Révolution Wong Kar-Wai (La) – Coffret quatre films
Révolution Wong Kar-Wai (La) - Coffret quatre films- REALISATEUR:Wong Kar-Wai
- ACTEURS:Maggie Cheung, Andy Lau, Brigitte Lin
- GENRE:Drame
- EDITEUR:ARP Sélection
- DATE DE SORTIE:04 novembre 2004
TEST TECHNIQUE
Elle est bien bonne l'idée de faire un coffret sur les premiers films de Wong Kar-wai. Fragiles et aisément soumis à l'oubli en regard des perfections pérennes que sont In the mood for love et 2046, les premiers pas du réalisateur hongkongais se devaient de pouvoir trôner en bonne place dans la DVDthèque de tout cinéphile. Encore fallait-il se demander quelle image donner du réalisateur : celle de l'esthète ou de l'artiste ? Car en omettant quelques raretés (Ashes of time ou A tears go by), et bien que ces commandes ne doivent pas témoigner d'un grand intérêt, on oublie deux choses : un style peut se constituer au cours de n'importe quel long métrage, et la collection incomplète d'un auteur, ça irrite.
D'autant que l'ensemble ici présent ne pourra jamais devenir définitif. La qualité approximative des bandes (sûrement celles qui ont servi lors de la sortie en salles françaises) et leur restauration offrent finalement une image souvent grainée de poussières, notamment dans les scènes magnifiquement désaturées de Happy together, au piqué approximatif surtout pendant Nos années sauvages, et dont la luminosité varie allègrement par exemple dans quelques scènes des Anges déchus. On en conclut que l'ensemble a subi un nettoyage plus que sommaire et un rééquilibrage paresseux. Dommage, car Wong Kar-wai restera longtemps dans le paysage cinématographique. Pas de raison non plus de s'étendre ici sur les bonus, puisqu'une article-details_c-trailers et une galerie photo ne constitue aujourd'hui que le minimum syndical d'une édition. Alors, pour un coffret, cela sonne plutôt comme une indignité.

Reste que, dans le ton comme dans la forme, l'humeur Wong Kar-wai – pour lequel se pâme à présent Nicole Kidman (la pauvre est déjà has-been dans ses envies d'actrice) – se retrouve ici presque à l'état brut, sans toutefois, et elle est sûrement là la révolution Wong Kar-wai, homogénéiser les différents longs métrages. L'ensemble est en effet un réseau d'influences et de directions déconcertantes et différentes qui ne constituent à aucun moment une griffe.
Nos années sauvages
Revoir la première romance de Wong Kar-wai, c'est d'abord retrouver avec nostalgie la jeunesse d'une génération d'acteur chinois : Andy Lau, loin d'infiltrer la police pour la mafia, Maggie Cheung, sobre ouvreuse dans un stade de foot et pas encore grandiloquente mère-musicienne-junkie, Tony Leung, fugace, et surtout Leslie Cheung, jeune premier comme il aurait toujours voulu l'être. Nos années sauvages, de son titre jusqu'au regard que l'on peut y porter aujourd'hui, est un film nostalgique que le temps et les récents succès rapprochent affectueusement.
Ce premier film, dans l'ordre chronologique de ceux présent dans le coffret, se tient en effet paradoxalement comme le plus proche des récents délires safranés et sensuels. L'ambiance fifties y est présente, bien que plus âpre et décrépite (à l'image que se fait peut-être le réalisateur de la jeunesse). À travers les errements de ces quelques jeunes gens amoureux, le « mood » de Kar-wai diffuse sa présence et donne alors l'impression que ses films suivants n'ont été qu'un détour pour mieux retourner à ce spleen langoureux.

La forme y est en apparence plus complexe, mais l'agrégation amoureuse, qui se fait pour mieux se défaire, paraît plus futile. La pellicule affiche toutefois le même plaisir à montrer des corps qui se coiffent, se giflent et s'aiment comme dans un Douglas Sirk à la citronnelle. Plus qu'il ne cherche à raconter, Wong Kar-wai intime en effet à ses personnages le mouvement et la fluidité, la pose et le grandiose, la grâce et la classe pour évoquer ces années qu'il regarde comme une jungle vue du ciel.
Ultime indice de rapprochement, la chambre d'hôtel 204 dans lequel échoue Andy Lau puis l'apparition énigmatique de Tony Leung juste avant le générique de fin, et qui se retrouvera quelque six films plus tard, dans la suite, 2046.
Chungking Express
De même qu'il effectue un bond dans le temps et dans sa géographie, le réalisateur introduit une notion radicalement nouvelle dans son traitement de la nostalgie amoureuse : le présent. Chaque moment n'est plus la réminiscence d'un passé plus ou moins lointain qui serait à jamais perdu, mais la trace d'une possibilité qu'un choix ou un coup du sort aura précipité.
Luttant contre leurs propres défiances et contre le temps, les héros de Wong Kar-wai tentent vainement de se rapprocher alors qu'ils semblent pris dans un environnement présent dans lequel l'autre n'existe pas forcément. Ainsi les deux histoires, qui se focalisent respectivement sur deux policiers, dont les matricules 223 et 633 rappellent qu'ils sont des hommes parmi d'autres, sont-elles jointes par un léger croisement que la narration d'une voix-off omnisciente rappelle. Paresse ou bonheur de la simplicité, le réalisateur se donne le pouvoir de raconter librement des amours qui s'ouvrent sur quelques notes sombres de synthé et qui se clôturent sur une reprise asiate du Dreams des Cranberries.

