Fureur de vivre (La) – Édition collector 2 DVD
Fureur de vivre (La)- REALISATEUR:Nicholas Ray
- ACTEURS:James Dean, Natalie Wood (I), Sal Mineo
- GENRE:Drame
- EDITEUR:Warner Home Video
- DATE DE SORTIE:01 juin 2005
TEST TECHNIQUE
La fureur de vivre fut le film culte de toute une génération, car il marqua la rencontre d'un acteur en passe de devenir mythique et d'un phénomène de société tout juste émergent – la rébellion d'une génération d'adolescents contre le carcan auxquels on leur intime de se conformer et contre l'immobilisme de leurs parents –, le tout traité de manière très réaliste et très crue par Nicholas Ray. C'est d'ailleurs cet ultra-réalisme dans la description des personnages et de leurs comportements qui rend le film toujours aussi moderne aujourd'hui (malgré certains aspects quelque peu datés) et en fait une source vivace d'inspiration pour les réalisateurs, que celle-ci soit évidente (pour Hair high de Bill Plympton) ou en filigrane (pour Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg).

Dans ce premier « teen-movie » à se placer en rupture avec le modèle fantaisiste et niais en vigueur jusqu'alors (et encore aujourd'hui…) à Hollywood, avec des adolescents propres sur eux, souriants et marchant avec enthousiasme dans les traces de leurs parents, James Dean joue Jim, un personnage proche de celui qu'il interprète dans À l'est d'Eden : un jeune mal dans sa peau et qui ne parvient pas à trouver sa place entre l'hypocrisie des adultes et la violence des bandes de délinquants. Jim est toutefois plus ancré dans la réalité que Cal, le héros de À l'est d'Eden, car le but de Nicholas Ray n'est pa de réaliser une allégorie mais plutôt un documentaire dramatisé. Crédible et charismatique dans un film comme dans l'autre, Dean prouvait que l'étendue de son talent dépassait la simple révolte adolescente, ce qu'il confirma dans Giant en démontrant sa capacité à se fondre dans des rôles de composition.

Plongé dans le monde des gangs écumant les rues des villes américaines, Jim découvre son ambiance faite de combats au couteau, de courses de voitures sur des falaises surplombant l'océan, et de luttes d'influence autour du poste de leader du groupe et de l'amour de la fille, ici incarnée par Natalie Wood dans son premier rôle « adulte ». Ainsi que l'annonce la longue (plus d'un quart d'heure) séquence d'ouverture, située dans un commissariat où les trois principaux protagonistes attendent que leurs parents viennent les chercher, le long-métrage est construit selon les principes de la tragédie antique, avec une action resserrée autour d'une unité de temps (une journée entière), de lieux et de personnages. Ce parti-pris ne fonctionne qu'en partie, car les atouts qu'en tire Ray (exacerbation du suspense et de la montée dramatique du récit) sont contrebalancés par les points faibles que représentent le manque de caractérisation des nombreux personnages, un ton démonstratif qui aujourd'hui paraît désuet, et les enchaînements parfois brutaux d'un scénario qui s'offre trop peu de temps morts entre ses différents pics émotionnels et qui manque dès lors de variété et de rythme.

La plus grande réussite de La fureur de vivre concerne en définitive sa description en forme de cri d'alarme des relations entre parents et enfants. Chacun des trois héros doit en effet faire face à la faillite d'une famille dysfonctionnelle à un degré plus ou moins important. Leurs rapports orageux avec des parents démunis – qu'ils soient trop stricts, trop laxistes ou tout simplement absents – mènent irrémédiablement à une rupture totale, qui se traduit par la reformation par ces trois jeunes d'une cellule familiale autonome et coupée de l'extérieur. Avant le final plus classique auquel il mène, cet avant-dernier acte nous aura offert les plus belles scènes du film, l'amenant vers un onirisme mélancolique qui parle à l'innocence oubliée enfouie en chacun de nous.

La présence d'une précédente édition double DVD zone 2 de La fureur de vivre (sortie en novembre 2003) rend délicat le choix de se procurer ou non celle testée dans ces lignes. Si la configuration sonore est identique dans les deux cas (avec une version originale proposée dans un remixage Dolby Digital 5.1 plutôt discret et une version française en mono d'origine et au doublage médiocre), la première distinction évidente se situe au niveau de l'image, avec un rendu visuel qui se révèle bien supérieur dans cette réédition. Les contrastes sont en effet bien mieux mis en valeur, et de ternes les couleurs sont devenues resplendissantes comme le démontrent les captures ci-dessous.

