Critique : Watchmen - Les Gardiens

Date de sortie 04/03/2009 03h35 Titre original Watchmen Réalisé par Zack Snyder Avec Jackie Earle Haley , Jeffrey Dean Morgan , Malin Akerman , Patrick Wilson , Billy Crudup , Matthew Goode , Carla Gugino , Stephen McHattie , Matt Frewer , Niall Matter , Carrie Genzel , Brett Stimely , Sonya Salomaa Genre Science-fiction , Drame , Action , Thriller Nationalité États-Unis
écranlarge
lecteurs votre avis
03/03/2009 - Critique La Rédaction

Deuxième avis : celui d'un lecteur du Comics

 

23 ans que Watchmen, cette arlésienne de l'adaptation cinématographique, suscite autant l'envie que l'appréhension. 23 ans que des « cinéastes-auteurs » s'esquintent les poignets à tenter vainement de prendre ce taureau du 9eme art par les cornes avant de quitter l'arène la queue entre les jambes. Gilliam, Greengrass et Aronofsky ont cru que s'attaquer au storytelling d'Alan Moore s'apparentait à une corrida : une patte cinématographique bien trempée et personnelle contre sa plume minutieuse et obsessionnelle. Les Frères Hugues, Stephen Norrington et les Wachowski (oui, enfin James McTeigue) ont persisté dans cette voie. S'en suivirent  From Hell, LXG et V pour Vendetta, des entreprises d'esquives et de raccourcis foireux se soldant par un empalement impitoyable du taureau.

 

Avec sa transposition réussie de 300, Snyder a compris qu'il fallait envisager le comic book auteurisant sur grand écran comme un rodéo, c'est-à-dire en épousant les contours musculeux de la bête avec agilité et persévérance dans l'espoir de la dompter. À sa manière, Snyder s'est imposé comme l'homme providentiel parce qu'il n'est justement pas un auteur mais bel et bien un filmmaker malin, doublé d'un mercenaire esthétique ayant fait ses preuves. Le Ridley Scott de ce début de siècle, en somme. Rétrospectivement, le carton de 300 a permis de légitimer commercialement une lecture ciné moins aseptisée et plus sombre de la BD US. Sans cela, pas sûr que l'esprit ô combien sombre, nihiliste et absolutiste de Watchmen aurait été préservé.

 

Bien que certains puissent le déplorer, la première des qualités de Watchmen tient dans sa fidélité plastique et thématique. Le film rend autant justice à Dave Gibbons qu'à Alan Moore, autant à son superbe décorum crépusculaire à la Blade Runner ou Se7en qu'aux êtres s'y débattant. Par sa soumission quasi religieuse au roman graphique -car Watchmen est une Bible-, Snyder signe moins un blockbuster qu'un portrait d'individus complexes et ambigus sur fond de complot apocalyptique. Seulement, cette étude prenait 400 pages d'une densité ahurissante dans la source d'origine contre 163 minutes ici. 300 était une affaire de dilatation, Watchmen est celle d'une compression. Alors Snyder et ses scénaristes dégraissent tout ce qui n'a pas trait aux 6 personnages clés du récit, le prix à payer pour espérer attirer le béotien. Et ils s'en tirent avec les honneurs.

 

À l'exception notable de Laurie Jupiter / le Spectre Soyeux dont les relations amour / haine avec sa mère ont été sensiblement écourtées, la sensation d'assister à un rêve de gosse prendre vie est indubitable tant l'essence de ce sextet a su être magnifiquement capturée ; qu'il s'agisse du cynisme destructeur du Comédien, de l'humanité en extinction de Dr Manhattan l'omniscient (fantastique performance vocale de Billy Crudup lors dans la séquence martienne scandée sur du Philip Glass, incontestablement la plus belle du film), du mépris de soi du Hibou ou de la haine psychopathe rongeant Rorschach de l'intérieur (Jackie Earle Haley, juste incroyable). Ils sont là, en volumes, vivants : Manhattan se démultipliant littéralement pour satisfaire les envies sexuelles de Laurie tout en continuant de bosser à côté, le Comédien en pleine tentative de viol sur Sally Jupiter, etc. Toutes ces choses qui rappellent que The Dark Knight, malgré ses prétentions subversivement burnées, fait office de petit joueur.

 

Certes, Watchmen est imparfait. Snyder a eu des comptes à rendre et dû amplifier la moindre scène spectaculaire avec ses ralentis esthétisants (on pense au combat final too much). Oui, le vertige temporel, élément fondamental chez Moore -et sa représentation non pas comme une ligne ou une boucle mais comme un point figé dans lequel tout est simultané, a déjà eu lieu, a lieu, aura lieu- se heurte à la narration cinématographique du défilement là où les planches de BD sont, de toute façon, plus adéquates. Sans parler de la modification cataclysmique à la fin, habile, mais moins traumatisante que dans le comics. Ces revers sont toutefois atténués par la bonne dose d'ironie distante qu'injecte Snyder, jusque dans les scènes coïtales. Grâce à cela, il rappelle ce qu'est au fond Watchmen : une farce macabre, une sorte de Dr Folamour pop et décadent. Et, à l'instar du chef d'œuvre de Moore et Gibbons, le film de Snyder demande à être revisité  encore et encore pour en saisir toute la richesse.

