pas franchement. On espère donc que le PIFFF générera une émulation saine et dynamique avec son homologue, l'indispensable festival de Gérardmer, qui permettra de redonner quelques couleurs à une cinématographie trop souvent destinée au marché impitoyable de la vidéo.

 

Et le palmarès dans tout ça ? Le voilà ma bonne dame.

 

Le jury international, composé de Roger AVARY, Jaume BALAGUERO, Christophe GANS et Lucile HADZIHALILOVIC a décidé de décerner les :

 

PRIX DU JURY INTERNATIONAL - Meilleur long-métrage

BELLFLOWER

Réalisé par Evan Glodell (Etats-Unis - 2011)

Distribué par UFO Distribution - Sortie en salles prévue pour le 28 mars 2012


PRIX DU JURY INTERNATIONAL - Meilleur court-métrage international

ex-æquo :

> A FUNCTION

Réalisé par Hyun-soo Lee (Corée du Sud - 2011)

> HOPE

Réalisé par Pedro Pires (Canada - 2011)

On ne vous cachera pas être un peu largués par ces choix, tant il nous a semblé que Bellflower était l'une des plus faibles et creuses propositions de cette sélection, mais comme Christophe Gans l'a expliqué en décernant les récompenses, peut-être n'avons-nous pas assez côtoyé de roadies de la côte ouest...

 

Le jury courts-métrages, composé de Sébastien BACCHINI (monteur), Stéphane CHAPUT (assistant réalisateur), Antoine CHARREYRON (réalisateur), Juan Carlos MEDINA (réalisateur et scénariste), Hélène SAINT-RIQUIER (Productrice FX) et Jean-Christophe SPADACCINI (Maquilleur FX) a décidé de décerner le :

PRIX DU COURT-MÉTRAGE FRANÇAIS

JUSQU'AU COU

Réalisé par Morgan S. Dalibert

Un concentré d'inventivité et de noirceur, dans ce court qui sait habilement tirer parti de la modestie de ses moyens.

 

MENTION SPÉCIALE

PETER

Réalisé par Nicolas Duval

Une technique en tout point remarquable, en dépit d'un certain manque d'émotion.

 



PRIX SPÉCIAL CINÉ+ FRISSON - long-métrage

MASKS

Réalisé par Andreas Marschall (Allemagne - 2011)

 

PRIX SPÉCIAL CINÉ+ FRISSON - court-métrage

JUSQU'AU COU

Réalisé par Morgan S. Dalibert


Le public s'est aussi exprimé en choisissant de primer :

PRIX DU PUBLIC

MASKS

Réalisé par Andreas Marschall (Allemagne - 2011)


 

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