Édition collector 2003

Édition collector 2005

Édition collector 2003

Édition collector 2005

Édition collector 2003

Édition collector 2005
Malgré un grain encore un peu trop marqué et quelques fourmillements dans les arrière-plans, on se trouve donc en présence de la plus belle image disponible en zone 2 pour La fureur de vivre. Mais comme rien n'est jamais simple, ce gain visuel s'accompagne d'une interactivité fort décevante, où la quantité a remplacé la qualité par rapport à l'édition précédente. Les bonus qui étaient proposés dans celle-ci ont en effet tous disparus, à l'exception de la rubrique Les coulisses, qui contient un documentaire d'époque sur le tournage divisé en trois parties respectivement orchestrées autour d'interviews des acteurs Natalie Wood, Jim Backus (qui joue le père de Jim) et James Dean. Globalement très amusant au second degré (la « magie du cinéma » y est expliquée comme à un enfant de trois ans), ce document vaut surtout pour l'entretient avec James Dean, qui tient de la prémonition morbide : la star y prend fait et cause pour la sécurité routière en dénonçant les excès de vitesse et les comportements dangereux des automobilistes…

Le court reportage À la découverte d'un rebelle a quant à lui disparu alors qu'il contenait des extraits de suppléments pourtant présents dans cette ressortie (les bouts d'essai des acteurs, les essais de costumes et les scènes coupées) qu'il replaçait dans leur contexte grâce à une très bonne voix-off. Sans celle-ci, ces bonus se révèlent sans intérêt, en particulier les scènes coupées (sans bande-son, ce qui n'est pas précisé sur la jaquette) qui ne sont en définitive que des angles alternatifs et des débuts ou des fins de séquences. Il vaut donc mieux se diriger directement vers le documentaire La fureur de vivre : les innocents se rebellent ou, pour les anglophones, vers le passionnant commentaire audio (non sous-titré) de Douglas Rathgeb (auteur d'un livre sur le tournage du film), qui reviennent tous deux sur la genèse et le tournage de La fureur de vivre avec de nombreuses anecdotes à propos d'un projet sortant de l'ordinaire, qui détonna à l'époque par son souci de coller au plus près de la réalité. Ce qui entraîna un casting et un tournage mouvementés, entre guerres de gangs revisitées et improvisations, ainsi que de nombreux problèmes avec la censure très stricte de l'époque, qui voyait d'un mauvais œil toute mention – même implicite – de relations sexuelles ou de problèmes psychologiques chez des adolescents.


Enfin, la modification la plus dommageable concerne le remplacement du documentaire Forever Dean par un ersatz intitulé Souvenirs de Dean. Sous couvert de lever le voile sur le « mystère » Dean, un vieux bellâtre de présentateur pose des questions provocatrices et sans aucune pertinence à des stars ayant connu James Dean : sont ainsi passées en revue une soi-disant homosexualité latente, son goût pour la course automobile (à partir duquel l'amalgame est vite fait avec son accident mortel) ou encore – comble du mauvais goût – des tentatives de contact avec le fantôme de l'acteur mort.

N'expliquant rien et restant en permanence superficiel et avide de phrases choc, Souvenirs de Dean est donc à Forever Dean ce qu'un premier prix de supermarché est à un produit haut de gamme : une pâle imitation qui ne fait pas illusion longtemps. Si on était parano, on suspecterait là un coup marketing de la Warner : pour avoir la meilleure édition sur le plan technique de La fureur de vivre et le meilleur documentaire consacré à James Dean, il faut… acheter en supplément le DVD de À l'est d'Eden. Malin, non ?
CETTE EDITION
Emballage: Amaray avec fourreau
Duree: 107 min
Format d'image: 2.35:1
Type de disque: 1 DVD-9, 1 DVD-9
Encodage: MPEG2
Disque standard: PAL
DISQUE 1
Disque 1
Commentaire audio du biographe Douglas L. Rathgeb (VO sans sous-titres)
Bande-annonce (VO sans sous-titres)Disque 2
Documentaire Souvenirs de James Dean (66min)
Making-of La fureur de vivre : les innocents se rebellent (35min50s)
Essais des acteurs (6min25s)
Essais de costumes (5min)
16 scènes inédites sans bande-son (durée totale : 22min55s)
Documentaire d'époque Les coulisses du tournage avec des interviews de James Dean, Natalie Wood et Jim Backus (durée totale : 21min25s)
Captures
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02/04/2007 20:17 par La Rédaction
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