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Cabin fever - DVD
Cabin fever, 2002
3,8
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Son
Interactivité
Test DVD - Cabin fever
Rédigé le 23 juin 2005 par
Erwan Desbois
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Avis son
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Test technique
Sorti en catimini l'été dernier dans les salles françaises, où il n'eut qu'un succès très mitigé (à peine cent mille entrées), Cabin fever a sûrement payé une certaine maladresse dans la façon de se comparer aux films d'horreur des maîtres des années 70 (Romero, Argento, Hooper, Carpenter et consorts) dont le réalisateur Eli Roth avoue s'être inspiré. L'aura de ces metteurs en scène est en effet bien plus grande de ce côté-ci de l'Atlantique qu'aux Etats-Unis (où Cabin fever a rapporté plus de vingt millions de dollars de recettes, soit quinze fois son budget), ce qui les rend quasi-intouchables.

Angelo Badalamenti
Le making-of proposé sur le DVD de Cabin fever confortera dans leur idée ceux qui n'ont pas aimé le film : l'accumulation de références qui y est faite (pour chaque plan, chaque effet spécial cité) tourne à l'overdose, surtout quand elle est associée à l'habituelle litanie d'auto-congratulations mutuelles entre réalisateur, acteurs et techniciens. La seule section réellement intéressante (comme le making-of est chapitré, vous devriez pouvoir y arriver plus vite) concerne la musique, et en particulier la participation à celle-ci d'Angelo Badalamenti le compositeur de David Lynch entre autres , qui nous interprète pour l'occasion au piano l'un des trois thèmes qu'il a composés pour Cabin fever.

En réalité, le film de Eli Roth ne se résume pas à une succession de scènes gore récupérées à gauche et à droite : le jeune réalisateur (vingt-neuf ans) cherche avant tout à raconter une histoire solide et dans laquelle s'intègrent de manière logique les éclats sanguinolents. Cette histoire démarre comme une sorte de « American pie en vacances dans la forêt », puisque les personnages principaux semblent tout droit sortis de la liste des stéréotypes habituellement réservés au genre des teenage movies : le couple d'amis d'enfance timides qui-sont-en-réalité-amoureux-mais-qui-n'osent-pas-se-l'avouer, face à eux un autre couple composé d'un playboy et d'une bimbo tous les deux grande gueule et sexuellement sans tabous, et pour compléter la bande le pote débile et puéril de service. Est-ce à dire que lorsqu'ils tuent dans un accès de panique un homme gravement malade venu leur demander de l'aide, on va avoir droit à un nouveau Souviens-toi l'été dernier ? Heureusement non et c'est tant mieux pour tout le monde.

Roth confronte en effet ces personnages méprisables et complètement déconnectés de la réalité à une double situation crûment réaliste et franchement déstabilisante : l'attitude dérangée et peu accueillante des habitants de la région (qu'une réjouissante pirouette lors de l'épilogue rendra en définitive plus sympathiques que les adolescents venus de la ville avec leurs préjugés), et surtout un terrifiant virus qui vous écorche et vous dépèce peu à peu, menant à une mort tout sauf rapide et indolore. La combinaison de ces deux menaces va révéler la véritable nature des « héros » de Cabin fever, égoïstes, paranoïaques et dénués de tout sens pratique. La sanction ne se fait pas attendre, tous les protagonistes principaux (et même secondaires) étant destinés à mourir dans d'affreuses souffrances. Il serait toutefois injuste de parler de châtiment, tant Eli Roth se contente de montrer les conséquences directes des choix des personnages sans vouloir y ajouter un quelconque message ; de plus, l'aspect gore exagéré et jouissif de l'ensemble du film ainsi que son humour noir (en particulier son final ravageur) tuent dans l'uf toute velléité de le prendre au sérieux.

Cette hécatombe se déroule en deux mouvements, tout d'abord la progression rampante du virus puis le jeu de massacre proprement dit. Roth se révèle à l'aise dans les deux cas, utilisant à bon escient le caractère microscopique de la menace dans la première partie pour faire monter la tension à l'insu des personnages (la séquence très hitchcockienne de la canalisation allant du réservoir contaminé jusqu'aux verres d'eau en est le plus bel exemple) puis ne faisant preuve d'aucune retenue dans la violence graphique lorsqu'il s'agit de retranscrire les effets dévastateurs du virus qui rythment la suite du récit. La bascule vers cette deuxième partie s'effectue au cours d'une scène qui explicite tout le mal que Roth pense de ses « teenage characters » et le malin plaisir qu'il prend à les torturer, puisqu''il s'agit ici pour lui de transformer une scène d'amour tendre entre les deux tourtereaux timides en expérience traumatisante et répugnante, donc jubilatoire pour le spectateur. La suite est du même acabit, avec une mention particulière pour une épilation des jambes particulièrement sanguinolente. Longue, gratuite et très explicite (grâce en particulier aux effets sonores extrêmement réalistes) : un vrai régal, à l'image du film malgré quelques chutes de rythme ici et là.

