Critique : Détour

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28 décembre 2012 - Jérémy Ponthieux

On dit que les contraires s'attirent, qu'ensemble une magie inébranlable s'opère, capable de faire naitre des étincelles. Al Roberts, pianiste fauché qui tente dans un élan de traverser le pays pour rejoindre sa dulcinée, est plutôt du genre à s'attirer les contraires. Comme un homicide involontaire, une auto-stoppeuse pot-de-colle et une solide quantité de malencontreux hasards. Finalement le lot commun à tout bon protagoniste de film noir qui se respecte, dans ce long-métrage d'Edgard G Ulmer ayant bâti au fil des années une réputation de film culte. Il faut souligner avec quel malice le cinéaste se joue des contraintes qu'on lui impose, à savoir : 30 000 dollars de budget, 6 jours de tournage, 67 minutes de bobine et le poids d'une censure s'alertant du moindre faux pas. Rusant de multiples trucs de tournage aujourd'hui encore respectables, Ulmer construit son film à travers un flash-back et une voix-off omniprésente. Loin de n'être qu'un outil typique du genre, cette parole instille à l'œuvre une atmosphère tour à tour pathétique, désabusée ou porteuse d'espoir ; et aide à se familiariser avec un anti-héros ubiquiste.

Anti car le personnage est empli dès les premières minutes d'un désabusement profond, masque de cynisme qui contraste avec la touchante naïveté qui décide de son voyage. C'est même ce contraste de personnage qui provoque l'attachement du spectateur pour ce pianiste maudit, et qui fait que l'on s'émeut de quiproquos parfois rocambolesques. Car Détour est un film aux ficelles parfois nébuleuses, pour ne pas dire un peu faciles, s'excusant parfois difficilement de son caractère de film noir, prétexte aux descentes aux enfers les plus fournies. Pourtant, l'énergie du désespoir qui s'en dégage imprègne tellement chaque nœud dramatique que le film sort de sa condition de série B pour devenir un drame poignant, particulièrement dans son dernier acte, où le pauvre bougre devient le prisonnier d'une créature vénale. Mieux, Ulmer fait parfois preuve d'un expressionisme pictural rafraichissant, à l'instar de cette séquence de cauchemar musicale ou de cet isolement psychologique illustré par un habile jeu de lumières.

Enfin, le charisme unique de Tom Neal apporte ce supplément d'âme qui fait de Détour un film propice à l'inspiration. Preuve en est du cinéma des frères Coen, dans lequel on retrouve un fatalisme enjoué et un surréalisme des quiproquos cousins de ce long-métrage faussement innocent. A découvrir.

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