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Fahrenheit 9/11 - DVD
Fahrenheit 9/11, 2004
Test DVD - Fahrenheit 9/11
Rédigé le 16 déc 2004 par
Sandy Gillet
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Avis image
Avis son
Avis bonus
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Test technique
Mélangeant vidéo et images d'archives en 16 et 35mm, Fahrenheit 9/11 répond ainsi aux caractéristiques standards du film documentaire. L'important ici était donc que l'encodage respecte ce qui avait été constaté en salles. La réponse est sans conteste oui, avec un petit plus qui confère une fluidité d'ensemble et une stabilité dans les arrière-plans plus que bienvenues. On ne note ainsi aucun artefact de compression, pas de bruits vidéo ni au final aucune altération propre à l'image numérique.

Un résultat somme toute remarquable quand on constate que l'éditeur propose pas moins de quatre pistes audio.
L'encodage en DD 2.0 stéréo permettra à ceux qui ne sont pas équipés de l'équipement home cinéma ad hoc de bénéficier de pistes dédiées forcément plus riches et dynamiques que s'il avait fallu partir du DD 5.1. De fait, la VO en stéréo est d'une ampleur remarquable bien que naturellement frontale, alors que la VF manque cela dit d'un peu de pêche pour être tout à fait convaincante.
C'est que le mixage d'origine participe activement de la démonstration du film et le 5.1 n'est donc pas ici un gadget sonore. On reste ébahi devant l'intelligence du montage qui appuie les images quand il le faut et qui montre bien, s'il en était encore besoin, le côté documentaire « subjectif » ou partisan du film de Michael Moore. Du fait du confinement domestique (au regard de la salle de cinéma), la démonstration en devient encore plus limpide, conférant au 5.1 un enjeu capital dans le message véhiculé. Les effets d'ambiances sont donc bien présents (les images de guerre n'en deviennent que plus choquantes), les dialogues, bien centrés, et les plages musicales, ultra-enveloppantes. La VF, en 5.1 quant à elle, à l'instar de la piste en stéréo, est un ton en dessous car assez en retrait, moins dynamique et donc moins démonstrative.
Il est à noter que la VF comporte de nombreux passages en VOST.

Test des bonus
Disons d'emblée que l'on a affaire à une édition remarquable, tant dans la qualité des bonus proposés que dans la façon de les mettre en valeur via une arborescence soignée et un authoring bien pensé. Il faut aussi noter que nous avons droit à l'ensemble des bonus édités sur le zone 1 sorti en octobre dernier, plus d'autres produits spécifiques à cette édition.

On commence par le premier disque, qui offre la possibilité d'actionner pendant le visionnage du film une icône (un trombone) renvoyant, quand elle apparaît, sur sept segments vidéo différents mettant en scène Philippe Coste (correspondant de l'Express aux États-Unis) et Philipe Bolopion (correspondant de RFI à New York). Depuis une terrasse new-yorkaise, les deux hommes nous donnent un éclairage à la fois didactique et informatif sur la société américaine. Y sont ainsi abordés le fiasco des élections en 2000 et le système législatif américain, la nouvelle doctrine de guerre américaine de Donald Rumsfeld (secrétaire de la Défense) expérimentée en Afghanistan, la position des médias US après l'attaque du 11 Septembre, le fameux « patriot act » évoqué avec tant de véhémence par Michael Moore, le principe de l'armée et de la garde nationale, ou encore les prisons d'Abou Ghraib et de Guatanamo, devenues le symbole de l'impérialisme à visage inhumain des États-Unis. La dernière notule revient avec précision sur les liens troubles entretenus par le vice-président américain avec le conglomérat militaire « Halliburton », qui a obtenu certains gros contrats en Irak sans qu'il y ait eu aucun appel d'offre de fait. Pour rappel, Dick Cheney en était le grand patron jusqu'en 2000.
On précisera qu'il est possible de visionner l'intégralité de ces interventions sans passer par la case visionnage du film, soit dans l'ensemble une initiative heureuse de l'éditeur qu'il s'agit ici de saluer fort chaleureusement.

On passe ensuite à une volonté éditoriale plus classique mais toujours aussi louable, puisque StudioCanal a proposé à Alexandre Tylski, de la revue Cadrage, d'analyser cinq séquences du film. Le résultat est intéressant, bien que trop proche des dérives cérébro-pompeuses propres à la critique française. Le film devenant un champ de réflexions et de référents cinéphiles (sic !) très éloignés de la volonté première de Michael Moore, mais qui auront tout de même le mérite de reposer la question quant aux qualités purement cinématographiques de Fahrenheit 9/11.
Bande-annonce vue en France et spots TV clôturent ce premier disque décidément déjà fort bien fourni.

