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Yards (The) - Director's cut (Miramax Collector's Series) - DVD
Yards (The), 2000
Test DVD - Yards (The) - Director's cut (Miramax Collector's Series)
Rédigé le 15 mar 2006 par
Julien Foussereau
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Avis image
Avis son
Avis bonus
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Test technique
Le précédent master de The Yards était à la hauteur du « savoir-faire » de Miramax : médiocre. Parsemé de saletés et de taches de copies très présentes, la vision du film s'avérait particulièrement pénible, pour ne pas dire insupportable, dès que l'on entrait dans des scènes sous-exposées. La compression plus que hasardeuse était propice à générer des fourmillements numériques, et ce fut effectivement le cas, sans parler d'un usage abusif du lissage des contours à l'origine de nombreux halos numériques et des couleurs complètement délavées.



Miramax améliore sans mal la qualité de ce nouveau transfert, et comme il est agréable de se retrouver face à une colorimétrie se rapprochant enfin du souvenir salle ! Attention toutefois à ne pas se laisser berner par les captures : si l'ancien master semble disposer d'un supplément de définition, c'est en partie dû au lissage responsable des problèmes d'encodage précités. Le director's cut laisse aussi apparaître que la première édition a été légèrement zoomée, en témoignent les gains non négligeables de tous les côtés du cadre. Par ailleurs la gestion des contrastes est bien meilleure, la profondeur des noirs trouve un très bon compromis entre efficacité technique et respect des intentions artistiques. Enfin, 95% des impuretés ont été éliminées. Le coup de massue définitif est apporté sur le comparatif en très basse lumière que ce nouveau transfert remporte haut la main. Certes, le résultat général est plus avare en grain argentique tant l'image semble avoir été polie et quelques fourmillements sont encore visibles deci delà. Mais les comparaisons suivantes sont là pour rappeler à quel point c'était pire avant.












Le director's cut reprend virtuellement le très bon DD 5.1 de la première édition avec ses qualités d'immersion sonore, où l'on sent bien la signature du grand maître Gary Rydstrom. En apparence centré sur les avants, le mixage fait preuve de subtilité dans sa capacité à nous envelopper dans le film et son atmosphère si particulière tout en étant capable de tenir la distance lors des rares passages musclés tels que les infrabasses de Bellini et son Samba di Janeiro dans la boîte de nuit ou encore l'activation du caisson dans les secondes précédant le coup de feu tiré par Leo. Si le mixage 5.1 de The Yards ne rentrera pas dans les annales, il n'en demeure pas moins très efficace.

Test des bonus
Au risque d'en décevoir plus d'un, ce n'est pas encore cette fois que l'on aura l'honneur de tester l'édition définitive de ce futur classique. La faute incombe essentiellement à Miramax qui nous livre une édition director's cut qui alterne entre la caresse et le pied au cul ! Avant les explications, les changements de montage.
Ceux qui s'attendent à un extended cut à la Peter Jackson peuvent immédiatement déchanter. James Gray en retire plus qu'il n'en réintègre. Les deux versions sont donc très semblables. Pourtant, ses choix démontrent une fois encore sa cohérence dans son souci d'assèchement
Leo marchant au lever du jour (7s, déplacement) : ce plan, situé initialement à la fin du film, servait de transition entre l'enterrement et la déposition de Leo devant la commission de régulation. Il se retrouve désormais au début, avant que Leo ne rencontre Frank à la Electric Rail Corporation. Coquetterie, pourrait-on dire pas vraiment puisque ce déplacement vers la fin, souhaité par Harvey Weinstein, met en évidence un mauvais raccord vestimentaire. Leo est habillé en costume trois-pièces lors de sa déposition alors que l'on voit clairement ici un blouson.

Le fonctionnement du « business » par Willie Gutierrez (40s, retrait) : Première suppression avec cette séquence (située à 24mn35s sur la version salles) où les ralentis élégants illustrent l'enseignement en voix off du b.a.-ba du parfait graisseur de pattes. Les premières fois, ce retrait passe plutôt mal. Puis, en y réfléchissant bien, on se rend compte du caractère plutôt superflu de cette scène tant on n'a pas besoin de nous faire un dessin pour comprendre la corruption.