Comme il le détaille lui-même dans son commentaire audio, Eli Roth a apporté un soin tout particulier à l'aspect visuel et sonore de son film afin d'en maximiser l'impact sur le spectateur. Objectif atteint, grâce à une photo très travaillée (et qui change au cours du récit : lumineuse et irréelle au début, puis de plus en plus sombre et dé-saturée) et à une ambiance sonore tout bonnement terrifiante, entre le grotesque assumé de la musique et l'ultra-réalisme des bruitages qui rendent mêmes insoutenables des scènes se déroulant hors-champ. On regrette que le DVD, bien que de bonne qualité, ne rende pas parfaitement hommage à ce travail. Ainsi, si le piqué de l'image est excellent, des défauts de compression se font sentir et le contraste se révèle malheureusement un peu fade, en particulier dans les scènes d'extérieur dans les bois. La partie sonore est plus réussie, avec un superbe rendu (en termes de spatialisation et de puissance) de la musique et des bruitages, mais elle est quelque peu gâchée par la grande discrétion des voix, qui sont sous-mixées au point d'être parfois à la limite de l'inaudible. Un problème auquel n'est pas sujet la version française, mais on ne vous la conseille pas pour autant tant le doublage s'avère médiocre.

Hormis ces considérations techniques, le commentaire audio d'Eli Roth s'attarde surtout sur le long processus de production et de réalisation de Cabin fever. Un récit qui rappelle le parcours du combattant vécu par Peter Jackson sur Bad taste, son premier long-métrage auquel le film de Roth fait déjà penser par ses personnages débiles (gentils et méchants confondus) et son goût pour le gore outrancier. Comme Jackson, Eli Roth a dû faire preuve de beaucoup de patience avant d'achever son film (il a écrit le scénario en 1995) mais a pu compter sur le soutien de ses parents et amis pour le financement et la production, où le système D a avantageusement compensé le manque de moyens. Ce commentaire audio se révèle d'autant plus passionnant que Roth a mille anecdotes à raconter sur toutes ces années écoulées entre 1995 et 2004, dont les plus savoureuses sont celles qui concernent ses expériences en tant que figurant ou doublure lumière afin de gagner sa vie tout en étant présent sur des plateaux de cinéma.

Le reste de l'interactivité est clairement placé sous le signe de l'humour bête et méchant, annoncé d'entrée par les trois menus principaux différents que l'on peut sélectionner le dernier est particulièrement réussi, avec son ambiance très South Park et par le menu des suppléments arrangé comme une armoire à pharmacie (retrouvez les captures de ces différents menus dans la fiche DVD). Cet esprit résolument décalé se retrouve dans les bonus eux-mêmes, à commencer par les sous-titres pour âmes sensibles, qui font apparaître sur l'écran deux énormes mains cachant les scènes les plus sanglantes ! Dans le même ordre d'idée, il est possible de visionner une version familiale du film, dont la durée (à peine plus d'une minute) laisse deviner l'étendue des coupes effectuées.

La section « Pommade » consacrée aux aspects promotionnels du film (bandes-annonces, galerie de photos) est évitable, surtout que son supplément le plus intéressant est repris dans une autre section, « Ne pas avaler ». Il s'agit d'une critique du film réalisée par l'émission de télévision Naked news, équivalent de nos « Comme au cinéma » et autres « Journal du cinéma » sauf que Daniela Lumbroso et Laurent Weil ne sont pas nus. La différence entre la version « Pommade » et la version « Ne pas avaler » ? Uniquement l'absence de cache-sexe dans la seconde

Citons encore les anecdotiques scènes coupées et les trois court-métrages d'animation Les Fruits crados (traduction douteuse de The rotten fruit), uvre de jeunesse de Eli Roth plutôt amusante surtout le second épisode, « Snackster », dans lequel le groupe de rock formé par les personnages principaux réagit par la manière forte aux téléchargements illégaux sur le net. Le reste de cette interactivité bien remplie est constitué d'interventions de Eli Roth spécialement enregistrées pour l'édition française. Malheureusement, à l'exception de son amusante présentation du film, ces séquences supplémentaires sont d'un intérêt limité car elles ne font que reprendre des points déjà évoqués dans le making-of ou bien dans le commentaire audio. Une fausse note qui ne doit toutefois pas entacher le bilan d'un DVD dans l'ensemble très réussi et que l'on vous recommande chaudement si vous faites partie des 22,2 % de gens ayant aimé Cabin fever (sondage réalisé sur l'ensemble des membres de la rédaction ayant enregistré leur avis dans le tableau des notes disponible dans la fiche film - c'est dire si on est large d'esprit au sein de la rédaction - note du rédacteur en chef !!!).

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