Il était une fois la révolution – Édition collector 2 DVD - DVD

Il était une fois la révolution – Édition collector 2 DVD

Il était une fois la révolution
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LE FILMStar Rating 8
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TEST TECHNIQUE

22 mar 2005 Par Erwan Desbois

Il était une fois la révolution est le film le plus méconnu de Sergio Leone, cela pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il s'agit d'un film de transition entre la trilogie de l'Homme Sans Nom et Il était une fois dans l'Ouest d'un côté et le monumental Il était une fois en Amérique de l'autre. Se trouvant du coup à mi-chemin entre la désinvolture rigolarde des westerns spaghetti et la maturité posée de l'ultime film de Leone Il était une fois la révolution est donc beaucoup moins facile à appréhender. Par ailleurs, il ne bénéficie pas d'un casting aussi prestigieux ; Rod Steiger et James Coburn ont beau former un excellent duo d'acteurs principaux, aucun des deux ne possède l'aura et la notoriété de Clint Eastwood ou de Robert De Niro. Enfin, la dernière raison pour laquelle ce film est plus ou moins tombé dans l'oubli est la confusion liée à la multiplicité des versions existantes. Par rapport à la version intégrale italienne, les copies d'exploitation dans le reste du monde ont subi en effet un nombre de coupes variables suivant les pays (Angleterre, France, États-Unis), qui s'apparentent à de la censure pure et simple et prouvent qu'à l'époque les distributeurs prenaient vis-à-vis des films des libertés qui minimisent fortement la gravité de ce que l'on peut observer de nos jours.

La version proposée ici est (enfin !) la bonne puisqu'il s'agit de version italienne intégrale – ce qui n'est pas le cas de la précédente édition DVD ou des copies que l'on peut voir à la télévision. Les scènes réintégrées concernent pour la plupart le développement des personnages, beaucoup plus approfondis dans cette version longue ; notre perception du personnage de John, l'artificier révolutionnaire irlandais interprété par James Coburn, est ainsi complètement modifiée par le long flash-back qui clôt le film. Plus surprenant, certaines scènes furent coupées pour des raisons de « bonne morale » poussée au-delà de toute logique (les jurons des personnages, une scène de viol où l'on ne voit rien, et même un plan d'un personnage urinant sur des fourmis !), et d'autres pour leur contenu politique. Il était une fois la révolution fut ainsi privé de son ouverture car il s'agissait d'une citation de... Mao Tse-Tung, ce qui fut forcément mal perçu à l'époque (le film date de 1971) dans les pays occidentaux.

Outre donc la version intégrale du film, le principal supplément de cette réédition est le commentaire audio de Christopher Frayling, biographe de Sergio Leone (qui a également enregistré le commentaire audio de la récente réédition de Et pour quelques dollars de plus). Frayling marie à merveille la petite histoire (anecdotes concernant la production et le tournage) et la grande (remise en perspective du film dans la filmographie de Leone et dans le contexte des années 60-70 en Italie et dans le monde) pour tout nous expliquer (ou presque) sur le film et signer ainsi un commentaire passionnant, exempt des silences pesants et des redites rébarbatives que l'on craint toujours pour des œuvres aussi longues. Seule « faute » commise par Frayling, sa persistance à appeler John par le prénom de Sean. La confusion faite entre les deux par un grand nombre de personnes ainsi que le fin mot de cette histoire sont très bien expliqués dans le documentaire Versions alternatives. On ne vous en dira pas plus, et on vous conseille bien évidemment de regarder ce supplément après avoir vu le film !

Si l'idée de suivre un commentaire audio pendant 150 minutes vous effraie, vous pouvez toujours lui préférer la version « light » proposée par le second disque. En effet, les bonus qui s'y trouvent (d'une durée totale inférieure à une heure) reprennent les informations principales concernant Il était une fois la révolution, mais sans les approfondir autant que le commentaire audio. Cela est particulièrement vrai pour le documentaire Le mythe de la révolution, interview de Christopher Frayling où celui-ci nous gratifie d'une sorte de résumé de son analyse concernant la personnalité très entière du réalisateur ainsi que le contexte politique et cinéphile du film (les liens avec le cinéma de John Ford, par exemple). Les autres suppléments intéressants sont l'interview de Sergio Donati (co-scénariste du film), qui revient sur la place de Il était une fois la révolution dans la carrière de Leone et sur la gestation délicate du film, et les deux documentaires Versions alternatives et Restauration à l'italienne qui traitent – de manière quelque peu redondante – des différents montages. L'analyse du film très didactique et argumentée proposée par ces deux documents (Versions alternatives en particulier) est un vrai bonheur, que l'on n'attendait pas sur un DVD réalisé par une major hollywoodienne.

Que vous ayez choisi les chemins de traverse du commentaire audio ou l'autoroute du second disque, les éclaircissements fournis dans les deux cas enrichissent notre regard sur un film passionnant mais difficile d'accès. Sergio Leone s'y trouve à la croisée des chemins entre immaturité et maturité, et ses hésitations vis-à-vis de la réalisation du film (on apprend dans les bonus qu'il a peu participé à l'écriture détaillée du scénario, et qu'il souhaitait au départ se contenter du rôle de producteur) peuvent être vus comme le dernier caprice d'un adolescent qui refuse de grandir. Par ailleurs, Il était une fois la révolution semble lui avoir servi de terrain d'expérimentations, notamment en ce qui concerne la conduite du récit. Les flash-backs, employés pour la première fois par Leone dans Et pour quelques dollars de plus et qui seront utilisés à la perfection dans Il était une fois en Amérique, sont ainsi extrêmement complexes, et la construction globale du scénario ne prend réellement forme qu'à la toute fin du film.