Kitty tente de faire comprendre à Erica que les activités de Willie, son fiancé, sont louches (40s, réintégration) : c'est vers 56min27s sur le director's cut, juste après une prise de bec assez tendue entre Erica et Frank, que l'on trouve le seul ajout de cette nouvelle version. Ce passage est un cas typique d'approfondissement. Ici, on explicite que Kitty, campée par Faye Dunaway, a épousé Frank pour son statut social et son argent et qu'elle n'est pas dupe quant à la légalité de ses activités.


Eléments annonciateurs de l'alliance de Leo avec la Weltech (14s+2s, retrait) : suivant immédiatement l'incroyable séquence du coup de feu, un flash info annonce que la colère monte dans le milieu ferroviaire new-yorkais. Fondu enchaîné ensuite sur un plan au ralenti où Leo va à la rencontre d'Hector Gallardo, l'ennemi de Willie Gutierrez. Ce plan disparaît dans cette nouvelle version. Pareillement, on se souvient de Willie qui, sentant la chance tourner, appelle d'un coffee shop Hector pour balancer Frank. Dans la version salles, la scène se ponctuait par un « you're too late ! » sans ambiguïté. Cette dernière phrase a disparu.


La conclusion (1min21s, retrait) : LE gros changement de ce director's cut est aussi celui le plus propice aux empoignades. Il y a maintenant six ans, on était particulièrement ému par le final où, suite à un enterrement dont il était en grande partie responsable, Leo décidait de faire tomber tous les pourris devant la commission de régulation. Aussi belle soit-elle, cette fin n'est pas celle de James Gray mais celle de Harvey Weinstein, boss de Miramax, qui souhaitait qu'un peu de bien émerge de tout ce mal, de toute cette noirceur.


Maintenant, Leo ne balance plus personne, on enchaîne directement avec Leo, triste dans la rame de métro. On ne sait plus vraiment s'il s'en va ou s'il ne fait que prendre la place laissée vacante par Willie. Dans tous les cas, il a perdu son âme en laissant la« vie sauve » à ce système frauduleux, que ce soit en le fuyant, ou en se conformant au rêve de sa mère. Cette nouvelle fin suscite la même réaction que le premier retrait, la consternation d'abord et un semblant d'approbation ensuite. Semblant parce que si cette fin, sur le fond, est beaucoup plus cohérente, la forme de la version salles avait un caractère définitif beaucoup plus beau : de l'enterrement au plan final, le film se conclut dorénavant sur la partition originale de Gustav Holst tandis que la version salles laissait le temps à Howard Shore de déployer sa variation tragique de ce thème, permettant de conclure le film avec la beauté d'un tomber de rideau à la fin d'un opéra.

Le générique de fin n'est plus le simple affichage des noms en lettres blanches sur fond noir. Gray a réintégré de superbes travellings latéraux s'attardant sur les lieux clés du film, vides. Une belle façon de renforcer la dimension tragique de The Yards.

Au final, ce nouveau montage mérite d'être découvert, plusieurs fois même pour bien l'accepter. Ce qui agace davantage, c'est un simple fait : il n'y a que quatre minutes de différences entre les deux versions du film. Et l'on en vient à se demander pourquoi Miramax n'a pas eu l'idée simple d'inclure les deux montages en utilisant la technique du seamless branching, un genre de basculeur déjà utilisé sur le zone 1 Extreme Edition de Terminator 2 (15 minutes d'images) et l'édition standard de Abyss (28 minutes !). Cet « oubli » n'améliorera pas la réputation de Miramax, considéré comme un éditeur des plus médiocres.
À noter qu'aucun bonus n'est sous-titré.
Commentaire audio de James Gray et Steven Soderbergh
Certainement le bonus le plus intéressant du lot ; les cinéphiles ayant acquis une bonne compréhension de l'anglais doivent absolument écouter cette discussion passionnante entre deux cinéastes reconnus. Car tout l'intérêt de ce commentaire réside, entre quelques anecdotes de tournage, dans des discussions de fond sur le cinéma en tant que forme d'expression artistique. La présence de Steven Soderbergh est réellement un atout : son sens du rythme et de la relance permet de canaliser les réflexions de James Gray, au point que lorsque le seul blanc survient, on est rendu à la soixante-dixième minute ! Jamais ennuyeux, on y apprend que le génial plan d'ouverture est le fruit d'un pur hasard, que le planning de tournage fut si compliqué que le film fut tourné à l'envers afin d'avoir tous les acteurs disponibles. Assez curieux aussi, James Gray pensait confier à l'origine le rôle de Leo à Joaquin Phoenix alors que l'acteur a été naturellement séduit par Willie Gutierrez. Ce dernier fut aussi le comédien le plus compliqué à gérer de par son enthousiasme et son goût de l'expérience. Résultat, certaines scènes ont nécessité 70 prises (alors qu'Ellen Burstyn ne dépassait jamais les 7 !)

