Critique : Transformers 3 : La face cachée de la Lune

Date de sortie 29/06/2011 02h35 Titre original Transformers : Dark of the moon Réalisé par Michael Bay Avec Shia LaBeouf , Josh Duhamel , John Malkovich , Rosie Huntington-Whiteley , Frances McDormand , Hugo Weaving , Ken Jeong , Tyrese Gibson , Kevin Dunn , Julie White , Leonard Nimoy , James Remar , Patrick Dempsey , James Avery (I) , John Turturro , Peter Cullen , Alan Tudyk , Elya Baskin , Robert Foxworth , Keith Szarabajka Genre Science-fiction , Action Nationalité États-Unis
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27/06/2011 - Critique Simon Riaux
Les premières minutes de Transformers 3 ressemblent à un vigoureux doigt d'honneur adressé par Michael Bay à ses détracteurs. En moins de temps qu'il n'en faut à une rétine pour se décoller, le réalisateur nous offre un condensé de son univers : poursuite spatiale spectaculaire, patriotisme exacerbé et plan racoleur sur les attributs d'une femme qu'on n'abordera plus que par le côté voluptueux de la lorgnette. Le maître incontesté de la destruction est de retour, et vous allez en avoir pour votre argent.

Si vous espériez que John Malkovitch apporte à l'ensemble une tonalité différente, voire rehausse la qualité de jeu de ses petits partenaires, asseyez-vous sur vos espoirs. Ne comptez pas non plus sur Frances McDormand, qui parvient à concurrencer John Turturo dans la course à la composition du personnage le plus insupportable. L'ensemble du casting fait baigner le film dans une constante hystérie matinée de clichés, seul Patrick Dempsey surprend, et nous amuse de veule roublardise. Évidemment, les allergiques à l'idéologie guerrière et au chauvinisme belligérant risquent de sérieux chocs anaphylactiques pendant le visionnage, la beauté toute martiale d'un silo à missile dans le soleil couchant n'étant pas accessible au premier venu.

La liste des aberrations et autres défauts qui parsèment le film pourrait être encore longue, tout comme celle de ses qualités. Ces dernières sont d'abord d'ordre techniques. Les effets spéciaux sont superbes, et c'est peu de le dire. Qu'il s'agisse d'images de synthèse, de cascades ou de la 3D, tout est à couper le souffle. Il faudrait être de mauvaise foi pour prétendre ne pas prendre un sacré pied lors des séquences d'action. Peut-être aidé par les contraintes de la troisième dimension, la mise en scène de Michael Bay se fait désormais plus ample, moins épileptique et hachée. Cette progression notable dans la gestion de l'espace permet à la dramaturgie de jouer enfin son rôle, et de rendre plusieurs scènes durablement marquantes, à l'image d'un vol plané au coeur de Chicago qui a de quoi décrocher la mâchoire, ou encore d'une attaque autoroutière dont la brutalité accompagne parfaitement la montée en puissance du scénario. Le scénario ? Il y en a bien un, et s'il est quelques fois beaucoup trop bavard, il donne enfin aux personnages (humains comme robots) des motivations claires, et convoque des enjeux cohérents. Enfin, Shia Labeouf et Tyrese Gibson ont plus excitant à faire que regarder trois machines de l'espace se fendre la poire à coup de missiles.

Si Michael Bay n'a pas abandonné ses tics et ses habitudes de destructeur impénitent, il semble les utiliser, les agencer, plutôt que de les lancer à la figure du spectateur de manière éparse et chaotique. Dans cette perspective, Transformers 3 prend un alors un tour plutôt réjouissant, totalement décomplexé, et dont se retire un plaisir certes régressif, mais bien réel. À tel point que la chose se transforme en un ride improbable, une carte postale encore fumante de l'Amérique fantasmée par le réalisateur. Cette dernière est une sorte de contrée mythique, où les femmes sont aussi belles que les hommes sont musclés, où les drapeaux flottent devant chaque maison, tandis que ceux en âge de tenir une arme se battent pour une liberté jamais assez bien défendue. On a souvent dénoncé la vision du papa des Transformers comme étant un horrible tract républicain, mais elle est ici plus proche d'un rêve puéril et délirant, souvent touchant dans sa démesure et sa grandiloquence.

Non, Transformers 3 n'est pas digeste, c'est un plat de résistance, et des plus riches ; étrangement, ce sont souvent les meilleurs. L'avantage du cinéma, c'est que même en été, il n'y a personne dans les salles obscures pour voir si vous avez la ligne. À quelques semaines d'intervalle, Michael Bay et J.J. Abrams (avec Super 8) convoquent notre enfance, l'un en mimant les souvenirs d'hier, l'autre en vidant une malle de jouets aux airs de boîte de Pandore. À moins que ce ne soit l'inverse.

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