À l'est d'Eden – Édition collector 2 DVD - DVD

À l'est d'Eden, 1955

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À l'est d'Eden – Édition collector 2 DVD
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Test DVD - À l'est d'Eden – Édition collector 2 DVD

Rédigé le 11 juil 2005 par Erwan DesboisErwan Desbois

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Test technique

Des trois films tournés par James Dean, À l'est d'Eden restait jusqu'à présent le seul à ne pas avoir fait l'objet d'une sortie DVD en zone 2. Un oubli qui faisait tâche et qui est enfin réparé par Warner – et de fort belle manière, car cette édition collector surpasse en qualité celles de nombre de films bien plus récents. Techniquement tout d'abord, car le résultat du travail de restauration frôle la perfection tant pour le rendu visuel que sonore. Sur ce dernier point, le remixage en Dolby Digital 5.1 pour la version originale est ainsi l'un des plus réussis que l'on ait pu entendre pour un film initialement enregistré en mono : la spatialisation de la musique et des dialogues est très finement rendue, en trouvant le juste équilibre entre les remixages trop discrets (et au final identiques à la piste d'origine) et ceux qui veulent à tout prix se faire remarquer en en faisant trop. Le doublage français étant lui aussi d'étonnamment bonne qualité (la personnalité de chacun des protagonistes, y compris Cal – l'adolescent torturé incarné par James Dean –, est très bien retranscrite), on en vient même à regretter que cette version française n'ait pas bénéficié du même travail de remixage et ne soit proposée qu'en 2.0 stéréo.


Visuellement, la claque est encore plus grande. Le piqué de l'image, la qualité de la compression et l'incroyable vitalité des couleurs (y compris dans les scènes tournées de nuit ou en extérieur dans des décors immenses) sont phénoménaux pour un film datant de 1954. Tout est donc réuni pour (re)découvrir cette œuvre magistrale qu'est À l'est d'Eden dans des conditions parfaites. Il s'agit du onzième film d'Elia Kazan, et du premier qu'il ait tourné en couleurs et en cinémascope. Un changement radical par rapport à ses longs-métrages précédents, qu'il met à profit pour traduire au mieux la théâtralité et la force allégorique du roman de John Steinbeck (également auteur des Raisins de la colère) dont est tiré le scénario. Les dominantes vertes et rouges renvoient ainsi au jardin d'Eden cité dans le titre et à la violence qui en éloigne les personnages tant dans la Bible que dans l'histoire imaginée par Steinbeck.


Ce dernier ne cache en effet pas ses référence : depuis le sujet (l'homme pieux trahi par le péché originel de sa compagne ; la lutte entre ses deux fils que tout oppose, l'un représentant le Bien et l'autre le Mal) jusqu'aux noms des protagonistes (le père s'appelle Adam, et ses deux fils Caleb et Aron, prénoms dont il est explicitement dit qu'ils sont tirés de la Bible), tout est fait pour relier directement le récit au mythe de Caïn et Abel.


Caïn / Caleb (surnommé Cal) est incarné par James Dean – et vice versa. Les grands espaces naturels (les champs californiens qui s'étendent à perte de vue) ou artificiels (une parade, une fête foraine) servent de scène au mal-être à fleur de peau du personnage, et la performance de l'acteur est inoubliable. Malgré le talent incontestable de ceux qui l'entourent (en particulier Raymond Massey et Jo Van Fleet), Dean les éclipse tous autant qu'ils sont par son jeu animal et unique. Semblant toujours aux aguets et agissant à l'instinct, il donne à son rôle une spontanéité et une ambivalence qui correspondent parfaitement au caractère trouble de Cal, chez qui le bon et le mauvais génie coexistent sans que l'on puisse dire lequel des deux prend le dessus.


Cette ambiguïté est le cœur du film, l'aspect précis qui fait de ce dernier une œuvre bien plus complexe et passionnante qu'une simple mise en scène modernisée de la parabole biblique sur l'opposition du bien et du mal. Par l'intermédiaire de son personnage principal et d'une utilisation intelligente du contexte temporel du récit (1917 et l'entrée des américains dans la Première Guerre Mondiale), À l'est d'Eden réfute l'existence du Bien et du Mal en tant que notions absolues et démontre bien au contraire toute leur relativité, scènes choc à l'appui. Par exemple le déferlement de haine envers un commerçant d'origine allemande des habitants a priori paisibles de la bourgade de Monterey, alors même que les américains sont censés être les bons et les allemands les méchants ; ou encore la séquence où Aron tente de défendre pacifiquement cet allemand, et aurait pu le payer de sa vie s'il n'avait pas reçu l'aide brutale de Cal, qui met à cette occasion sa rage intérieure au service du bien.


