Quelques minutes après minuit : Critique larmoyante

Mise à jour : 17/01/2017 17:35 - Créé : 4 janvier 2017 - Simon Riaux

Très remarqué avec L’Orphelinat, puis The Impossible, Juan Antonio Bayona est un des réalisateurs les plus surveillés, puisqu’il est actuellement en train de préparer Jurassic World 2. Et s’il nous fallait une bonne raison de croire (un peu) dans cette séquelle hollywoodienne, elle s’intitule Quelques Minutes après Minuit, dernier film du cinéaste et véritable uppercut émotionnel.

Photo Lewis MacDougall
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Le Bon Gros Arbre Géant

Si depuis ses débuts l’artiste évoque nécessairement Steven Spielberg de par les thématiques qu’il aborde (l’enfance, l’absence, la difficulté de préserver les liens familiaux, entremêlés avec un sens du spectacle et un goût certain pour le fantastique), le parallèle est désormais évident, tant Quelques Minutes Après Minuit marche dans les pas du metteur en scène d’E.T. Il y est en effet question de Connor (Lewis MacDougall), petit garçon dont la mère souffre d’une maladie incurable, qui va convoquer pour la sauver un monstre arboricole (sépulcral Liam Neeson) sorti de son imagination.

Mais si comme le maître, Bayona évoque frontalement le deuil, la disparition et la nécessité de palier via la magie au désenchantement d’un monde sinistré, il apporte à cette recette une touche éminemment européenne. Non pas que Quelques Minutes après Minuit se refuse une sincère candeur ou un véritable recours à l’émotion, mais cette dernière éclot loin de la moraline inhérente au cinéma fantastique contemporain.

 

Photo Lewis MacDougall

 

Connor est en colère, révolté tant par l’état de sa mère que son impuissance, sa douleur, et c’est dans la manière que le film a de présenter ces souffrances paradoxales, universelles, qu’il frappe si fort. Car le récit ne se contente pas d’être une fable édifiante, un conte résilient ou une parabole quelconque sur l’acceptation, il se veut aussi chronique de l’amertume, des désirs contradictoires d’un jeune garçon et va ainsi bien au-delà du récit initiatique standard, ainsi qu'en témoigne la relation complexe qui l'unit à sa grand mère, campée avec une belle sobriété par Sigourney Weaver.

 

Photo Sigourney Weaver

 

La racine de l’émotion

Ce qui impressionne le plus durablement dans le film, c’est son aisance dès lors qu’il est question de subvertir les attentes du spectateur. D’abord programmatique (le Monstre au cœur de l’intrigue semble annoncer sa structure dès sa première réplique) et transparent, le métrage n’a de cesse de nous prendre à revers. Ainsi le compagnon du héros varie-t-il avec malice ses entrées, à la manière d’un acteur fatigué mais roublard, encore capable de surprendre malgré l’ancienneté de sa technique.

 

Photo Felicity Jones

 

De même, les allégories qui ponctuent la narration surprennent, grâce à un usage complexe de techniques d’animation variées, faisant de l’ensemble une œuvre protéiforme et toujours changeante, épousant parfaitement la psyché du protagoniste. Et si les étapes que nous traversons à l’occasion de cette fuite de l’innocence sont somme toute attendues, elles s’y inscrivent le plus souvent avec originalité, comme lors d’une scène où Connor se frotte à la brute qui le maltraite à l’école, occasionnant à l'écran une déferlante de sensibilité.

 

Photo Lewis MacDougall

 

Après deux actes parfaitement articulés mais très fonctionnels, le récit peut alors s’emballer, et user de toutes les dissonances et bizarreries qu’il a semées en cours de route. L’émotion explose alors que Bayona dévoile le cœur de cette histoire bouleversante, alors qu’un enfant se confronte brutalement aux pensées qu’il a tenté vainement de refouler. Le temps d’une scène impressionnante au cœur d’un cimetière en ruine, Connor et son insondable malheur font soudain écho aux angoisses existentielles les plus universelles.

Et si Quelques Minutes après Minuit met nos plaies les plus intimes à vif, c’est pour mieux nous rappeler combien le salut est toujours proche. Il suffit au film de quelques secondes de silence et d’une poignée de gros plans sur un carnet de dessin pour rappeler au pouvoir guérisseur de la création, de la fiction, et à travers eux du cinéma.

 

affiche

 

 

Résumé

Après deux créations prometteuses, Juan Antonio Bayona nous propose une fable incroyablement émouvante, d'une pureté narrative et technique qui laisse sans voix.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Faboloss 24/10/2016

Putain je chiale déjà !
Plus sérieusement, j'ai l'impression que la qualité a sacrément augmenté en cette fin d'année.

Stivostine 24/10/2016

+1 tres bonne nouvelle

Champy 24/10/2016

Vraiment à suivre de très près ce Bayona .

Ded 24/10/2016

Critique enthousiasmante, assurément...

Euh 25/10/2016

C'est loin le 4janvier!

treky 28/12/2016

Ce livre est une merveille, et ce réalisateur a su donner corps en image à ce bijou littéraire.

Ded 04/01/2017

Très surpris de trouver mon pseudo quelques lignes plus haut, mais le plus troublant reste que ce commentaire plutôt sobre est très proche dans son contenu et dans sa forme de ce que j'avais l'intention d'écrire... jusqu'aux 3 points de suspension... de quoi développer une parano à tendance schizo... assurément !...

Ded 05/01/2017

;O)...

Sess 09/01/2017

Très mauvais et démonstratif au possible. Tire-larmes également. Prévisible aussi. Pas du tout d'accord avec la critique. Ce n'est ni sensible, ni poétique, et très peu émouvant (la fin et encore...).

Cervo 17/01/2017

Y a quand même de ces trucs. "Tire-larmes" "prévisible". C'est un mélo. Evidemment que c'est tire larme et prévisible. Surtout quand on cause leucémie.

Ce qu'il faut pas lire.

Après concernant la poésie et la sensibilité, c'est nécessairement plus personnel. Mais disons que le mélange de techniques (putain l'arbre en animatronique, les contes en animation !) indique quand même une grande maîtrise et une sacrée sensibilité. Mais bon...

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