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Voyage de Chihiro (Le) Édition collector - DVD
Voyage de Chihiro (Le), 2001
Test DVD - Voyage de Chihiro (Le) Édition collector
Rédigé le 14 mar 2005 par
Thomas Douineau
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Avis image
Avis son
Avis bonus
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Test technique

Les images du Voyage de Chihiro possèdent toutes les caractéristiques que l'on est en droit d'attendre d'un dessin animé récent sur support DVD : couleurs saturées et chatoyantes, définition solide, fluidité de l'animation. Le master, labellisé THX, est propre et lumineux et le DVD semble exempt de défauts de compression. Très peu d'artefacts sont à déplorer dans les arrière-plans. Nous aurions aimé avoir des noirs un peu plus profonds mais dans l'ensemble, Disney nous propose un travail soigné et limpide.

Le seul regret concerne le format du film, respecté certes, mais inséré dans un cache noir. Comme on peut le voir sur les captures jointes à cette critique, l'image possède en 16/9e des bords noirs en haut et en bas (normal) et à gauche et à droite (moins normal). Ce « défaut » n'est absolument pas gênant sur une télévision classique qui restitue moins de surface que l'image réelle encodée, à cause d'un overscan qui couvre les quatre bords de l'image. Mais cela est plus troublant sur un vidéo projecteur qui restitue la totalité de la surface vidéo (underscan) et , pour peu que la source vidéo impose un réglage de phase différent, l'image risque de se retrouver à gauche ou à droite avec une bande noire assez disgracieuse. Le format du film se prêtait à une meilleure adaptation de sa fenêtre au cadre vidéo 16/9e sans nuire à la géométrie de l'image. Mais ce sont là des considérations techniques pointues qui ne concernent qu'une infirme partie de personnes et n'auront donc aucune incidence sur la note image.

Quelle ne fût pas notre surprise en voyant la présence chez l'éditeur (contrairement aux premières spécifications) d'une piste DTS en VO ! En effet, Chihiro est proposé avec quatre choix de bande-son : version française DD 5.1 et DTS 5.1 et version japonaise DD 5.1/ DTS 5.1.

L'environnement multicanal profite à la musique ambitieuse de Joe Hisaishi et donne à écouter quelques effets bien sentis mettant en valeur l'efficace spatialisation des canaux et une bonne séparation des voies. Après un temps d'écoute prolongé, on se rend compte que le DTS nous fait gagner en ampleur, en relief et en dynamique ainsi qu'en clarté et en précision. Ce format a aussi tendance à offrir des ambiances arrières plus appuyées, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Nous préférons la VO, meilleure en terme d'équilibre entre les différents canaux, bien que la VF propose des basses un peu plus présentes, surtout en DTS.
Test des bonus
Voici donc enfin l'édition collector du Voyage de Chihiro que beaucoup considère comme le chef d'uvre de Miyazaki, la synthèse de tous ses thèmes, l'aboutissement de toute son uvre. Entre Pixar à l'ouest et Ghibli à l'est, l'animation se porte bien et les deux grands noms de l'animation, Lasseter et Miyazaki, sont souvent cités lorsqu'il s'agit de donner l'exemple de films à succès populaires, poétiques et intelligents faits par des personnes animées d'abord par une même passion (un petit bonus caché de deux minutes nous donnent d'ailleurs l'occasion de voir une brève rencontre entre les deux hommes). Après l'exposition à Paris consacrée à Moebius et le maître japonais, découvrons les deux disques de cette édition qui va débarquer dans les bacs conjointement à celle de Kiki, la petite sorcière.

Le premier disque nous accueille par un florilège de bandes-annonces (5min57s) des films de Miyazaki (VF) qui laisse ensuite la place à de sobres et élégants menus sonorisés avec la musique du film (16/9). Ils donnent accès aux choix des langues et aux chapitres (16 vignettes au total). Et c'est tout concernant ce premier disque. Tous les bonus étant regroupés sur le deuxième, ceci permettant de garder le maximum de place pour l'image et le son et d'offrir ainsi une présentation du film d'excellente tenue.

Le deuxième disque s'ouvre sur les mêmes types de menus. Le premier bonus proposé prend la forme d'un documentaire (34min02s, 16/9, VOSTF) sur l'univers de Joe Hisaishi, compositeur attitré de Miyazaki. Entre images des différents films auxquels il a collaboré, interventions de Jean-Pierre Dionnet (qui le connaît bien pour l'avoir sollicité pour la musique du Petit Poucet d'Olivier Dahan) et d'un autre journaliste, on en apprend un peu plus sur ce compositeur hors-pair aux talents multiples, excellent orchestrateur et capable de passer d'une musique minimaliste chez Kitano à un foisonnement symphonique propre aux dessins animés de Miyazaki (on pense à Princesse Mononoké, sommet de son art, et qui n'a pas à rougir face à des partitions de films d'aventure américains à plus gros budget).

Mais le plus intéressant, c'est bien entendu l'interview de Joe Hisaishi lui-même où le compositeur dévoile un peu de sa manière de travailler très en amont sur les films, en s'inspirant du story-board alors qu'aucune image animée n'a encore été produite. Il demande au réalisateur de caractériser son film en dix mots et cherche ensuite un thème musical capable d'illustrer émotionnellement chacun de ces mots. Il évoque la difficulté, contrairement à l'idée répandue, de travailler pour quelqu'un avec qui l'on a déjà collaboré car le piège est encore plus grand de tomber dans la redite. Il nous confie n'avoir jamais trouvé une de ses musiques parfaites et avoir toujours du mal à voir une copie finale d'un film auquel il a participé, tellement cela le déprime en y voyant toutes les imperfections de son travail. Seul le temps (au minimum deux ou trois ans) peut le rendre plus indulgent vis-à-vis de lui-même. Passionnant !