Le second disque se décompose quant à lui en quatre segments distincts.
Le premier s'intitule Dossiers USA et réunit une excellente featurette et dix scènes supplémentaires qui prolongent habilement le propos du film. En un peu plus de dix minutes, la featurette se propose surtout de montrer les réactions du public après avoir vu le film ; on pourra aussi y trouver quelques images de la remise de la Palme d'Or, avec de longs extraits de la conférence de presse ad hoc et quelque peu justificative
Le tout ne fait pas dans la dentelle mais enfonce malicieusement le clou.

Les dix scènes supplémentaires sont tout bonnement incontournables et justifient pleinement leur labellisation. En les mettant bout à bout, on obtient plus d'une heure d'images chocs (Sortie de prison d'Abou Ghraib qui voit des détenus irakiens libérés et dénonçant les sévices subis au sein de la prison, ou Urban Hammid montrant les images tournées par un journaliste suédois autorisé à suivre une compagnie de marines lors d'une mission urbaine d'arrestation de civils suspectés d'avoir financé la guérilla le document dure près de vingt minutes et a valeur de témoignage implacable sur les méthodes de l'armée américaine complètement désorientée dans un pays qui leur devient jour après jour de plus en plus hostile), pathétiques (Patrouille à Miami où deux retraités assurent la protection du port de Miami, La Roserais de Bush qui voit le Président répondre dans la plus grande tradition de la langue de bois aux questions de journalistes dociles), comiques (Comiques arabes à Washington où des « stand-up comedians » américains d'origine arabe expliquent leur mal-être via des extraits de sketches hilarants), voire émouvantes quand la fameuse Lila Lipscomb (celle qui dans le film pleure la mort de son fils soldat devant la Maison Blanche) donne un petit discours devant un public conquis avant une projection du film dans Lila à Washington.
Bref, rien que pour cela on est heureux que le support existe, et avec lui la possibilité d'y voir des compléments sachant associer avec autant de maestria émotions et informations. Le seul petit bémol que l'on pourra apporter à ce constat est l'impossibilité de visionner l'ensemble de ces scènes supplémentaires à la suite.

Le second segment reprend un des numéros du Dessous des cartes, émission écrite et présentée par Jean-Christophe Victor et diffusée toutes les semaines sur Arte, qui selon son canevas immuable se proposait de mieux comprendre les tenants et aboutissants géopolitiques du Moyen-Orient, et plus précisément de l'Irak. Si certaines des conclusions se sont révélées fausses par la suite (l'enregistrement datant d'avant l'invasion américaine en Irak), l'éditeur y a adjoint avec pertinence une préface et une postface de Jean-Christophe Victor, lui permettant de justifier ses points de vue. Au final, un excellent contrepoint qui permet de situer avec précision certains des enjeux développés dans le film de Michael Moore.

Le troisième segment s'intitule quant à lui Élections US 4/11 et propose dans un premier temps la retranscription d'un mail de Michael Moore au lendemain des élections américaines du 4 novembre dernier. Devant la défaite du camp des démocrates, ses 1ères pensées vont à tous les soldats américains morts en Irak (leurs noms défilent tel un générique macabre de film) et bien sûr aux prochains, qui ne manqueront pas de tomber du fait de la réélection de l'administration Bush.
Le second document de ce segment est une série d'entretiens habilement montés sur plus de quarante minutes et intitulée Fahrenheit 9/11 : La Palme et Le Brulôt. Produite par la société française Fenêtre sur Prod, ce « bonus maker » a su réunir derrière sa caméra une pléiade d'intervenants qui vont de Jack Lang à Karl Zéro, en passant par José Bové, Christine Ockrent ou Youssef Chahine. Chacun y va de son avis sur le film, les plus intéressants ne venant pas des noms les plus connus. On en veut pour exemple cette intervention de William Karel (pour rappel, le réalisateur du Monde selon Bush) qui s'en veut de ne pas avoir, comme Michael Moore, intégré dans son film l'intégralité de la dorénavant fameuse séquence dite du « Bush à l'école » : on y voit un président des États-Unis complètement désemparé, ne sachant quoi faire sinon continuer à lire un livre pour enfants devant une classe de CP alors que se déroule le désastre du World Trade Center.

Le dernier segment donne en fait accès à un document PDF que l'on pourra ouvrir uniquement via un lecteur de DVD-Rom. Il s'agit en fait de fiches pédagogiques et pratiques destinées principalement aux professeurs de lycée et collège dans le but évident d'accompagner les élèves dans une meilleure compréhension du film. Une nouvelle fois, il s'agit d'une initiative heureuse que l'éditeur propose en collaboration avec la revue Cadrage.
Que dire de plus, au final, sinon qu'à l'évidence on a droit à un agencement de compléments qui concourent véritablement à faire de cette édition un prolongement du film à la fois précieux, remarquable et littéralement indispensable. L'année 2005 commence bien !


