Brigade Spéciale - DVD

Brigade Spéciale, 1976

Alertes
Brigade Spéciale
3,7
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Test DVD - Brigade Spéciale

Rédigé le 13 juil 2006 par Patrick AntonaPatrick Antona

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Test technique

Pour beaucoup de cinéphiles, le nom d'Umberto Lenzi est synonyme d'oeuvres assez gouleyantes du style Cannibal Ferox, L'Avion de l'Apocalypse ou encore La Guerre du fer, nanars décomplexés inspirés par les succès du moment (Zombie, Conan le barbare et autres Mad Max). Mais les années venant et une étude plus poussée de la filmographie du cinéaste italien permet de donner un relief plus reluisant sur le bonhomme, véritable homme à tout faire qui a touché à tous les genres de la série B (guerre, péplum, giallo, policier, horreur ...) parfois avec succès et ce, depuis ces débuts en 1962 avec sa version de Catherine de Russie qui prenait pas mal de libertés avec la vérité historique.


Tout comme Enzo G Castellari, Fernando di Leo et autre Mario Caiano, Umberto Lenzi se met à enchaîner dans les années 70 toute une série de polars d'action violents, genre qui fleurit alors en plein dans une société italienne gangrenée par la mafia et en but au terrorisme d'extrême-gauche. Dans cette vague de films à l'idéologie parfois limite mais terriblement efficaces, Umberto Lenzi a laissé derrière lui ce que l'on peut considérer comme le meilleur de son oeuvre, de La Rançon de la peur en 1974 à Echec au gang en 1977, magnifiés par la présence du cubain Tomas Milian, qui, pour au moins six films en collaboration, a créé toute une galerie de personnages hauts en couleur (Monnezza, Le Bossu, Le Chinois) qui sont entrés dans la légende du cinéma B italien.


Dans Brigade spéciale (Roma a Mano Armata en VO), Tomas Milian campe pour la première fois le Gobbo, bandit psychopathe et bossu (inspiré d'un truand romain ayant vraiment existé) qui se heurte au commissaire Tanzi (Maurizio Merli, véritable clone de Franco Nero), tout dévoué à débarasser Rome de la racaille criminelle. Umberto Lenzi donne cette fois-ci dans le divertissement ludique et violent, qui, sans atteindre les sommets de La Rançon de la peur ou de Bracelets de sang (on a quand même droit à un viol !), se laisse agréablement regarder et ménage quelques moments d'anthologie. Au gré d'une intrigue qui se focalise presque uniquement sur le commissaire Tanzi, qui ne peut pas faire un pas sans tomber sur un braquage ou une agression, justifiant par là son action musclée et sans pitié envers les truands et autres fils de bonne famille tentés par la délinquance, Maurizio Merli réussit à faire passer l'Inspecteur Harry pour un simple animateur de banlieue !


Heureusement le scénariste Dardano Sacchetti parvient à modérer le discours réactionnaire véhiculé par le film en opposant au commissaire Tanzi le personnage de sa fiancée, la juge Sandra Savelli (Alessandra Cardini), qui donne un point de vue plus circonspect sur la société italienne et la vague de violence qui y sévissait à l'époque. Entre cascades automobiles (recyclant quelques stock-shots de La Rue de la violence), poursuite sur les toits de Rome et tabassages en série, Brigade spéciale reste une date pour la création du "Bossu", avec un Tomas Milian certes sous-exploité dans ce premier opus (le personnage sera réutilisé par la suite de manière plus efficace) mais qui campe ici un truand retors et revanchard, s'exprimant en vers à tendance scatologique, avec toute la démesure qu'on lui connaissait à l'époque.


Toute la saveur du film réside dans l'opposition manifeste et la tension qui règnent entre Tomas Milian et Maurizio Merli, clivage qui débordait largement le cadre du cinéma comme on peut l'apprendre dans le commentaire audio. Avec un sens alerte de la réalisation et du montage, domaines dans lesquels les cinéastes italiens excellaient à l'époque, et une partition musicale signée Franco Micalizzi, au tempo si particulier, des seconds rôles savamment exploités, du vétéran d'Hollywood Arthur Kennedy à Ivan Rassimov parfait en frappe criminelle, Brigade spéciale demeure un des sommets de la filmographie d'Umberto Lenzi, et du néo-polar italien des années 70. Nonobstant le fait d'évacuer un tant soit peu l'idéologie faisant l'apologie d'une justice expéditive pour ne garder que le côté du film d'action efficace et brutal (et supérieur pour rester dans le même registre à la série des Justicier dans la ville), nous voici indéniablement avec un DVD à acheter d'office, en compagnie des deux autres volets des polars italiens sortis chez Neo Publishing.


Au niveau visuel, le travail accompli sur l'édition est superbe, le piqué de l'image, la qualité de la compression et le rendu des couleurs (ainsi que dans les scènes tournées de nuit en extérieurs) sont excellents et les conditions du cinémascope sont fidèlement respectés. À part quelques petits scratchs (mais très discrets), l'ensemble est de grande qualité et permet de se débarasser de la vieille VHS aux couleurs délavées sans aucun remords.


Les pistes audio en DD 2.0 stéréo (italien et français) sont d'une grande clarté, surtout en ce qui concerne les différents effets sonores qui sont très bien rendus et la musique quasi-omniprésente. Mais la VF (d'origine) ne se départit pas d'un souffle assez sensible, surtout dans de nombreuses scènes dialoguées, ce qui gâche un petit peu notre plaisir.


Le principal supplément de cette édition est double, à savoir le commentaire audio du grand scénariste Dardano Sacchetti et son interview (titrée Scritto da Dardano Sacchetti d'une durée de 25min 28s), les deux exercices se mariant à merveille pour expliquer les coulisses du cinéma de genre italien, Sacchetti ayant travaillé avec tous les réalisateurs italiens (Dario Argento, Lucio Fulci, Antonio Margheriti, Enzo G. Castellari, Michele Soavi) ainsi qu'à la TV.


Si pafois on reste sur notre faim concernant la confection de certaines scènes de Brigade spéciale, Sacchetti donne les clés, via un commentaire riche et passionnant, pour permettre au spectateur d'apprécier avec le recul nécessaire la description de la violence magnifiée dans le néo-polar italien, refet de celle manifeste qui était vécue par les italiens dans les années 70. D'ailleurs nombre des péripéties du film étaient tirés de faits divers qui ont donné beaucoup de matière au scénario original. Mais le meilleur reste dans la description des rapports qu'entretenaient les acteurs Tomas Milian et Maurizio Merli, ce dernier (décédé en 1989) perdant toute distance vis-à-vis de son personnage au point de ne plus pouvoir sortir de son caractère de flic intransigeant, même dans ses idéaux politiques !


Dans les autres bonus proposés, Neo Publishing nous gratifie d'une petite galerie d'affiches originales et d'une fiche technique ornée d'une jolie coquille: le casting décrit est celui de La Rançon de la peur!
Par contre, chapeau bas pour le packaging proposé: derrière le fourreau illustré par la pochette avec le titre français, vous trouverez le boîtier avec l'affiche italienne d'origine : une sacrée bonne idée !

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