C'est l'occasion pour les deux cinéastes d'aborder leur vision de la mise en scène. Pour James Gray, la clé pour faire des grands films est d'embrasser les choses qui élargissent la portée de notre projet et d'éliminer celles qui le trahissent. Pour y parvenir, tout doit marcher dans une même direction et il faut faire attention à ne pas laisser une scène ratée et une musique trop intrusive gâcher la fête. On penserait presque à une approche kubrickienne de la réalisation, mais James Gray s'en défend. Il aime les surprises et surtout les acteurs qui sont, pour lui, la magie essentielle du cinéma (« Si tu commences à t'intéresser davantage à la lumière et à la mise en scène qu'à la prestation des comédiens, alors ton film ne fonctionne pas », dira-t-il à un moment). Soderbergh chambre gentiment Gray sur ce director's cut qui n'est certainement pas le dernier dans l'autodérision (« J'ai employé le mot métaphore ? Quel trou du cul je fais ! »). Cela les amène d'ailleurs à épingler cette manie des extended cut pas toujours heureux et ils prennent comme exemple le cas de Apocalypse Now redux.

Un des passages les plus passionnants de ce commentaire reste le constat que les deux hommes font sur l'école de la pub et du clip face à celle du cinéma. La première ne fait que filmer des plans et les assimiler en fonction d'un effet immédiat et d'une rythmique, alors que dans un film la longue durée et l'impératif de la chronologie rendent les choses plus difficiles. La réalisation rigoureuse est celle où l'on renonce à ses plus beaux plans, où la substance n'est pas paralysée par un besoin frénétique d'en mettre plein la vue. N'allez surtout pas y voir une quelconque forme d'élitisme mais plutôt un regard lucide sur la production actuelle. Gray admire le grand spectacle efficace comme Spielberg et Lucas savent si bien les faire, il se désole de ne voir que cela. Ces morceaux choisis sont l'illustration même de l'intelligence, de l'humilité et de l'humour (il imite parfaitement Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix et James Caan) d'un homme à la cinéphilie très sûre et rendent l'écoute de cette piste indispensable.

Commentaire audio de James Gray
Le commentaire solo de James Gray est ni plus ni moins celui de la précédente édition, amputé des interventions sur les scènes retirées ou ajoutées dans cette nouvelle version (ce qui explique certaines coupures de phrase assez abruptes). James Gray démarre les hostilités avec la coupe de Mark Wahlberg « millésimée John Kennedy » qui est inspirée de la coupe réglementaire d'une prison new-yorkaise. La magnifique séquence dans l'appartement de Val célébrant le retour de Leo a été conçue en s'inspirant de Rocco et ses frères ; cet appartement qui est une des rares reproductions studio du film. L'éclairage jaune-ocre du film s'inspire des peintres de la Renaissance où les noirs sont légèrement brûlés (telles les peintures à l'huile du Caravage) ; il s'agit bien d'une volonté de se démarquer de la photographie d'aujourd'hui pour mieux s'inscrire dans le classicisme qu'il aime tant.

Plus loin, le cinéaste ne surprend personne lorsqu'il confie que l'alchimie entre Ellen Burstyn et Mark Wahlberg se poursuivait en dehors des prises, et une sorte d'amour filial s'est installé entre eux tout au long du tournage. À tel point qu'à l'occasion du monologue de Leo expliquant à sa mère qu'il n'a pas tué le gardien de dépôt, James Gray n'a pas pu s'empêcher de pleurer Six ans avant de rediscuter de The Yards avec Soderbergh, James Gray maîtrisait déjà très bien l'exercice du commentaire et son esprit d'analyse sur son propre travail est assez troublant. Le réalisme des décors, par exemple, tient, certes, d'une envie nostalgique de ressusciter le quartier de son enfance, mais aussi d'un besoin de montrer, par le côté fouillis de l'usine de Frank et l'architecture des arcanes du pouvoir archaïques, le pourrissement de l'industrie américaine.

