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Weather underground (The) - DVD
Weather underground (The), 2002
Test DVD - Weather underground (The)
Rédigé le 15 juin 2006 par
Julien Foussereau
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Test technique
On peut désormais affirmer sans trop se tromper que Mai 68 reste la date emblématique nationale pour illustrer ce grand désordre mondial qu'était la fin des années 60, symbole d'un avenir alors plus qu'incertain. À la différence de l'Hexagone, il n'y a pas à proprement parler de borne historique précise de cette période outre-Atlantique. Or, cette décennie n'a pas non plus été de tout repos là-bas entre les assassinats rapprochés des frères Kennedy, Malcom X et Martin Luther King, la lutte pour les droits civiques, l'escalade nucléaire avec l'U.R.S.S., sans oublier la guerre du Vietnam. Cet interminable conflit a été le premier depuis longtemps à soulever une vague d'indignation profonde au sein de la jeunesse américaine, horrifiée devant les images terribles de bombardements au napalm et leurs conséquences sur la population civile vietnamienne. C'est dans ce contexte bien connu que démarre The Weather Underground, brillant documentaire de Sam Green et Bill Siegel chargé de raconter une histoire plus confidentielle mais tout aussi terrifiante.

Au commencement était le S.D.S. (Students for a Democratic Society), grand mouvement estudiantin pacifiste, militant avec Luther King pour les droits civiques. C'est en 1969 que tout dérapa lorsqu'une faction d'extrémistes s'imposa lors du congrès annuel du S.D.S. à Chicago et décida de rompre avec la tradition non-violente du mouvement pour [s']attaquer [aux] symboles de l'injustice américaine (et casser du flic par la même occasion). Leur mot d'ordre ? Bring the war home. Leurs noms ? Bernardine Dohrn, Mark Rudd, Bill Ayers, Brian Flanagan, David Gilbert et Naomi Jaffe pour les plus connus. Mais ils se firent surtout connaître par ce nom : The Weathermen (une référence aux paroles d'une chanson de Bob Dylan). Leur « uvre »? Des attentats à la bombe contre des institutions fédérales (dont le Capitole et le Pentagone) dans le but de mettre à genoux l'administration Nixon et démarrer la révolution

La bonne idée de ce documentaire est d'être parvenu à entrer en contact avec les têtes pensantes de ce groupuscule et les laisser revenir sur leurs faits d'armes tout en superposant sur leurs propos des images d'archives particulièrement bien choisies. Il serait dommage de ne voir en The Weather Underground qu'un simple défilement chronologique sur un aspect méconnu de l'histoire américaine récente. Green et Siegel évitent de porter un jugement sur ces hommes et ces femmes qui ont cru que la violence et la terreur serait le seul moyen pour se faire entendre. Si le sectarisme de Bernardine Dohrn est encore palpable sur son visage de sexagénaire, un désarroi profond peut se lire sur celui de Brian Flanagan qui sait de quoi il parle pour avoir sur la conscience trois Weathermen qui se sont fait sauter accidentellement avec la bombe qu'ils confectionnaient. Il résume le véritable message du film par cette phrase terrible : « Quand on pense avoir le droit pour soi, on peut faire des choses terrifiantes. » Ou comment devenir dangereux lorsque l'on s'entête à ne pas confronter ses idéaux aux réalités de ce monde

Bien que présenté de façon subtilement implicite, The Weather Underground dessine surtout un gâchis causé par des rebelles aussi coléreux que fumeux et pathétiques tant leurs plastiquages répétés sur les buildings appartenant au gouvernement américains n'ont servi à rien si ce n'est à discréditer l'activisme démocrate. Le ton est donné avec les déclarations cinglantes de l'idéologue Bernardine Dohrn crachant ses règles dogmatiques insensées comme l'interdiction de la monogamie (si ! si !) avant l'implacable enchaînement d'images de dévastations provoquées par les explosions accompagnées d'intertitres de justifications de plus en plus lamentables au fil des ans. Cette dérive fut du pain béni pour les médias conservateurs qui ne se gênèrent pas pour amalgamer toutes les voix protestataires du conflit Vietnamien en signes manifestes d'une conspiration instiguée par des extrémistes communistes.