À travers ces deux humeurs amoureuses, Wong Kar-wai arrive à nous faire ressentir le peu qui relie chacun d'entre nous à l'amour, notamment celui que l'on pourrait éprouver pour une personne que l'on n'a même pas rencontrée ou que l'on a croisée sans voir. Poésie des cités modernes pour certains, prose de fashion victim pour d'autres, Wong Kar-wai affirme ici sa maîtrise formelle. De la course de Takeshi Kaneshiro dans une rue floue où seul son visage net ressort, jusqu'à un simple dialogue autour d'une baraque à frites dans lequel le California dreamin des Mamas and Papas résonne pour enflammer les sentiments, tout est simplement beau.
Les Anges déchus
Il existe une citation ambiguë de Sergio Leone à Martin Scorsese qui sied sûrement parfaitement à ce long métrage. Après la vision d'After hours, l'Italien aurait lancé à l'italo-Américain qu'il avait réalisé là « le film de la maturité ». Jamais le metteur en scène de Gangs of New York n'aura eu l'entière certitude de l'ironie de la phrase.
Prenons-la toutefois dans ce sens et appliquons-la à ce film qui suit Ashes of time dans la filmographie du réalisateur. Sa perfection formelle, bien que plaisante, dérange tant elle souligne une redite, dans l'envers, de sa pièce maîtresse, jusqu'à présent Chungking Express.

Se singeant lui-même, Wong Kar-wai narre les histoires amoureuses de deux marginaux au lieu de deux policiers. Les pérégrinations amoureuses d'un tueur à gage et d'un muet insomniaques, même si elles ne suivent pas exactement le même chemin, ne font que répéter sans plus de profondeur ni de réussite la nostalgie de l'instant présent qui caractérisait son précédent opus.
Pas totalement sans intérêt, le film vaut pour ses parodies de John Woo et par l'impression que donne le style caméra portée, avec déformation anamorphiques du cadre. Avec cette sorte de caméra mouche, il réinterprète en effet l'impression d'être le témoin d'un présent qui se déroulerait instantanément sous nos yeux.
Happy together
Fin de coffret et fin de parcours pour le couple Tony Leung / Leslie Cheung. L'homo soumis et la petite pépé tragiquement égoïste vont se déchirer les derniers lambeaux d'une relation qui a échoué en Argentine. Entre tango et scène de ménage, Wong Kar-wai renverse la vapeur qui animait ses précédentes réalisations et obtient à juste titre le prix de la Mise en Scène à Cannes en 1997. Frénésie morte et instants mous, le style se veut la marque d'un couple homosexuel de stars (faut-il le rappeler, les deux sont les équivalents français de Patrick Bruel et Daniel Auteuil) qui se désagrège dans un appartement moite d'Amérique du Sud.
En raffinant son cadrage et en le soumettant à plus de simplicité, mais à toujours autant de bonheur de composition, le réalisateur laisse plus d'espace à des acteurs qui explosent de talent. Tony Leung, déjà grand dans À toutes épreuves, devient ici immense de chagrin et de colère devant l'impasse que représente le connement simple et beau, Leslie Cheung. Ce dernier aussi, dans un rôle ingrat, prouve sa grandeur à être un homme dramatiquement simpliste et prévisible en amour.

Cette ode à la séparation, où la désaturation des couleurs marque avec puissance l'indifférence qui s'est installée, et où les rares fondus blancs fonctionnent comme des accès de passions sincères, se nimbe alors d'une tristesse forte et inattendue qui résonne grâce à la véracité avec laquelle il capte l'essence d'un couple qui n'est plus.
Ne pourrait-on d'ailleurs pas voir ce film, par le survol des chutes Iguazu, pendant réaliste du survol de la jungle de Nos années sauvages, comme une honnête et tragique déclaration de son auteur à ses amours ?
CETTE EDITION
Emballage: Coffret
Duree: 372 min
Type de disque: 4 DVD-9
Encodage: MPEG2
Disque standard: PAL
DISQUE 1
Le coffret contient :
Nos années sauvages
Chungking Express
Les Anges déchus
Happy together
Livret
Cartes Collector des quatre films
Captures
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02/04/2007 19:59 par La Rédaction
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