10 scènes de viol qui ont fait date27 avril 2009 - Thomas Messias

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La monstruosité du viol est à l'origine de quelques unes des scènes ainsi que des films, les plus traumatisants de l'histoire du cinéma. De La Source d'Ingmar Bergman à Irréversible en passant par Les Accusés, nombreuses sont les oeuvres à avoir joué à la fois sur la fascination et sur l'atrocité. Parfois sombrant dans la complaisance, souvent en dénonçant de manière inoubliable, voici 10 films aussi insoutenables que La Dernière maison sur la gauche.

 

 

 

 

 

Outrages de Brian de Palma (1989)

 

Le viol est-il un acte inhérent à la barbarie de la guerre ? Malheur aux vaincues, qui deviennent les proies des vainqueurs. Ici, c'est le viol qui devient une forme de vengeance et c'est en s'opposant à celui-ci que le personnage de Michael J. Fox va devenir à son tour victime (de ses camarades, de sa hiérarchie). Brian De Palma filme l'horreur en esthète de la mise en scène, ce lui fut reproché. Pourtant, sa manière d'aborder l'atroce au plus viscéral tout en la sublimant est aussi une façon de l'amener au plus grand public. Bien des années plus tard, le réalisateur s'inspirera à nouveau d'une histoire vraie, tout aussi sordide, pour Redacted. La polémique fut aussi de mise et le choc inoubliable.

 

 

 

 

 

 

 

L'ange de la vengeance d'Abel Ferrara (1981)

 

 

Le « rape and revenge » le plus représentatif des années 80, L'Ange de la vengeance est une oeuvre glauque et féministe, l'un n'empêchant certainement pas l'autre... Victime de deux viols consécutifs, une jeune sourde muette sombre dans la folie meurtrière et élimine toutes les figures machistes qui croisent son chemin. Ici, les hommes sont tous des pourris, dévorés par leurs bas instincts. Si la première scène de viol est courte, malgré sa dureté, la seconde touche à l'horreur pure. Ferrara justifie ainsi les atrocités qui vont suivre, le spectateur étant totalement acquis à la croisade de l'héroïne. "It will never happen again !", clamait l'accroche du film.

 

 

 

 

 

 

La Source d'Ingmar Bergman (1958)

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le genre du « viol et revanche » est né grâce à Ingmar Bergman. Film sublime, La Source suit quasi exactement dans ses grandes lignes le même schéma narratif que La Dernière maison sur la gauche, qui en est le remake inavoué. De même, Délivrance, possède une ambiance et des personnages voisins. Mise en scène en 1960, l'œuvre de Bergman frappe par sa cruauté, mais aussi par son message aussi violent qu'étrangement porteur d'espoir, voire de poésie. On se souvient moins ici de la scène du viol, que de la vengeance du père et, bien sûr, du jaillissement de la source, née sous le visage de la jeune fille assassinée.

 

 

 

 

 

Irréversible de Gaspar Noé (2002)

 

Avec sa façon de remonter le temps, ou plutôt de le démonter comme un gros mécanisme un peu grossier où les évènements s'enchaînent comme autant d'engrenages, Irréversible peut faire peur. Mais son audace formelle exerce une sorte de fascination, forcément malsaine, sur un spectateur contraint d'assister à l'inexorable abjection qu'est le viol de l'héroïne dans un tunnel situé entre deux rues. Un long et violent plan fixe, une poignée de minutes qui semblent durer des heures, et l'on entre dans la peau d'un voyeur impuissant, dégoûté de lui-même et des autres. Physiquement dégueulasse, ce viol donne d'autant plus la nausée que Gaspar Noé suggère qu'il aurait pu être évité. En arrière-plan apparaît en effet une ombre, celle d'un témoin ou d'un sauveur potentiel, qui rebrousse finalement chemin  et succombe ainsi à une terrible lâcheté. À bien des égards, c'est le plus gerbant de tous les viols. À chacun de déterminer s'il trouve son intérêt dans ce genre de spectacle.


 

 

 

 

 

Les chiens de paille de Sam Peckinpah (1971)

N'insister que sur la longueur du viol d'Alex dans Irréversible serait une erreur, car un film comme Les chiens de paille pratiquait trente ans plus tôt l'art de faire durer l'acte et donc la scène. C'est peut-être le seul point commun entre les deux, car Sam Peckinpah procède à un découpage ultra travaillé destiné à accroître le sentiment de gène et à faire de cette scène-clé la conséquence logique de tous les évènements précédents. Un vol de petite culotte ou l'expression de la frustration sexuelle d'Amy Sumner (Susan George) semblent en effet mener tout droit vers ce drame qui se distingue des autres viols de la liste par la réaction de la victime. De gros plans fréquents et insistants sur le visage d'Amy finissent par suggérer la possibilité qu'elle prenne un certain plaisir à être traitée ainsi par ce redneck sentant la bière. De quoi mettre le feu aux poudres des associations féministes, qui crièrent scandale et alimentèrent la réputation de misogyne du metteur en scène...

