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Voyage au bout de l'enfer Édition collector - DVD
Voyage au bout de l'enfer, 1978
Test DVD - Voyage au bout de l'enfer Édition collector
Rédigé le 19 avr 2005 par
Thomas Douineau
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Avis image
Avis son
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Test technique
Dans chaque genre, il est de ces films dont le titre même évoque le chef d'uvre sans qu'il soit nécessaire de revenir sur le comment du pourquoi d'un tel qualificatif. Voyage au bout de l'enfer du flamboyant et excentrique Michael Cimino fait partie de ceux-là. Au même titre que Platoon, Full Metal Jacket ou Apocalypse now, il appartient au peloton de tête et se hisse sur le piédestal des films incontournables sur la guerre du Vietnam, une guerre dont l'Amérique n'a eu de cesse de chercher à panser les plaies. Plus qu'un film de guerre, c'est un film sur la survie. À travers le destin de Mike, Stevie, Stan et Mich nous suivons la destruction par la guerre d'une petite communauté et sa lente et difficile renaissance qui passe par la cicatrisation de blessures souvent très profondes.

À la fois uvre personnelle, peinture d'une Amérique collective et tragédie individuelle, Voyage au bout de l'enfer est une uvre forte, intense, traumatisante, magistralement mise en scène par un Cimino de plus en plus fasciné par les rites et les mythes (la longue scène de mariage orthodoxe 45 minutes ! - à laquelle fait écho celle de La Porte du Paradis, la roulette russe, les séquences de chasses au daim avant et après la guerre ) et qui plus est, formidablement interprétée. Le réalisateur donne corps, offre une représentation incroyablement cinématographique de ce jeu de la mort et de la vie dont personne ne sort indemne, les vivants comme les morts, au sens propre comme au sens figuré.

Comme si ce type de chef d'uvre ne naissait que dans la douleur, l'excès ou la démesure (on se souvient du tournage épique et légendaire du film de Coppola relaté dans Au cur des ténèbres), cette édition rend compte du travail et de l'investissement de tous les instants de toute l'équipe du film. À commencer par le commentaire audio (VOSTF) enregistré en Angleterre en 2003 (le film est produit par EMI) et conduit par un critique britannique. Michael Cimino, avec sa voix posée, se révèle extrêmement à l'aise dans l'exercice et nous fournit nombre d'anecdotes, de détails, tant techniques qu'artistiques et se souvient de son film dans les moindres détails. Ainsi, on prend conscience que l'enfer se vivait aussi sur le plateau et n'était pas seulement un voyage fictionnel. Entre la volonté manipulatrice de Cimino pour atteindre une véracité inégalée, son souhait de mêler réalité et fiction, les problèmes logistiques, l'investissement sans limite des acteurs au péril de leurs vies (De Niro voulant jouer une scène avec une vraie balle dans le barillet, la cascade au-dessus de la rivière où l'hélicoptère a bien faillit s'écraser mais où Cimino s'interdisait de couper), tout le film est décortiqué avec passion. Il revient sans honte sur sa méthode de travail, à la limite du sadisme dans sa direction d'acteur, son obsession pour la spontanéité (il ne tourne souvent qu'une seule prise), sa recherche de vérité allant jusqu'à créer sur le plateau le climat paroxystique nécessaire à la célèbre séquence de la roulette russe. Entre-temps, le réalisateur n'hésite pas à critiquer les défauts de sa mise en scène. Parfaitement orienté par le journaliste, ce document indispensable regorge d'informations et témoigne d'une chose : à film exceptionnel, tournage exceptionnel.

Le reste de l'interactivité s'articule autour de cette pièce de choix. Au travers de menus animés et sonores communs aux deux disques, la deuxième galette propose une section entretiens qui commence par celui de Michael Cimino (23min32s, 16/9, VOSTF), Realising The Deer hunter. Le réalisateur revient sur la première version du script confiée à un déjanté qui conduisit le réalisateur à finalement « se taper l'énorme corvée d'écrire le scénario lui-même ». Des extraits du film illustrent cet entretien sans alourdir ou empiéter sur les propos. Après avoir parlé du choix des comédiens, Cimino rend hommage à John Cazale que le studio voulait virer à cause de son cancer. Il se livre ensuite à une extraordinaire explication de la scène de la roulette russe qui fut pour lui la manière la plus évidente de signifier l'horreur de la guerre : comment représenter la terreur d'attendre la mort au hasard ? Pour terminer, il évoque une incroyable anecdote sur les projections-tests, ou comment, par un habile subterfuge, il a réussi à faire adopter sa version longue du film. Brûlez tout ! (Quand on vous dit que ce type peut aller loin !).