Le deuxième document s'intitule La philosophie du studio Ghilbi (10min52s, 16/9, VOSTF) et propose une interview de Toshio Suzuki, producteur. Ce dernier explique qu'après dix-sept années d'existence, un seul problème est survenu et se résumait à cette question : fallait-il rester à la même taille ou s'agrandir ? Malgré le succès, ils ont choisis de rester à taille humaine et de ne rien changer à leurs habitudes de travail. Le producteur se permet même une critique à demi-mot d'autres studios d'animation plus connus et insiste justement sur le fait que le partenariat avec Disney, bien que cela leur permette d'être diffusé dans le monde entier, n'influe en aucun cas sur le contenu des films qui restent japonais et propre à la philosophie du studio. Ghilbi n'a jamais modifié un de ses films dans le but de faciliter son exportation. Il revient sur les produits dérivés et nous apprend que Totoro est le seul à avoir vraiment fonctionné mais que le studio a refusé d'accorder la licence à des tiers et affirme ne pas vouloir produire plus de 10 milliards de yens de produits dérivés par volonté de faire perdurer le personnage, considérant que Totoro est un peu le Mickey de Miyazaki et qu'il n'y aura pas d'autre personnage de cet acabit. Le réalisateur conclue d'ailleurs ce document en nous faisant part de sa manière d'appréhender l'animation et de la transmettre à ses élèves. Mais il s'inquiète que les jeunes recrues aient une perspective du dessin par l'intermédiaire de toutes les images (films, photos, clips, SFX ) qu'ils ont ingurgitées et non par rapport à la réalité.

L'interactivité se poursuit avec un making of japonais (41min54s, VOSTF, 4/3) qui nous fait découvrir les coulisses de Ghibli ainsi que Miyazaki et son équipe au travail. L'origine nippone de ce making of nous permet d'avoir un ton un peu décalé qui n'est pas dans la tradition des suppléments que l'on a l'habitude de voir. Ceci a un revers : le réalisateur du document ne s'attarde pas forcément aux choses qui nous, nous paraîssent les plus intéressantes.

On a tout de même droit à une mémorable séquence où Miyazaki fait des nouilles à toute son équipe, qui, à cause des délais serrés, reste très tard le soir et a pris l'habitude de faire un quatrième repas la nuit sur place. On prend conscience du travail très artisanal du studio, qui tranche avec la modernité et l'organisation d'un Pixar par exemple (comme on a pu le voir sur leurs DVD truffés des mêmes types de documents). Chez Ghibli, les délais sont très serrés, les méthodes de travail très archaïques et le rythme infernal. Nous suivons les différentes étapes de la production (lectures, story-boards, dessins ) puis le travail de post-production (passage sur les voix un peu trop long déséquilibrant ce doc), de sonorisation (le bruiteur au travail) et enfin d'enregistrement de la musique.

Le musée Ghibli est un document (8min23s, 16/9, VOSTF) qui nous propose une visite guidée du musée ouvert en octobre 2001 et entièrement consacré aux uvres de Miyazaki. Né d'une idée du fils du réalisateur qui, de sa conception à son ouverture, y a consacré trois ans, il fut à l'origine créé pour donner du travail aux dessinateurs âgés du studio et générer des emplois pour ceux qui ne pouvaient plus soutenir les rythmes de travail imposés par les délais de production. Chose marquante qui rejoint le document sur la philosophie du studio, le fils du réalisateur nous explique que pour visiter le musée, il faut réserver près de trois mois à l'avance. En effet, pour rester pédagogique et ne pas être transformé en parc d'attractions sans intérêt, le musée se doit de ne pas accepter trop de monde à la fois. Si l'on veut que les visiteurs aient accès à l'ensemble des superbes planches ou à toutes les activités, il faut limiter leur nombre. Cette démarche montre encore une fois que Ghilbi ne cherche pas le profit à tout prix.


L'éditeur nous propose ensuite une comparaison film/story-board (VF/VOSTF, 1h59min). Mais celle-ci n'est pas un document un peu «bouche-trou» que l'on peut trouver ailleurs, Disney nous proposant de voir en double écran quasiment l'intégralité du métrage et des dessins correspondants! En VO ou en VF ! Nous découvrons ainsi la précision en amont des dessins, la préparation minutieuse et le peu d'écart qu'il y a entre la conception et la finalisation du projet. Certes, nous supposons que ces story-boards ne sont pas des premiers jets, mais, vu leur degré de finition, une étape déjà bien avancée du processus de création de laquelle les animateurs ne s'éloigneront plus trop.

Ces bonus se terminent par une section promotion (où l'on découvre un nouveau bonus caché mettant en scène un appareil tout droit sorti de l'imaginaire de Miyazaki) qui regroupe bandes-annonces (9 japonaises dont certaines approchent les cinq minutes et la article-details_c-trailers française), les TV spots (10 japonais et 2 français annonçant la sortie du DVD) ainsi qu'une galerie d'images reprenant les affiches françaises et les photos d'exploitation. On notera qu'un curieux picto symbolisant le son 5.1 apparaît à l'image sur les bandes-annonces japonaises mais que ces dernières ne sont encodées sur le DVD qu'en DD 2.0.