De ces expérimentations découlent un rythme et une narration déroutants, voire même rébarbatifs par moments. Il est ainsi difficile au cours de la première heure de comprendre où le réalisateur veut en venir, tellement ce dernier enchaîne les scènes sans lien logique apparent et donne les informations dans le désordre. Plusieurs minutes s'écoulent par exemple entre la première évocation de la banque de Mesa Verde et l'explication de sa place dans le récit – il s'agit de la banque que Juan, le paysan et bandit mexicain joué par Rod Steiger) rêve de braquer. Il était une fois la révolution ne démarre d'ailleurs réellement qu'une fois les deux compères John et Juan arrivés à Mesa Verde et plongés malgré eux dans la révolution mexicaine. La collision entre ces deux personnages charismatiques en diable (Sergio Leone a toujours été le meilleur pour servir sur un plateau des rôles en or à ses acteurs, et ce film ne déroge pas à cette règle) et le contexte politique environnant élève alors le récit au rang d'épopée – mais une épopée tragique et désenchantée.

En faisant de son film un cri de révolte contre l'idéal intellectuel de révolution, Leone n'y va pas par quatre chemins pour se placer en porte-à-faux des concepts à la mode au début des années 70. Jamais le réalisateur ne se sera identifié à un personnage comme il le fait ici avec Juan – qui lui ressemble même physiquement et en caractère (bon vivant, entier, colérique). Leone montre par ce biais qu'il choisit explicitement le camp des « petits », manipulés et sacrifiés pour des raisons qui les dépassent et dont ils n'ont au final que faire. Il met ainsi pour la première fois de sa carrière sa virtuosité visuelle au service d'une histoire et d'un message, au lieu de se « contenter » de filmer des scènes époustouflantes qui contiennent en elles-mêmes leur propre finalité, comme par exemple l'affrontement dans le cimetière qui conclut Le bon, la brute et le truand. Dans Il était une fois la révolution, les séquences les plus complexes et les plus impressionnantes graphiquement sont plutôt la découverte d'un charnier de résistants dans une grotte et un long plan-séquence décrivant le nettoyage d'une ville par l'armée. Autant de scènes qui arrivent toujours juste après des morceaux de bravoure typiquement leoniens (évasion de dernière minute, destruction d'un pont stratégique) et qui réduisent à néant l'euphorie provoquée par ces derniers afin de nous rappeler la cruauté de la situation.

Le dernier plan, avec la surimpression du titre original du film sur le visage désemparé et perdu de Juan, résume toute la hargne et le pessimisme de Leone. « Duck you sucker » peut en effet se traduire en français par « Baisse la tête connard », ou au sens figuré par « T'occupe pas de ça et mêle-toi de tes affaires » - soit l'attitude prônée par Leone vis-à-vis du combat révolutionnaire et politique.

Si MGM a su faire les efforts nécessaires en ce qui concerne le contenu éditorial de ce double DVD, l'aspect technique laisse malheureusement à désirer. Les menus sont laids et peu pratiques : l'assemblage de couleurs trop proches nuit à la lisibilité, et les icônes ésotériques apparemment chères à l'éditeur sont toujours aussi indéchiffrables. Mais les griefs les plus importants concernent l'image et surtout le son. Non content de nous supprimer le mono d'origine (ce qui arrive de plus en plus souvent ces derniers temps, il va falloir s'y résigner...), MGM nous propose en effet des mixages Dolby Digital 5.1 anglais et français à la spatialisation ridicule. Au cours d'un dialogue en champ - contrechamp, la voix d'un personnage va ainsi brusquement et entièrement sauter de l'enceinte centrale aux enceintes arrières ou latérales, parfois même au milieu d'une réplique ! De quoi vous sortir complètement du film, et vous faire basculer votre ampli en mono après dix minutes d'un tel supplice. On peut alors enfin profiter du film, d'autant que les différents effets sonores et explosions sont très bien rendus. Les deux versions anglaise et française sont équivalentes, car Sergio Leone supervisait lui-même les doublages de ses films.

Si l'image n'a pas à faire les frais de choix aussi malheureux, elle nous laisse tout de même sur notre faim. Bien que le rendu général ait été amélioré depuis l'édition précédente, le master est toujours en assez mauvais état (les rayures sont nombreuses et régulièrement voyantes) et, point le plus grave, l'image s'avère très floue et granuleuse dans les plans larges – un problème qui n'apparaît toutefois pas sur les nombreux gros plans et zooms dont Sergio Leone était friand.

CETTE EDITION

Disque 1: Il était une fois la révolution – Édition collector 2 DVD
Emballage: Digipack avec fourreau
Duree: 154 min
Format d'image: 2.35:1
Type de disque: 2 DVD-9
Encodage: MPEG2
Disque standard: PAL

DISQUE 1

  • DVD 1 :
    Commentaire audio de Sir Christopher Frayling, biographe de Sergio Leone

    DVD 2 :
    Le mythe de la révolution (20min35s)
    Sergio Donati (co-scénariste) se souvient de Il était une fois la révolution(6min30s)
    Les versions alternatives(10min45s)
    Il était une fois en Italie(5min40s)
    Restauration à l'italienne(5min15s)
    Comparaison des lieux de tournage(9min)
    6 spots radio(3min50s)
    Bande-annonce(3min20s)
    Galerie photos

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La Rédaction 02/04/2007 20:08 par La Rédaction

[DVD] Il était une fois la révolution – Édition collector 2 DVD - Zone 2

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