 

Ce rendez-vous n'aura peut-être pas lieu en salles mais chez soi avec les deux director's cuts qu'il nous prépare dans les mois à venir. L'occasion pour nous de découvrir plus intimement encore, cette uchronie incomparable et ces héros écartelés entre leur monstruosité et leur humanité. Pour l'heure, on affirmera juste que Snyder a réussi à se maintenir en selle et faire de l'inadaptable par excellence un très bon film, une œuvre culte en puissance. On n'en demandait pas tant. (4/5)

 

Julien Foussereau

 

 

 

Premier avis : celui d'un non-lecteur du Comics.

 

Je n'ai pas lu Watchmen. Voilà, c'est dit. On se trimballe tous des casseroles, et celle-ci is a big one. Bien qu'il s'agisse d'une œuvre incontournable de la pop culture, du seul graphic novel à s'être fait une place dans les 100 plus grands romans anglais selon le Time et malgré les relances d'un Julien Fousserreau ou le prêt de l'édition française de Delcourt par Patrick Antona, rien n'y a fait. Pas le temps, trop de pression, jamais le bon moment. C'est donc au cinéma que je découvre Watchmen.

 

En une scène, le meurtre inaugural du Comédien, Zack Snyder réussit à poser un univers : historique, sombre et très classe. Suit alors l'un des génériques les plus originaux et les plus ludiques vus au cinéma, où alors que des images statiques se mettent à bouger la mythologie des Minute Men et des Watchmen est conté. Il n'en faut pas plus pour que le spectateur se sente en terrain connu. La narration éclatée, qui revient toujours irrémédiablement au Comédien, sa mort et son enterrement, se révèle passionnante, obsédante. Le poids du passé, l'impasse du présent... et la voix-off de Rorschach. En effet, bien que le film ne semble pas acquis à un personnage précis et qu'il s'équilibre au rythme des flash-back personnels, rapidement, l'homme masqué (le seul qui le soit complètement) voit son aura ténébreuse grandir, imprégner chaque plan et devenir l'incarnation parfaite du Watchmen selon Zack Snyder. Est-ce un traitement de faveur du réalisateur ou simplement la prestation de Jackie Earle Haley ? Toujours est-il que dès qu'il est à l'écran, il dévore tout, laissant peu de marge aux autres. Il faut dire aussi que Malin Akerman est trop sexy en Spectre Soyeux pour être totalement crédible et Patrick Wilson légèrement agaçant en Hibou et surtout loser hollywoodien donc sympathique. Reste Billy Crudup tout bleu et le zizi à l'air mais impeccable.

 

Après une heure et demi d'exposition, Zack Snyder a remporté son pari haut la main, le spectateur ne demande qu'à se vautrer et à s'épanouir dans cette réalité alternative aussi belle que dépressive. Les personnages présentés, les enjeux installés, le complot contre les Watchmen est avéré, et le spectateur se frotte les mains et ouvrent grand les yeux. Le meilleur est donc à venir. Pourtant, les minutes filent, les belles images défilent et quelque chose cloche. Le ton a changé, plus léger, plus dilettante. Rorschach multiplie les bons mots, le Hibou les moues et tout le monde se marre. Comme si le plus dur était passé, Zack Snyder se laisse aller et se fait plaise avec une violence gore et drôle, une romance kitsch et d'autres fantaisies déplacées. Sa mise en scène qui faisait jusque-là illusion montre alors sa mécanique, rutilante, balourde et parfois artificielle. La première conséquence est qu'à l'heure des révélations, l'implication du spectateur n'y est pas vraiment. Pire, les implications soulevées par cette fin renvoient plus... attention... à un Opération Espadon qu'au monument (a)social et (a)moral vendu par les fans du comic book.

 

Watchmen semble être une œuvre qui brûle la chandelle pas les deux bouts, de la même manière que 300 était un film qui vieillissait à vue d'œil. Que cela soit revisiter le mythe des super héros, interroger une époque et une société ou réfléchir sur la nature humaine, Watchmen a un potentiel impressionnant... auquel Zack Snyder n'apporte que des solutions immédiates, parfois bluffantes, parfois décevantes. Le film n'offre ainsi qu'un seul degré de lecture et une fin fermée. Si Watchmen est une œuvre intemporelle, son adaptation cinématographique reste très contemporaine sur le fond comme sur la forme. Mais elle donne aussi plus envie que jamais de se plonger dans l'original, non plus seulement pendant des heures mais au minimum des semaines.(3,5/5)

 

Vincent Julé

Résumé

critiques lecteurs votre critique !

Aucun commentaire.

votre critique