Faire le bien, c'est aussi ce à quoi il aspire pour se faire enfin aimer de son père rigoriste et qui lui a toujours préféré Aron. La description de cette relation père-fils orageuse tire sans aucun doute sa véracité et son universalité du fait qu'il s'agit d'une expérience vécue par chacun des trois hommes-clés du projet, Steinbeck, Kazan et Dean. Ce dernier y rajoute une dimension supplémentaire en faisant de son personnage le symbole de la révolte d'une génération toute entière (rôle d'icône qu'il tiendra à nouveau dans La fureur de vivre) face à l'incompréhension et l'immobilisme de leurs parents. En grand réalisateur et directeur d'acteurs, Kazan a parfaitement su capter et mettre à profit cette violence contenue. Malgré quelques excès (cadrages désaxés pour souligner l'état mental des personnages, description caricaturale de certains rôles secondaires comme par exemple l'infirmière des dernières scènes) qui nuisent au propos plus qu'ils ne lui profitent, le choix du cinéaste de filmer sans retenue dans le montage, la photographie ou les effets de style – l'exagération des ombres est particulièrement frappante et efficace – est indéniablement le bon. En se mettant au diapason de son acteur principal, il fait ainsi de À l'est d'Eden un film cohérent dans le fond et sur la forme, qui conte une superbe histoire à la fois universelle et intimiste.


Le long-métrage est fort bien complété par les suppléments présents sur le second disque, en particulier le documentaire À l'est d'Eden : l'art à la recherche de la vie. Faisant appel à de nombreux intervenants (les acteurs, des spécialistes de Steinbeck et Elia Kazan lui-même), celui-ci mène en parallèle une analyse de fond (sur le message du livre et sur l'approche qu'avait Steinbeck de la littérature, qui devait selon lui aider les gens à mieux vivre et à mieux se comprendre les uns les autres) et un récit du tournage, du casting jusqu'à la sortie du film, en revenant en particulier sur les frictions survenues sur le plateau entre James Dean et les acteurs plus « classiques » comme Raymond Massey qui joue son père dans le film. Ce documentaire est donc très complet et très réussi, ce que l'on ne peut qu'apprécier car comme à son habitude la Warner n'a pas jugé bon de sous-titrer le commentaire audio de l'historien Richard Schickel. Même si ce dernier s'exprime d'une manière claire, les non-anglophones auront donc du mal à profiter de ses commentaires pertinents, entre histoires de tournage, analyses et mêmes critiques du film sur certains choix de mise en scène de Kazan.


Les autres bonus relatifs au film (essais des acteurs, essais de costumes, scènes coupées et première à New York) sont tout d'abord amusants mais leur caractère répétitif les rend au final quelque peu lassants. Leur présence au sein de cette édition a toutefois le mérite de rendre celle-ci extrêmement complète. La (grosse) cerise sur le gâteau, c'est le documentaire d'une heure Forever Dean, qui retrace la vie et la carrière de James Dean depuis son enfance jusqu'à sa mort – et même après, puisque le film s'attarde sur le culte qui s'est créé autour de la star et sur ses excès. Les problèmes de forme (extraits de films recadrés au format 1.33, commentaire un peu grandiloquent par moments) ne pèsent pas lourd face à la mine d'informations et d'émotions que représente ce documentaire. Celui-ci traite en effet avec la même intelligence les aspects professionnels et personnels de l'existence de James Dean, même les plus « tabloïd » (son enfance, ses amours, son mortel accident de voiture) qui sont utilisés non pas dans un objectif de sensationnalisme mais bel et bien pour réaliser le portrait le plus complet possible de cet acteur parti trop tôt, dont les trois films impressionnent autant qu'ils laissent de regrets.


N.B. : ce dernier documentaire était déjà présent sur la précédente édition 2 DVD de « La fureur de vivre » sortie en 2003. Par la magie des rééditions, le voilà qui « saute » d'un film à l'autre... avant de le retrouver en 2007 sur une nouvelle ressortie de « Géant » ?

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