Saraband - DVD

Saraband

Saraband
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TEST TECHNIQUE

29 aoû 2005 Par Erwan Desbois

Alors qu'il s'était placé en retrait du cinéma ces dernières années, Ingmar Bergman a réalisé un retour marquant en 2003 en acceptant de collaborer une nouvelle fois avec la télévision suédoise pour un téléfilm (ce n'est pas demain qu'une chaîne française prendra une initiative similaire). L'aura du maître de par le monde est tellement grande que Saraband, l'œuvre qui est née de cette collaboration, est sortie en salles en France et aux États-Unis entre autres. Il faut dire aussi que Bergman a choisi un sujet particulièrement alléchant en reprenant trente ans plus tard le couple de personnages et d'acteurs de sa grande fresque initimiste Scènes de la vie conjugale.


Johan / Erland Josephson et Marianne / Liv Ullman ont maintenant respectivement 84 et 65 ans. Ils ont divorcé et mènent des vies en tous points opposées : Marianne travaille toujours en tant qu'avocate dans la même ville qu'auparavant, tandis que Johan vit en reclus dans sa maison de campagne, entouré seulement de son fils Henrik (qu'il a eu d'un second mariage) et de sa petite-fille Karin. Il apparaît toutefois vite que cette réutilisation par Bergman de codes connus du spectateur n'est qu'un moyen de nous faire entrer plus rapidement dans l'histoire, puisque Saraband part dès le deuxième de ses dix chapitres dans une toute autre direction, centrée sur d'autres personnages que Johan et Marianne et traitée de manière autrement plus théâtrale que télévisuelle. Les scènes sont ainsi beaucoup plus travaillées que naturelles, et la mise en scène s'avère très sobre et avare d'effets.


Le cœur de l'intrigue est formé par la relation conflictuelle entre Henrik et Karin, tous deux hantés par la mort trop précoce d'Anna, qui était une épouse pour le premier et une mère pour la seconde. Johan et Marianne ne sont plus que les témoins plus ou moins passifs de ce déchirement familial à la cause « classique » : un père est obsédé par l'idée de faire de sa fille le génie artistique qu'il n'a pu être, et en oublie de l'aimer. Peut-être est-ce dû à ce classicisme, ou bien au regard lointain, comme apaisé, que Bergman porte sur cette histoire, mais Saraband ne transmet que par instants la passion fiévreuse présente d'habitude chez le réalisateur suédois. Par exemple dans cette scène à fleur de peau où Henrik et Johan se déclarent sans fioritures leur haine réciproque, qui fait d'ailleurs penser à une séquence similaire de Scènes de la vie conjugale où une femme d'une soixantaine d'années avouait n'avoir jamais ressenti d'amour envers ses enfants.


Malgré cette légère retenue due à la comparaison avec les nombreux et inoubliables chefs-d'œuvre de Bergman, Saraband est un long-métrage d'un grand intérêt car le réalisateur suédois reste sans égal pour ce qui est d'ausculter en profondeur la nature humaine – ici, la question de ce que l'on laisse derrière soi après sa mort, et par conséquent de la responsabilité qui nous incombe vis-à-vis de ceux qui nous survivent.


Le thème universel de ce film-bilan hante également les bonus de cette édition, qui sont regroupés sur le deuxième disque. Le plus passionnant d'entre eux est le making-of La réalisation selon Ingmar Bergman, document exceptionnel car il nous offre des images rares du metteur en scène au travail. On y découvre un artiste qui ne laisse rien au hasard et qui attend de ses collaborateurs un respect total de sa vision des choses, qu'il s'agisse des décors et costumes, des dialogues ou même des gestes des comédiens. Tel Hitchcock, l'homme a clairement son film dans la tête et n'est pas disposé à en dévier d'un millimètre. Ce despote éclairé sait aussi se montrer émouvant lorsqu'il décrit son rapport au cinéma (il avoue ne jamais revoir ses films, qu'il lance dans le monde un peu comme des bouteilles à la mer) ou qu'il parle lors de la première réunion avec l'équipe du film de sa femme récemment disparue et de la manière dont cet événement a chamboulé sa vision de la vie et l'a poussé à faire Saraband.


La mort et le bilan d'une vie, voilà également de quoi parlent Liv Ullmann et Erland Josephson dans la longue interview croisée Parce que c'était eux. Les deux acteurs ont en effet développé au fil des décennies et des collaborations, avec Ingmar Bergman ou sans (car tous deux sont également devenus metteurs en scène, de cinéma pour Liv Ullmann et de théâtre pour Erland Josephson), une incroyable complicité qui irradie les cinquante-cinq minutes de leur conversation. Bien que sans lien directe avec Saraband (le nom de Bergman n'y est évoqué qu'une seule fois), ce supplément possède le même ton tranquille et la même absence de retenue dans l'expression des sentiments, joyeux ou tristes. Tous deux se connaissent en effet tellement bien qu'ils osent tout se dire, et l'on se sent comme le témoin indiscret et chanceux d'une démonstration à la fois simple et profonde d'amour et de bonheur partagé.


Face aux monuments qui précèdent, les deux bonus spécialement réalisés pour ce DVD par MK2 semblent bien fades. La tentative d'analyse de l'œuvre intitulée Nouveau testament est aussi pédante que son nom, employant un style inutilement alambiqué pour au final se contenter de paraphraser le film. Les seuls passages à retenir de ce document sont ceux consacrés à des informations factuelles, comme par exemple la ressemblance entre Ingmar Bergman et Johan (même âge, même rapport conflictuel avec les enfants). L'entretien avec Jeanne Moreau est tout aussi pompeux, mais éveille un peu plus l'intérêt grâce aux anecdotes de l'actrice (sur sa correspondance avec l'auteur suédois entre autres) et à son sens de la formule (« On peut croire à la vie éternelle quand on voit un film de Bergman »).


Tourné en DV pour la télé, Saraband bénéficie sans surprise d'une image parfaite en DVD : colorimétrie irréprochable, définition sans défauts, et un piqué exceptionnel que l'on apprécie tout particulièrement dans les gros plans chers au metteur en scène.


Sur le plan de la configuration sonore, seule est proposée la version originale sous-titrée français en stéréo 2.0, qui est bien évidemment amplement suffisante même si une version française aurait peut-être pu permettre de faire découvrir Bergman à un public plus large.

CETTE EDITION

Disque 1: Saraband
Emballage: Digipack
Duree: 107 min
Format d'image: 1.78:1
Type de disque: 2 DVD-9
Encodage: MPEG2
Disque standard: PAL

DISQUE 1

  • Making-of La réalisation selon Ingmar Bergman (43min30s)
    Nouveau testament, analyse du film par Phillipe Piazzo (14min45s)
    A travers elle..., interview avec Jeanne Moreau (18min35s)
    Parce que c'était eux, entretien entre Liv Ullmann et Erland Josephson (57min)

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La Rédaction 02/04/2007 20:18 par La Rédaction

[DVD] Saraband - Zone 2

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