Discrète (La) - DVD

Discrète (La)

Discrète (La)
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TEST TECHNIQUE

18 mai 2006 Par Julien Foussereau

Il y a quelques semaines de cela, Laurent Tuel nous révélait à la fin de son Jean-Philippe qu'un monde sans Fabrice Luchini serait aussi incomplet que sans Johnny Hallyday, preuve s'il en était que le comédien est devenu une légende vivante du cinéma hexagonal contemporain. Cette dimension iconique s'avère néanmoins gênante une fois que l'on a réalisé qu'elle s'est essentiellement faite sur son abattage de folie lors de ses passages télés, ou plus récemment sur des dialogues retenus dans des bandes-annonces de films peu recommandables (« C'est énooooooorme ! » dans Hommes Femmes, mode d'emploi, vaine tentative de réinsertion de Bernard Tapie par Claude Lelouch, ou encore « Lâche-moi la bite ! » entendu dans l'indéfendable Cloche a sonné). Pourtant, bien avant d'atteindre la consécration, la longue carrière de Luchini oscillait déjà entre deux tendances apparemment inconciliables : la précision de l'étude de caractère par le verbe chez Rohmer (six films dont Perceval le Gallois et Les Nuits de la pleine lune) et la grosse comédie franchouillarde tendance sociologie de comptoir dont Patrick Schulmann fut le fer de lance (P.R.O.F.S. ). Quel film a précisément marqué cette consécration ? On peut désormais annoncer sans prendre trop de risques que le tournant a eu lieu en 1990 avec La Discrète.


C'est bel et bien avec ce premier film, étonnant de maîtrise, que Luchini passe du statut de second couteau au savoir-faire reconnu à celui d'acteur de premier plan. Certains demeureront sceptiques quant à cette affirmation en ne voyant dans le premier film de Christian Vincent qu'un habile recyclage de Rohmer. Ils auraient tort. Christian Vincent n'a jamais caché son admiration pour ce dernier et l'on comprend aisément la filiation. Pourtant, il suffit de tendre l'oreille quelques instants pour prendre conscience des différences : certes la langue de Luchini et de ses partenaires est aussi riche qu'en total décalage avec la réalité mais Christian Vincent refuse de s'appuyer sur l'improvisation –il le fera dans Beau fixe, son film suivant-, court-circuitant par là même un éventuel ennui lié à cette pratique chère à Rohmer (se souvenir du Rayon vert qui n'avait pas manqué d'endormir l'auteur de ces lignes). Christian Vincent revient à la base même d'un certain cinéma littéraire en puisant dans le meilleur de Marivaux avec la dimension ludique du superbe scénario qu'il a co-écrit avec Jean-Pierre Ronssin : se venger du genre féminin en séduisant une inconnue choisie par hasard pour mieux s'en débarrasser après ; triste entreprise dont le but avoué est de consigner les humeurs d'Antoine dans un journal intime ayant pour vocation d'être publié par la suite.


À l'instar du Jeu de l'amour et du hasard, tout part d'une expérience initiée par un jeune homme qui se verra peu à peu dépassé par les évènements. En un mot, tel est pris qui croyait prendre. Seulement, les traits de caractères de la comédie selon Marivaux étaient archétypaux là où ceux de tous les protagonistes de La Discrète nagent dans l'ambiguïté la plus complète. Malgré le cynisme dont il fait preuve en acceptant le marché de Jean, son éditeur, il est bien difficile de foncièrement mépriser Antoine –ou comment contenir l'influence trufaldienne dans ce seul prénom- car Luchini y insuffle ce qui fera sa renommée : un genre de narcissisme puéril conduisant à une vanité masculine si pathétique que la pitié ne peut que s'imposer. Catherine, la proie, n'échappe pas elle non plus à cette approche multi-facettes de Christian Vincent. Jugée un peu trop vite par Antoine comme étant « immonde », la jeune femme surprend, tant sa naïveté des débuts laisse rapidement place à un comportement indéfinissable, à mi-chemin entre la séduction et la défiance vis à vis d'un homme dont elle pourrait presque deviner les mauvaises intentions (avec sa beauté légère et discrète digne d'une Audrey Hepburn, Judith Henry est constamment admirable).


