Critique : Homme aux colts d'or (L')

Date de sortie 01/07/1959 02h02 Titre original Warlock Réalisé par Edward Dmytryk Avec Richard Widmark , Henry Fonda , Anthony Quinn , Dorothy Malone , Dolores Michaels , Wallace Ford , Tom Drake , Richard Arlen , DeForest Kelley , Regis Toomey , Vaughn Taylor , Don Beddoe , Whit Bissell , Bartlett Robinson Genre Western Nationalité -
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30/04/2012 - Critique Francis Moury

L’Homme aux Colts d’or de Edward Dmytryk laisse transparaître la même fondamentale inquiétude qui demeure sa marque de fabrique lorsqu’il est bien inspiré. Elle transparaît ici d’une manière plus originale que dans son autre western La Lance brisée qui serait un remake, en western, de La Maison des étrangers de J. L. Manckiewicz (on met le phrase au conditionnel car ce sont les critiques de l’époque qui l’affirment mais nous n’avons jamais vu ce film de Manckiewicz ; il nous est donc difficile de le confirmer : cependant la Fox, distributrice du Manckiewicz puis du Dmytryk, comme sa rivale la Warner transposait de temps en temps un scénario à succès d’un genre dans un autre et c’est donc tout à fait possible) et dans lequel l’acteur Spencer Tracy reprenait un rôle de patriarche violent  (un des personnages clés du western américain des origines à nos jours) qu’il avait déjà tenu dans Le Maître de la prairie d’Elia Kazan et qui inspirera d’ailleurs aussi James Cagney dans La Loi de la prairie de Robert Wise et  jusqu'au Missouri Breaks d’Arthur Penn en passant par Lee J. Cobb dans L'Homme de la loi [Lawman] de Michael Winner.

Le scénario romanesque de ce « surwestern » (au sens qu’André Bazin donnait à cette expression qu’il avait inventée en 1955) qu’est L’Homme aux Colts d’or repose sur une réalité devenue étrangère au spectateur français contemporain : il faut, pour bien l’appréhender, relire les célèbres études de sociologie politique d’Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique et L’Ancien régime et la révolution. Alors on comprendra comment Warlock, petite « township » donc petite république autonome américaine, peut en 1880 – sans que l’Etat fédéral puisse s’y opposer - attribuer l’office de prévot à un candidat privé, conserver son shérif ou bien encore accepter un shérif adjoint nommé par un shérif… d’une autre ville, distante d’une centaine de kilomètres. Autre aspect intéressant concernant le titre français d’exploitation : historiquement, vers 1880-1885, le revolver Cot Single Action Army (Colt SAA « Peacemaker » de 1873) est devenu l’arme réglementaire de poing de l’armée américaine et la firme de Samuel Colt (1814-1862) est la plus célèbre des USA. Ce nom propre devient donc un nom commun capable de désigner le produit qu’il fabrique… un siècle plus tard. Enfin le titre original - qui désigne le nom du village où se déroule l'action - veut dire "sorcier" ou "magicien" en anglais mais peut vouloir dire étymologiquement et littéralement "dispositif anti-guerre" : subtil mot d'esprit ouvrant une sorte de faille sémantique ironique entre la fonction incarnée par Fonda et la ville à laquelle elle est censée s'appliquer.

L’essentiel n’est pourtant pas là mais dans ce rapport oedipien étrange qui existe entre les personnages joués par Fonda et Quinn d’une part, entre ce couple maudit et le personnage joué par Widmark d’autre part. La violence qui a donné naissance à leur entrelacement tragique pèse d’une manière maléfique jusqu’à son dénouement par la mort. La descente de l’escalier du saloon par Fonda (très étonnant dans un de ses rares rôles « négatifs ») lorsqu’il inaugure son office, s’inspire presque ouvertement du célèbre plan de la descente, l'année précédente, de l’escalier du château par Christopher Lee dans Le Cauchemar de Dracula de Fisher : le spectateur est surpris par une apparence qui dément son attente ; son inquiétude naît de cette fracture par laquelle peut s’engouffrer une sorte d’enfer dialectique modifiant les rapports établis ou conventionnels. En outre, les rapports des trois hommes avec les femmes qui les environnent sont d’abord des rapports d’attraction-répulsion avant d’être des rapports amoureux. Et Dmytryk – qui donne à Richard Widmark le rôle du héros authentique et en fait son porte-parole désabusé, fiévreux - assène sourdement, en profondeur, que la violence et la lutte à mort pour le pouvoir reposent d’abord sur ces rapports d’essence névrotique : thème qu’il a régulièrement illustré dans ses meilleurs films, de Feux croisés à L’Homme aux Colts d’or en passant par L’Homme à l’affût et Le Bal des maudits.

Résumé

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