Kagemusha (Criterion) - DVD

Kagemusha, l'ombre du guerrier, 1980

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Kagemusha (Criterion)
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Test DVD - Kagemusha (Criterion)

Rédigé le 18 avr 2005 par Sandy GilletSandy Gillet

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Star Rating 8
Test technique

Cinq ans après Dersou Ouzala, et après avoir dû batailler ferme pour refaire enfin un film, Kurosawa réalisait un nouveau chef-d'œuvre sur la thématique fondamentale du double et de sa représentation au cinéma. Proposé dans sa version de trois heures (celle vue en salles in fine chez nous), Kagemusha se pare enfin d'un écrin en numérique de toute beauté jetant du même coup aux oubliettes l'édition déjà pitoyable sortie chez nous en juin 2002.


Cette fresque grandiose narre le double destin tragique d'un clan et de son chef dans un Japon féodale gangrené par les guerres. Blessé mortellement lors d'une énième campagne, celui-ci demande à ses fidèles généraux de cacher sa mort durant les trois prochaines années afin de préserver l'unité du clan. On décide alors d'utiliser à plein temps le « Kagemusha », un sosie que l'on n'use normalement qu'en certaines circonstances bien spécifiques. Celui-ci se montre plus qu'à la hauteur avant d'être finalement démasqué et de voir alors le prince héritier accélérer la perte du clan par ses déroutes militaires.


Produit par la Fox sous l'égide de Francis Coppola et de George Lucas, Kagemusha est une ode guerrière à la démesure du talent d'un homme qui, s'il atteignait là le couchant d'une vie bien remplie, n'en demeurait pas moins au firmament de son talent. Composés essentiellement de tableaux expressionnistes et figuratifs (les nombreux dessins préparatoires présentés en bonus en attestent magnifiquement) où la poésie surgit au détour de chaque plan (l'arrivée, au petit matin, d'un messager qui, dans sa course, réveille progressivement l'ensemble des soldats assiégeant un château est à ce titre un morceau de bravoure indélébile et un des plus beaux moments de cinéma mondial), Kagemusha est une leçon d'humanisme et une véritable évolution dans la filmographie du maître japonais. Lui qui en effet avait tendance à stigmatiser cette époque de l'histoire où le Japon était dominé par les samouraï (on pense bien entendu aux Sept samouraï qui n'était autre qu'un pamphlet social et politique à l'encontre des nostalgiques de ce temps révolu et qui avaient déjà mené le pays à la seconde guerre mondiale), semble ici en accepter les codes (voir à ce titre comment le réalisateur s'identifie à cette doublure qui finit par embrasser les valeurs du clan pour mieux les défendre ensuite) mais pour mieux délivrer un message de sagesse et de compassion à l'égard de ses contemporains (la folie guerrière ou non des hommes ne peut pas ne pas être suivie du pardon et de la rédemption).


Lucas et Coppola l'ont compris, eux qui furent sans conteste influencés par un homme dont le cinéma s'inscrit dans la démesure, qu'elle soit formelle ou inhérente à l'histoire (l'homme est somme toute un conteur d'une trempe formidable à même d'influencer des cinéastes éminemment sensibles à cet aspect de la chose). Eux qui nous expriment avec force, au sein d'un document édifiant, les détails de leur implication dans un film qu'ils ont voulu comme la meilleure façon d'étudier un génie au travail. Les voir ainsi derrière une caméra, mains dans les poches, absorbés comme des enfants ahuris par ce qui se passe devant eux, vaut à lui tout seul l'achat de ce DVD. L'autre morceau de bravoure de cette édition est assurément le commentaire audio de Stephen Prince à qui l'on doit une biographie définitive sur le cinéaste (The Warriors Camera : The Cinema Of Akira Kurosawa dont on attend toujours une édition française). Blindé d'informations sur la production et doublé d'une extraordinaire analyse filmique, l'homme ne laisse aucune seconde des trois heures en creux imposant de ce fait son commentaire audio comme le plus riche jamais entendu à ce jour.



Si le reste est moins surprenant, il n'en reste pas moins que l'on trouve tout de même un making of japonais du film de quarante minutes (issu d'une série de documentaires consacrés au cinéaste) qui revient entre autre et en détails sur le fameux épisode Shintaro Katsu, acteur vedette de la série des Zaïtochi, qui, en voulant jouer les divas, s'est fait « jeter » du plateau du film dès le premier jour de tournage obligeant la production à chercher en catastrophe son acteur du rôle titre.


Criterion nous offre aussi un montage original du film via les fameux dessins préparatoires de Kurosawa (réalisés dans le seul but de « montrer » un film dont on lui refusait désespérément le financement). D'une durée de quarante minutes, il permet de toucher littéralement du doigt le génie d'un cinéaste à même de retranscrire avant le premier coup de manivelle son univers et l'imagerie baroque qui l'accompagne. Le court segment vidéo suivant permettant d'ailleurs de s'en convaincre définitivement, lui qui met systématiquement côte à côte certains plans du film et leur pendant dessiné. Tout simplement hallucinant !



Mais le plus fort reste finalement à venir. En effet, et tel une cerise sur le gâteau dégottée par les gens de Criterion, on est forcé d'halluciner à la vision d'une série de publicités pour un whisky local qui met en scène Coppola et Kurosawa sur le tournage de Kagemusha. Une curiosité à la japonaise qui fait furieusement penser à Lost in translation.



Sinon, côté technique, inutile de préciser que le travail de restauration sur l'image proposé par l'éditeur new-yorkais enterre, et de loin, toutes les précédentes visions « subies » par l'auteur de ces lignes (DVD zone 2 et séance spéciale au Max Linder en 1993 dans une copie bien abîmée mais dans sa version de trois heures). On pourra être « choqué » par la granulosité omniprésente du début (magistral plan séquence de plus de six minutes) mais celle-ci ne renvoie finalement qu'à un parti-pris de mise en scène incluant une photo extrêmement travaillée tant en basse lumière qu'en plein jour. On pourra aussi admirer l'extraordinaire palette de couleurs ainsi que les magnifiques mouvements de caméra à la fois amples et statiques, généreux et secs qui participent en plein à cette impression d'assister à une peinture en mouvement. Le master est quasiment exempt du moindre défaut (quelques drops seulement subsistent) et l'encodage respecte avec autorité une fluidité d'ensemble qui confine à la gageure.


Le Dolby Digital 4.0 est, quant à lui, le même mixage que celui déjà entendu sur le zone 2 avec pourtant à l'écoute un résultat bien différent. Ici, après comparaison, il est question de rondeur, d'ambiances sonores de belle ampleur et de directivité de certaines informations accrues. La sensation d'être dans le film est du coup réellement prégnante et finit d'assurer au spectacle visuel qui se déroule devant nos rétines toute sa signification.


Pour finir, il serait dommage de passer sous silence le très riche livret inséré au sein d'un packaging sans surprise (un double DVD amaray dont il serait bien temps que Criterion se départisse enfin tant la chose est tout de même assez laide) où l'on trouvera, entre autres textes, une passionnante interview du cinéaste effectuée en 1981 à la sortie du film aux États-unis. Que dire de plus sinon que l'on a encore une fois là affaire à une édition qui fera date…C'est dit !

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