Critique : Prometheus

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28 mai 2012 - Simon Riaux
Rarement projet aura fait couler autant d'encre, suscité autant d'espoirs, soulevé autant de craintes. Prometheus, un temps intitulé Paradise, devait être un prequel d'Alien, le huitième passager, avant de devenir un film indépendant, seulement relié au xénomorphe par une « ADN commune », puis l'initiateur d'une saga autonome. On ne savait trop à quoi s'attendre, ni même s'il était bien raisonnable de placer autant d'espérances dans cette création hybride, excroissance d'une saga culte à laquelle son créateur se proposait de revenir. Comment retrouver l'inventivité, l'intelligence et la richesse d'une œuvre encore matricielle pour tout un pan du cinéma contemporain ? La réponse est multiple, mais quoi qu'il en soit, prenez une grande inspiration, détendez-vous, car Prometheus est un excellent film, même si en l'état, il semble devoir presque autant à Blade Runner qu'à Alien.

Alors que le web et la presse papier vont logiquement s'enflammer entre pros et antis, partisans du film original et défenseurs de sa nouvelle itération, il est bon de rappeler une donnée essentielle, à l'heure où la science-fiction a souffert des gribouillages numériques de John Carter ou encore de la reconvertion 3D du plus mauvais des Star Wars : Prometheus est magnifique. Jamais le film ne verse dans l'excès de réalisme à la Sunshine, ni le fantastique azimuté propre à George Lucas. Une performance, vu le nombre de créatures et décors fantasmagoriques qui parsèment le film. Ce dernier est d'un élégance rare, et sait jouer de son illustre parenté sans la recycler bêtement. De toute évidence, Scott s'est souvenu de ce qui fit sa gloire, et s'est efforcé de redonner à sa mise en scène quelques unes de ses lettres de noblesse. Du design extrêmement soigné, en passant par un découpage classieux et fluide, qui sait faire la part belle aux décors réels pour un impact décuplé, le film est un véritable objet d'art, dont nos yeux ne se lassent jamais.

On craignait au vu des dernières bandes-annonces et clips promotionnels que le long-métrage ne calque sa structure sur celle d'Alien, et nous gratifie d'un body count dont nous connaîtrions d'avance l'issue. Certes, les parallèles sont nombreux et évidents, toutefois, c'est dans le registre thématique que Prometheus surprend et/ou rassure. Bien plus que le sentiment de peur, c'est une réflexion qui vient prolonger celle de Blade Runner que nous découvrons ici. Car si Michael Fassbender vole rapidement la vedette à l'impeccable Noomi Rapace, ce n'est pas seulement grâce à son jeu impeccable et sa capacité à faire naître l'effroi chez le spectateur d'un simple haussement de cil, mais bien en cela qu'il vient prolonger le fascinant personnage de Roy Batty (Rutger Hauer) le mémorable antagoniste d'Harrison Ford dans l'adaptation du roman de Philip K. Dick. Alors que Batty luttait pour rencontrer son créateur, et le détruisait de rage en découvrant que ce dernier n'avait rien du Très Haut omnipotent qu'il avait espéré, David l'androïde a dépassé ce stade, on le comprend quasi-instantanément, il est une machine parfaitement consciente des limites de ses créateurs, et participe à la mission Prometheus dans l'espoir de faire enfin face à une entité supérieure, à même de lui fournir des réponses que ses fabricants ne possèdent pas. Ne dit-on pas que le talent saute une génération ? Cette question pourrait-être le sous-titre du film, tant elle en est également le moteur. On pourra regretter que Scott n'explore pas à fond cette question (se réservant sans doute pour un hypothétique deuxième opus), mais elle vient éclairer l'ensemble d'un sens et d'une profondeur que nous ne pouvions déceler chez les précédents androïdes de la compagnie Weyland.

Le seul véritable reproche que l'on pourra faire à Prometheus tient à ses personnages, trop fonctionnels. En effet, à l'exception des deux brillants Rapace et Fassbender, le reste du casting se contente de rôles purement mécaniques, tous très bien interprétés, mais dont l'identification ou l'empathie sont des plus faiblards. Voilà sans doute les limites d'un script qui avait trop à faire en une durée si courte (à peine deux heures), et a jeté toutes ses forces dans une bataille sans merci avec nos à priori, fantasmes et souvenirs magnifiés. On ne nous enlèvera d'ailleurs pas de l'idée que quelques séquences essentielles ont été supprimées, entre les personnages justement, qui auraient permis à leur relations d'être tout à fait incarnées.

Prometheus n'est pas une suite, un reboot, ou une resucée d'Alien, il est un film autre, la promesse d'une nouvelle saga passionnante, et semble-t-il riche d'un bestiaire non moins terrifiant, qu'il nous tarde de découvrir plus avant. Les signes de cette incontestable réussite ? Des nouvelles questions sans réponses, des interrogations qui nous enflamment déjà l'esprit (mais bon dieu qu'est-ce que c'est que cette fresque ? Et cette tombe avec le machin vert ? La magnifique introduction nous révèle-t-elle un acte de rébellion ou la première partie d'un plan qui a mal tourné ?), et une qualité essentiellement cinématographique, celle de clore le métrage sur son image la plus belle et excitante.

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