Critique : Âge difficile obscur

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5 septembre 2006 - Vincent Julé

Il y a des films comme ça, dont l'étiquette (film indie américain), les récompenses (Ours d'argent à Berlin et Prix spécial du Jury à Sundance pour Lou Pucci) et le casting (Keanu Reeves, Vince Vaughn, Vincent D'Onofrio, Tilda Swinton, Benjamin Bratt) feraient presque peur. Peur d'assister à une œuvre bricolée, hétéroclite, voire opportuniste. Tout l'inverse de Thumbsucker en fin de compte, qui sur le canevas ultra classique du passage à l'âge adulte dans une banlieue américaine, réussit à transcender et à surprendre par la forme ce qui n'était pas gagné sur le fond. Des plans fixes ou panoramiques sur les rues vides au décorum new age et pacotille d'un cabinet d'orthodontiste, la mise en scène esthétise, sublime et par moments raille le vide ambiant et existentiel des personnages.

C'est dans cette apesanteur que les acteurs s'agitent (souvent en vain), font leur numéro (parfois en roue libre), pour au final retrouver leur place (petite ou grande, mais toujours utile) dans l'univers du suceur de pouce Justin. Si la prestation de Keanu Reeves en gourou bouddhiste et dentiste tient presque de la bonne blague, que Vince Vaughn semble sur le point d'exploser derrière ses lunettes et son polo, le guest de Benjamin Bratt en improbable mix de Hooker et Ponch de CHiPS se révèle tout à fait succulent. Mais ce sont bien les parents, la charismatique Tilda Swinton et le mutique Vincent D'Onofrio, qui laissent la plus forte impression, et mettent en exergue par la même occasion le subtil et angélique Lou Pucci.

Cette chronique mélancolique et douce-amère a beau avoir le plus souvent les pieds sur terre, les quelques morceaux d'Elliott Smith (qui mis fin à ces jours pendant la composition de la B.O.) et la musique de Polyphonic Spree finissent par la faire décoller et déployer ses ailes. Le film en devient alors presque gracieux.

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