Au fond, Judith Henry est l'ambassadrice de cette comédie sentimentale énigmatique où, par le biais d'un secret longtemps gardé, elle renvoie peut-être Antoine, l'érudit rasoir, à sa vraie nature, celle d'un homme ne demandant qu'à être materné par le sexe opposé pour exister. Ou peut-être pas. La grandeur de La Discrète est justement de ne pas livrer de réponses clés en main et de laisser planer un parfum de mystère sur les personnages ou les situations sans jamais peser sur la balance (Que cherche donc Jean avec cette proposition cruelle ? Pourquoi est-il si dur avec Manu, son gentil assistant ? Pourquoi Antoine part-il brusquement de chez Jean vers la fin ? etc…) Dans ce flou délectable, bercé par les sonates de Franz Schubert, où l'on ne sait plus si le cynisme masque la désillusion et inversement, où les plus fragiles ne sont peut-être pas ceux auxquels on pense de prime abord, il y a tout de même une certitude : seize ans après sa sortie, La Discrète respire encore l'intelligence de son auteur qui a transformé son essai à plusieurs reprises depuis, ainsi que la fraîcheur de deux comédiens alors merveilleux.


Arte Vidéo soigne consciencieusement le visuel de son édition vidéo avec des menus animés reprenant l'élégance de l'affiche originale, le tout étant joliment mis en valeur par Schubert en guise d'accompagnement musical… Autant crever l'abcès de suite, la section bonus est décevante, voire frustrante. Commençons avec l'Entretien avec Fabrice Luchini (20min 36s, 16/9) : on devine dès les premiers plans que l'acteur avait été convié à commenter l'intégralité du film. Arte Vidéo a peut être jugé bon de condenser le résultat en une vingtaine de minutes. Luchini est le premier à remercier Vincent de l'avoir transformé en star. Car il ne faut pas oublier que La Discrète a été un succès tant critique que public, le comédien se rappelle avoir sillonné Paris en deux-roues courant les séances où l'on jouait le film pour écouter les réactions des spectateurs (il se défend du moindre penchant narcissique) : le bonheur selon Luchini était le rire massif sur un matériau raffiné. Un module efficace permettant d'équilibrer ingénieusement anecdotes et leçons de comédie par Luchini (savoureux passage sur la respiration du monologue).


La Genèse et le casting de La Discrète par Christian Vincent (5min 06s, 16/9), frôle le hors-sujet. Réalisé à la hussarde (définition limite, éclairage à la lampe halogène affreux), cet entretien commence par la déclaration d'amour du cinéaste pour La Maman et la putain de Eustache et La Règle du jeu de Renoir avant de s'attarder sur ses origines modestes. Restent trois minutes avec quelques photos noir et blanc d'un tournage très heureux en grande partie grâce à Fabrice Luchini. Et c'est tout ! Un gâchis.


On termine avec Les essais de Judith Henry (9min 19s, 4/3) où l'on se rend compte de la très bonne capacité d'improvisation de l'actrice malgré une image de caméscope analogique millésimée 1990 et avec un spot de plus de cinq minutes vantant la diversité du catalogue Arte Vidéo.


Le transfert restitue bien la photographie naturelle de Romain Winding. Certes, le film accuse ses seize ans et ne bénéficie pas d'une définition abyssale mais c'est peut-être le prix à payer pour éviter les problèmes liés à l'usage d'éventuels lissages des contours. On déplore toutefois que la copie n'ait pas été complètement nettoyée des dernières taches de copie…Admettons tout de même que la gestion des contrastes est plus que satisfaisante. En revanche, la piste stéréo d'origine est une vraie réussite : aucun souffle à déplorer, une intelligibilité totale des échanges verbaux et l'encodage à 384 kb/s y est pour beaucoup dans la finesse de restitution des sonates (quand on dépasse rarement les 192 pour une piste bi-canal).

CETTE EDITION

Disque 1: Discrète (La)
Emballage: Amaray
Duree: 94 min
Format d'image: 1.66:1
Type de disque: 1 DVD-9
Encodage: MPEG2
Disque standard: PAL

DISQUE 1

  • Entretien avec Fabrice Luchini
    Essais de Judith Henry
    Genèse et casting de La Discrète par le réalisateur Christian Vincent
    Livret avec extrait du scénario

Captures


La Rédaction 02/04/2007 21:06 par La Rédaction

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