Cet « héritage » dont on se serait bien passé est plus que vivace aujourd'hui dans cette Amérique post-11 septembre où il ne fait pas bon critiquer les exactions politiques de l'administration Bush. Il est d'autant plus difficile de ne pas se montrer ironique quand les plus indécrottables de ces ex-Weathermen racontent leur sortie de clandestinité : sans heurts et finalement sans conséquences. Ils ont beau avoir provoqué des dégâts matériels considérables et avoir fait partie, pour certains, de la « prestigieuse » liste des dix criminels les plus recherchés par le FBI, ils n'ont jamais répondu de leurs crimes parce que ce même FBI avait usé de moyens peu licites pour les traquer. À défaut de justice, on peut toujours se consoler avec le passage le plus méchant du film : celui où Bernardine Dohrn, redevenue avocate, explique avec une certaine gêne combien il est difficile d'élever son enfant dans un cadre middle class quand on s'est juré de détruire ce mode de vie. Elle, comme la plupart de ces terreurs, est devenue ce qu'elle détestait, une bourgeoise.

Lorsque New Video, l'éditeur américain deThe Weather Underground, proposait deux commentaires audio, deux documentaires, une interview de David Gilbert en prison et deux communiqués radiophoniques des Weathermen, MK2 se contente à peine du minimum syndical avec la reprise de l'interview en mode carcéral de l'ex-Weatherman Gilbert (28mn27s, 4/3) en l'agrémentant de la article-details_c-trailers originale du documentaire.

Intitulé A lifetime of Struggle, cet entretien s'est déroulé en 1998 à Great Meadows dans l'état de New York, pénitencier dans lequel David Gilbert purge une peine à perpétuité pour un meurtre découlant d'un vol à main armée, commis avec un groupuscule révolutionnaire noir en 1981. Cet acte fut le point d'orgue d'une vie de contestation commencée très tôt sur les bancs du lycée où il écrivait dans le journal interne que les États-Unis soutenaient le mauvais camp. Gilbert ne fait que rediscuter les évènements de The Weather Underground à travers son seul point de vue. On est tout à fait réceptif lorsqu'il évoque les dérives des Weathermen comme une vision, un poil trop « romantique », de la violence, quelques communiqués de presse franchement odieux et surtout l'arrogance avec laquelle ils méprisaient tous ceux qui n'étaient pas d'accord. Un repentir sur la forme, certes, mais pas sur le fond puisque les attentats à la bombe ne sont pas du tout remis en cause dans sa bouche.

La dernière partie de l'entretien est consacrée au braquage sanglant qui l'a amené derrière les barreaux, dans laquelle on manque de s'étouffer lorsqu'il affirme qu'il ne devrait pas être en prison mais bénéficier du statut de réfugié politique. En effet, selon Gilbert, les dirigeants des compagnies pétrolières, Henry Kissinger et Bill Clinton devraient être à sa place. Par un tour de passe-passe balourd, il se dit prêt à répondre de ses actes devant une communauté légitime (ce qu'il se garde bien de définir en passant). En quelques mots, cette interview parlera ou non selon le degré de proximité avec les idées radicales de Gilbert.

Avec une durée vidéo totale de 124 minutes, une seule piste audio bi-canal, les conditions sont remplis pour que l'image bénéficie d'un excellent bitrate. Le résultat global est donc à l'avenant. Le format plein cadre est vraiment d'excellente facture tant dans les archives que dans les interviews contemporaines. Le bruit numérique est rare, les contrastes sont parfaitement bien balancés. Il en va de même pour la saturation des couleurs et la définition globale. Côté audio, MK2 n'offre que la piste VO stéréo et là encore, rien ne vient perturber la jolie voix-off de Lili Taylor.