 

 

 

 

 


 

L'Emprise de Sidney J. Furie (1981)

 

Une entité invisible, bestiale et obsédée, décharge ses pulsions sur la pauvre Barbara Hershey. Les viols à répétition ponctuent ce thriller d'horreur particulièrement oppressant. Le calvaire, interminable, de l'héroïne est inspirée d'une histoire vraie, ce qui à de quoi donner des cauchemars assez dantesques pour peu que l'on y croit. Le film de Sidney J. Furie se partage entre un réalisme hérité de L'Exorciste et des aspects plus bassement spectaculaires (à l'image de la confrontation finale). Deux viols s'avèrent traumatisants : le premier, inattendu, choquant, qui voit la victime étouffée par un oreiller et pour la première fois face à la menace insaisissable. Un peu plus tard dans le film, la scène la plus fameuse de L'Emprise, dévoile le corps de Barbara Hershey manipulé par l'entité libidineuse. Des images inconcevables, monstrueuses, à peine approchées par le viol de Rhona Mitra dans le Hollow Man de Paul Verhoeven.

 

 

 

 

 

 


 

  Les accusés de Jonathan Kaplan (1988)

Probablement le film le plus édifiant sur le sujet du viol, Les Accusés fut un coup de tonnerre au moment de sa sortie en 1988. D'une part grâce à la performance de Jodie Foster qui lui permis d'obtenir son premier Oscar, ensuite parce que la scène du viol, choquante et crue, était inédite dans une oeuvre aussi grand public. Sous la forme d'un film d'enquête et de procès, chaque élément de l'acte criminel est étudié et jugé. Le plus important étant au final la condamnation de trois hommes ayant « seulement » encouragé le viol sans y participer physiquement. Le réalisme sordide d'une Amérique redneck avinée et machiste est aussi la toile de fond de Boys don't cry, qui s'achève par un viol et un meurtre encore plus traumatisant. A noter que Les Accusés tenait particulièrement au coeur de l'actrice Kelly McGillis, ayant elle-même été victime d'une agression en 1982.

 

 

 

 


 

Delivrance de John Boorman (1972)

 

« Take it off ». « Gimme a ride ». « Squeal like a pig ». L'étape suivante de la série d'humiliations subie par le personnage de Ned Beatty est d'autant plus marquante que le viol masculin a rarement été montré à l'écran. Celui-ci se passe d'ailleurs hors champ ou presque, la caméra de John Boorman insistant sur le regard plein de détresse d'un Jon Voight proche de la scène mais attaché et donc incapable d'intervenir. Il y a de quoi être terrorisé par ces rednecks complètement allumés, qui ne violent même pas par désir mais simplement pour le plaisir d'abaisser leurs semblables au rang de simples animaux, dont on peut bafouer définitivement l'honneur en une paire de secondes. Une compassion immédiate s'empare du spectateur, qui préfère avoir pitié plutôt que de s'identifier à un personnage dont il ne veut surtout pas connaître la situation.

 

 

 


 

Quand l'embryon part braconner de Koji Wakamatsu (1966)

 

Ressorti fin 2007 sur les écrans français, Quand l'embryon part braconner fut l'un des seuls films de ces dernières années à être interdit aux moins de 18 ans. Étonnant pour cette oeuvre certes potentiellement choquante mais absolument pas pornographique, qui décrit de façon clinique la relation d'un patron et de son employée. « Tu montes, chérie ? », lui dit-il en substance. Elle aurait dû refuser : arrivée dans l'appart du boss, Emori se retrouve finalement ligotée, séquestrée, avant d'être fouettée et violée. Le tout dans les règles de l'art sadique (d'ailleurs la patron se nomme... Sadao, coïncidence ou non). Pince sans rire, Wakamatsu fait de cette situation un huis clos intimiste presque comme les autres, dans lequel les sentiments ne sont pas exclus. Avec son noir et blanc assez fabuleux, c'est une rareté à ne pas manquer.

 

 

 

 


 

Un justicier dans la ville 2 de Michael Winner (1981)

 

Suite des aventures du « justicier » Paul Kersey initiées en 1974 par Michael Winner, avec toujours Charles Bronson en adepte de la loi du talion, Un Justicier dans la ville 2 est de loin celui dans la série qui va le plus loin dans la violence malsaine et enfonce le clou de la justice expéditive envers ceux qui sont dénoncés comme des rebuts de la société, sûrement motivé par ces producteurs Menahem Golan et Yoram Globus. Répétant le canevas du premier volet, à savoir les proches de Paul Kersey se font agresser et violer (et rebelotte pour sa fille) et ce dernier va s'ingénier à les traquer dans la rues sordides de Los Angeles pour les faire payer, Michael Winner ponctue son film de deux scènes de viol particulièrement sordides et glauques. Le premier qui voit la bonne hispanique se faire littéralement gang-banger par la meute (dont un jeune Lawrence Fishburne) est un sommet de violence graphique qui confine au malaise tant il est étiré en longueur avec complaisance et se finit tragiquement pour celle dont le seul tort était de s'occuper de la maison de Paul Kersey. Plus ambiguë est celui de sa fille, complètement disjonctée depuis le premier film, mais qui subit son agression sexuelle sans en prendre conscience, jusqu'à ce que sa tentative de fuite se transforme en martyr expiatoire sur une grille d'église ! Par la suite, la saga du « Justicier » virera vers l'action-movie plus sarcastique et orienté BD mais ne retrouvera plus l'ambiance extrémiste (fasciste ?) et désespérée des premiers films, dont le second constitue un des sommets.

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