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Il était un père - DVD
Il était un père, 1942
3,5
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Son
Interactivité
Test DVD - Il était un père
Rédigé le 24 juil 2006 par
Erwan Desbois
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Avis son
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Test technique
À l'heure où un certain type de cinéma fonce à toute allure dans une surenchère de péripéties, d'effets spéciaux et d'explosions en tous genres, se voir rappeler qu'il est tout à fait possible de réaliser un long-métrage prenant et émouvant sans (ab)user d'effets de manches est loin d'être inintéressant. L'édition en DVD de Il était un père, qui suit la sortie l'an dernier en salles de cet inédit du réalisateur japonais Yasujiro Ozu, est un superbe exemple de film ouvert sur le monde, qui pose des questions au spectateur et le touche en profondeur plutôt que de simplement l'effleurer en surface.

L'histoire d'Il était un père est d'une simplicité aveuglante. Ozu n'y raconte presque rien, en tout cas rien qui ne sorte l'ordinaire : juste des instantanés, sur une période de quinze ans, de la relation entre un père veuf et son fils. Les seuls faits pouvant être considérés comme marquants qui rythment cette relation sont deux décès, situés en ouverture (la mort d'un élève du père) et en clôture (le dernier souffle du père) du film. Ces scènes sont traitées à distance respectivement par une ellipse et en arrière-plan car ces disparitions sont en elles-mêmes anecdotiques ; ce sont leurs conséquences sur l'état d'esprit des personnages survivants qui importent au réalisateur.

La première mort pousse le père à prendre la première des décisions (stopper sa carrière de professeur et retourner dans sa ville natale) qui l'éloigneront peu à peu de son fils, lequel devra faire l'ensemble de ses études en internat. La séparation des deux hommes dans cette période charnière de la fin de l'enfance et de l'adolescence sert de fondement à la réflexion menée par Ozu sur les thèmes de l'amour familial et de la transmission d'une culture, de valeurs, et d'émotions communes d'une génération à l'autre, que cette transmission soit visible ou invisible. Cette réflexion tire sa puissance de son parfait détachement, qui confère au film un ton emprunt de sagesse et de modestie. Résistant le mieux possible aux exigences de l'effort de guerre japonais (le film fut tourné pendant la Seconde Guerre Mondiale, période où les cinéastes étaient sommés d'exalter la grandeur du Japon et de ses valeurs), Ozu porte un regard neutre sur les choix et les sentiments de ses personnages, qu'il retranscrit avec une grande exactitude et un respect égal pour chaque protagoniste.

La mise en scène d'Ozu est en effet toute entière tournée vers la volonté de sonder au plus près les émotions ressenties par les personnages. Tous les cadrages (avec les fameux « plans vides » du réalisateur), toutes les coupes (qui servent à donner un sens aux lignes de vue des personnages, à leurs positions respectives) sont méticuleusement réfléchis pour retranscrire à l'écran la vie intérieure des protagonistes, sans rien trahir de la banalité de leurs faits et gestes quotidiens. Le résultat est magistral, puisque le film ainsi construit crée une véritable relation à double sens avec le spectateur dont les propres vues sur les sujets évoqués par Ozu s'entremêlent avec celles des héros du film, comme si ces derniers étaient de vieilles connaissances avec qui l'on discuterait paisiblement. Pour avoir réussi cela, Il était un père mérite comme peu le qualificatif de film universel.

Le travail de restauration réalisé est de premier ordre. Même si le télécinéma est encore instable dans plusieurs plans, le nettoyage de l'image permet de retrouver un master très propre, avec un grain du plus bel effet. Le point le plus remarquable de la restauration concerne les contrastes, avec une très belle gradation entre des noirs profonds et des blanc lumineux, qui fait ressortir tous les détails présents dans le cadre. Au niveau audio, la restauration a là encore permis d'éliminer la plupart des parasites présents sur la bande-son, mais il reste (ainsi qu'un carton présenté en ouverture du film l'indique) un fort écho qui étouffe les dialogues et gêne lors des premières minutes de visionnage. On finit par s'y faire, mais sa présence justifie la note plus basse pour le son que pour l'image.

Le contenu éditorial rassemblé par Carlotta pour accompagner le film est lui aussi d'un très bon niveau, en particulier les deux entretiens avec la traductrice Catherine Cadou et le critique Jean-Michel Frodon, et l'analyse de l'uvre par Jean Douchet. Ces trois suppléments, d'une durée combinée de trois-quarts d'heure, se complètent admirablement puisque chacun des intervenants traite de sujets différents. Cadou évoque plutôt les points liés au scénario les aspects autobiographiques de celui-ci, les nuances peut-être apportées par le contexte de propagande , tandis que Frodon et Douchet parlent de la grammaire cinématographique d'Ozu (dans les grandes lignes pour le premier, avec des exemples précis de scènes et de plans pour le second) et sa mise en application dans ce long-métrage. Plus pointus, ces deux bonus s'adressent aux cinéphiles les plus passionnés, qui seront aux anges face à cette déconstruction ultra-détaillée du génie cinématographique d'Ozu.


Un exemple d'effet de montage mis en place par Ozu : les deux personnages sont censés être face à face
Les deux derniers suppléments, Chishu Ryu, l'acteur fétiche et Mers et rivières, sont des documents japonais plus anecdotiques (le premier sur l'acteur du film, le second sur l'importance des paysages maritimes dans le cinéma japonais) car faisant appel à de nombreuses références pour la plupart trop abstraites pour les occidentaux.
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