Et pour finir, sa théorie sur les écoles de bandes-son américaines et européennes est symptomatique de son sens développé de l'observation : Gray a choisi Howard Shore pour créer un score européen illustrant l'humeur mélancolique et contemplative de son film, après avoir congédié Jerry Goldsmith dont les premiers essais mettaient en évidence une musique collant trop aux changements d'action. Gray s'essouffle parfois, mais ne bascule jamais dans l'ennui malgré quelques redondances avec le premier commentaire.

Table ronde avec Mark Wahlberg, Charlize Theron, James Caan et James Gray (30min48s)
Cette conversation à quatre est la preuve par l'image que, six ans après le tournage, la complicité de toute une équipe est encore là. Pendant plus de trente minutes, la quatuor se remémore les souvenirs les plus marquants avec émotion, rigolade et nostalgie. On constate que les trois comédiens sont de sacrés déconneurs qui n'ont de leçons à recevoir de personne en matière de vannes. À commencer par Charlize Theron qui est à l'origine d'un torrent de blagues s'abattant sur Mark Wahlberg, elle le décrit un moment comme un clone de Joey Tribbiani plus préoccupé par ses sandwichs au poulet que par les discussions profondes sur la famille, thème central du film !


Le comédien en profite pour régler dans la bonne humeur ses comptes avec James Gray qui le forçait parfois à répéter plusieurs fois de suite des phrases débiles pour tester son accent relayée par Charlize Theron qui admet que si elle admirait la vision sans compromis de Gray (elle l'a immédiatement contacté après avoir vu Little Odessa) ainsi que sa franchise et son honnêteté, elle aimait nettement moins sa façon de les exprimer ! Le plus touchant est sans conteste James Caan qui reconnaît que The Yards est le premier film de toute sa carrière dans lequel le réalisateur lui inspirait une confiance totale et il se souvient avec une certaine lueur dans les yeux de certains jours où le plateau de tournage était bercé par des airs d'opéra. Vraiment un bon moment.
Scènes coupées (6min27s) avec commentaire optionnel du réalisateur.
Ces huit scènes sont les vestiges du concept original de The Yards, rapidement abandonné : la mort du gardien de dépôt ne servait que de point de départ pour un récit choral où on aurait pu suivre la perception de chacun par rapport à cet événement. Gray a rapidement compris que cela ne fonctionnerait pas et a judicieusement recentré le récit sur Leo. Il s'agit logiquement de scènes dans lesquelles interviennent des personnages secondaires comme Val, Kitty et Frank. Aucune ne sort réellement du lot et l'on comprend instinctivement ce qui a motivé leur suppression.


Visualiser The Yards (12min)
À travers dix dessins préparatoires peints par James Gray himself, faisant office de story-board, on constate à quel point il savait ce qu'il voulait tant certains dessins sont très proches du résultat final. Ce module revient aussi sur le rôle clé du chef op Harris Savides dans le look du film et sur la fameuse « volupté de la mort ». Ainsi, cette featurette passe assez habilement des dessins préparatoires aux essais lumière, en faisant un détour par les reproductions de Georges de La Tour. Gray conclut par une analyse du code des couleurs utilisées dans le film en alliant précision et simplicité. Très instructif mais, hélas, un peu court pour tous les mordus de photo.


Behind the scenes (12min)
On aurait pu allonger le précédent module et mettre à la trappe cet indigent press kit, déjà présent sur la première édition, qui ne fait qu'aligner cirage de pompes et autres déclarations d'amour professionnellement ciblées.
Original Concept Art
Reprise de la galerie photo mêlant reproductions de tableaux d'Edward Hopper, le Caravage ou encore Georges de La Tour avec la campagne d'affichage. Dommage que les légendes ne figurent pas à côté des tableaux.


Enfin, la article-details_c-trailers originale très laide et mensongère, typique de la mentalité Weinstein.
Une interactivité très conséquente où le très bon côtoie le franchement médiocre. On en profite pour lancer une petite pique sur la jaquette absolument hideuse de ce director's cut, en totale contradiction avec l'esprit du film.
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