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Quand la ville dort - Édition collector - DVD
Quand la ville dort..., 1950
4,3
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Interactivité
Test DVD - Quand la ville dort - Édition collector
Rédigé le 20 déc 2006 par
Erwan Desbois
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Test technique
Warner met les petits plats dans les grands pour cette édition collector, qui tranche avec le traitement habituellement réservé à ce genre de classique bradé à petit prix et qui aurait du coup mérité d'être plus mise en avant. Sur le premier disque se trouvent deux introductions du film. Angelica Huston, dans le cadre d'un cycle sur la chaîne TCM, est résolument dithyrambique mais contient quelques informations intéressantes sur les destins des différents interprètes. Quant à son père John, il donne une poignée de clés de lecture du récit et son ton nous accroche à l'écran avant même que le film n'ait commencé.

La première claque que l'on se prend lorsque le long-métrage se lance est d'ordre technique. La qualité de la restauration est rien moins qu'époustouflante à tous les niveaux, depuis le master immaculé aux contrastes superbement appuyés. Les noirs sont profonds, et les nuances de gris d'une grande variété. De quoi nous offrir une richesse de détails à tomber, renforcée qui plus est par la qualité de l'encodage. Enfin, la définition est très solide, avec un grain cinéma et un piqué d'image qui ont été préservés. On est également pas loin de la perfection en ce qui concerne le son, avec deux pistes mono (anglais et français) d'excellente qualité, claires et dynamiques. Les dialogues de la version doublée présentent un léger souffle, ce qui place celle-ci en-deçà de la version originale, dont l'âpreté colle à merveille au film.

La deuxième et plus importante claque, c'est que Quand la ville dort n'a pas pris une ride, et reste ce sublime chef-d'uvre au confluent du film noir, du polar urbain et du film choral. Le tout est irrigué par le propos social cher à John Huston, cinéaste qui a toujours filmé des personnages de paumés ni magnifiques ni méprisables, mais simplement humains. De Dix l'homme de main bourru (Sterling Hayden) à Emmerich le parrain fauché (Louis Calhern), tous les membres de l'équipe hétéroclite qui s'attaque au casse d'une bijouterie sont écartelés entre leurs rêves et leurs vices. Et si leurs talents de cerveau du crime ou de perceur de coffre assurent le succès pratique de l'opération, ils ne garantissent en rien le bonheur surtout quand la poisse s'en mêle.

Une alarme qui se déclenche inopportunément, un tir à l'aveugle qui atteint sa cible : le destin n'est pas avec les anti-héros de Quand la ville dort et, après le braquage, la balance va inexorablement pencher du mauvais côté pour chacun d'entre eux. Tous se font dévorer par cette jungle d'asphalte, face à laquelle ils se sentaient de taille à lutter. A l'image du titre original traduit ci-dessus, la réalisation de Huston combine crudité documentaire et abstraction allégorique pour conter cette histoire de la plus poignante des façons.

Le cinéaste rehausse l'aspect visuel de la mouvance « documentaire » du film noir (avec intrigue réaliste et tournage en extérieurs dans des lieux anonymes et dénués de tout caractère) par l'utilisation de codes empruntés à l'expressionnisme allemand les éclairages et cadrages sont angoissants, funestes. Il crée devant nos yeux un univers déséquilibré et aride, dans lequel la composition des plans exacerbe la solitude et la détresse des protagonistes. Huston ne filme à aucun moment ceux-ci côte à côte ou face à face mais toujours les uns derrière les autres, y compris lorsqu'ils dialoguent.

Ce parti-pris visuel très fort est un prodigieux créateur d'inquiétude il y a toujours un personnage qui en surveille ou en menace un autre , mais aussi de tristesse. Aucun contact, aucun lien ne se forme entre des personnages qui se débattent chacun dans leur bulle hermétique, y compris lorsqu'ils sont amants ou complices. Sans enquête au long cours, action héroïque ni morale triomphante (le crime n'est pas fustigé par Huston, mais admis comme un fait), la police n'a alors plus qu'à ramasser chaque gangster là où le porte ce qu'il reste de ses rêves ou à les laisser en mourir.

Le second DVD de cette édition contient le plat de résistance de l'interactivité, sous la forme du documentaire inédit Un coup de maître réalisé spécialement pour l'édition française. D'une durée approchant l'heure, il regroupe des critiques et des réalisateurs pour nous abreuver d'histoires quant au tournage et au contexte de Quand la ville dort, ainsi que d'analyses passionnantes du film sur ses aspects écriture et mise en scène. Cerise sur le gâteau, la nationalité des intervenants français et non américains nous évite la pommade d'éloges qui prévaut d'ordinaire dans les bonus qu'Hollywood consacre à ses classiques. Ce supplément est donc une belle réussite, même si certains thèmes (la place du film dans l'histoire du cinéma, entre autres) sont traités un peu succinctement.


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