Critique : Portrait d'une enfant déchue

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28 septembre 2011 - Nicolas Thys

Premier film de Jerry Schatzberg, Portrait d'une enfant déchue est, comme le furent L'Epouvantail ou Panique à Needle Park par la suite mais à d'autres niveaux, un film marqué par les années 1970. Révélée quelques années auparavant par Bonnie and Clyde d'Arthur Penn, Faye Dunaway, ex compagne du cinéaste, y est magnifique en femme malade, psychotique et mythomane. Mais ce qu'on perçoit d'abord dans le film c'est qu'il a été réalisé par un photographe devenu cinéaste, un spécialiste du moment figé qui réinvente le mouvement.

Et ce Portrait... oscille entre ces deux valeurs. D'abord dans la narration qui, convoquant la photographie à travers le métier de la protagoniste, une top model, choisit un récit en flash back. Montrer des événements qui semblent mouvants mais figés à jamais dans un passé qu'elle va pourtant reprendre, reconfigurer et qu'elle recherche et cherche à réinventer. Et pour cela elle devra repasser par le trauma originel, dépasser ses mensonges pour faire vivre ces images ancrées dans son esprit et les libérer. Son parcours sera un véritable chemin de croix, de la gloire à l'oubli, de l'hôpital psychiatrique à cette plage vide et hors du temps où elle contemple un homme venu de nulle part en train de pêcher.

Mais le mouvement et la fixité se rencontrent d'un point de vue purement formel. Depuis l'ouverture d'une sobriété exemplaire à la conclusion ouverte et plastiquement parfaite, le film est d'abord composé de longs plans fixes, magnifiques, d'une puissance figurative folle, cadrés comme seul un photographe pourrait le faire. Et le film prend vie dans un montage parfois doux, parfois brutal à l'image des mensonges de Faye Dunaway, et de la dichotomie entre son existence réelle plate et son esprit malade et tortueux en plus d'être torturé.

Schatzberg réalise ici une oeuvre d'une sidérante beauté, contemplative et mélancolique sur l'enfermement, intérieur comme extérieur, sur la psychose et la dégénérescence d'une existence marquée par un trauma. Et surtout un film hautement moderne, hors de tous les genres et clichés où il sera d'ailleurs difficile de ne pas songer au cinéma d'Antonioni par exemple.

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