Interpreting The Deer hunter (15min40s, VOSTF, 16/9) donne la parole à John Savage. Ce dernier évoque l'immersion totale dans laquelle ils se sont retrouvés pour tourner le film et les sentiments de peur, d'insouciance, d'excitation qui les a habités. Il nous reparle de la scène où ils ont tous faillis y passer lorsque l'hélicoptère s'est pris dans le câble du pont au-dessus de la rivière. Il finit sur une note émouvante, lorsque, bouleversé, il raconte ses souvenirs et sa découverte du film, accompagné pour la première fois de musique, qui le renvoit à l'image de son père.

La dernière interview, Shooting The Deer hunter (15min33s, VOSTF, 16/9) est d'ordre plus technique puisque Vilmos Zsigmond, chef opérateur starifié (Delivrance, Blow out, Rencontres du troisième type 75 ans maintenant !) prend la parole pour s'exprimer sur son travail : recherche des couleurs, décors, pellicule poussée, désaturation des images Il nous parle des scènes tournées en très faible lumière par manque de moyens mais qui, du coup, confère au film un sentiment de réalité. Zsigmond nous confie à la fin que Voyage au bout de l'enfer constitue un des plus grands défis de sa carrière tant le film possède richesse et densité à tous points de vue (comédiens, décors, scénario ).

Filmographies de l'équipe artistique et technique, article-details_c-trailers originale, galerie de photos et d'affiches complètent cette interactivité.

D'un point de vue technique cette nouvelle édition nous donne enfin à voir ce chef d'uvre dans une copie digne de ce nom. Le master a été entièrement nettoyé et cela saute tout de suite aux yeux. Toutes les poussières et autres imperfections ont disparu. L'encodage soigné ne laisse transparaître aucun défaut notoire grâce à une compression bien gérée. Seuls de légers fourmillements dans les arrière-plans et quelques effets de rémanence sur certains contours sont de temps en temps visibles. L'ensemble est donc de belle tenue bien que les images manquent parfois de définition et de précision. Les contrastes sont bien gérés. Si l'on compare avec l'édition zone 1 qui, on le rappelle, n'était pas en 16/9 (un défaut majeur), on peut regretter que ce nouveau master très propre ne soit pas un tant soit peu plus lumineux. Par ailleurs, ce zone 2 tend vers une teinte verte qui nous fait dire que la colorimétrie du zone 1 nous semble plus proche de la réalité. Rien de bien rébarbatif dans un ensemble qui sature correctement les couleurs et nous fait redécouvrir le film de Cimino dans toute sa splendeur, même s'il ne cache pas son âge.






Le constat est moins élogieux du côté du son. Annoncées dans un premier temps remixées en 5.1, indiquées sur la jaquette en mono 2.0, les pistes anglaises et françaises laissent perplexes car elles semblent encodées en pseudo-stéréo (léger déphasage gauche/droite qu'un ampli Home Cinéma ne saura pas décoder, ne sachant pas comment les traiter). Si le choix de l'éditeur de ne pas refaire des pistes 5.1 dont le résultat est souvent artificiel, est louable, on ne peut être que déçu du traitement sonore de cette édition sachant qu'il existe une excellente piste Dolby Surround anglaise en zone 1 et que le film a, en son temps, bénéficié d'un gonflage 70mm accompagné de 6 pistes magnétiques. Pour en revenir au zone 2, nous vous conseillons donc de désactiver toutes les fonctions cinéma de votre ampli au risque de vous retrouver avec une bouillie sonore sans nom.

La VO est néanmoins suffisamment claire et restitue correctement les différents éléments sonores : voix, bruitages, musique. On lui reprochera un manque évident de dynamisme. Les conditions de tournage lui ajoutent certains défauts (tessiture et relief pas toujours probants), mais participent au réalisme du film. La musique garde son impact, ce qui n'est pas négligeable. En revanche, la VF, malgré son débit nettement plus élevé, est loin de remplir son contrat. Les voix sont la plupart du temps étouffées et l'ensemble manque singulièrement «de corps». L'impression générale est alors très brouillonne d'autant que, à plusieurs reprises, cette piste a une fâcheuse tendance à saturer.

Au final, cette édition, même si elle aurait pu être plus fournie en terme de contenu éditorial, se positionne comme la meilleure du film disponible à ce jour : pour sa qualité d'image, pour son commentaire audio riche et passionnant, pour ce grand film tout simplement.
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