Sailor et Lula – Edition Collector - DVD

Sailor et Lula, 1990

Alertes
Sailor et Lula – Edition Collector
4,0
Image Star Rating 8
Son Star Rating 8
Interactivité Star Rating 8
note 2 country_flag dvd

Test DVD - Sailor et Lula – Edition Collector

Rédigé le 09 nov 2004 par Thomas DouineauThomas Douineau

Avis image
Star Rating 8
Avis son
Star Rating 8
Avis bonus
Star Rating 8
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Test technique

Première constatation : le travail de remastérisation du film saute au visage. Les couleurs, si chères à Lynch, sont pimpantes, extrêmement bien saturées. La colorimétrie idéale témoigne du soin apporté au récent étalonnage vidéo. Le master HD, issu d'un nouveau positif image, est lumineux et très propre. On retrouve les effets de voile et de filtres propres à la photographie voulue par le réalisateur. Sailor et Lula n'a jamais paru aussi beau. Les images sont douces et fluides et souffrent à peine de la compression, au demeurant parfaitement gérée. La définition peut paraître légèrement déficiente, du fait de la volonté d'adoucir les images à la prise de vue. Le seul bémol que l'on pourrait émettre concerne les scènes nocturnes (l'accident en particulier…) qui font apparaître un grain vidéo un peu trop présent, donnant naissance à un fourmillement dans les parties sombres des images.


Quand on connaît l'attachement de Lynch à la bande-son de ses films, nous ne sommes pas étonnés qu'il ait voulu, au même titre que l'image, en superviser le remixage. Un film de David Lynch s'appréhende pour moitié par le son. Ce passage en 5.1 pour la VO est tout bonnement incroyable. On ne s'attendra bien évidemment pas à des effets stéréo ponctuels sur les enceintes arrière, puisque le film ne fut mixé à l'origine qu'en Dolby Stéréo. Là où l'apport du numérique se fait sentir, c'est dans le dynamisme et la puissance globale de la piste anglaise. Chaque allumage de cigarette, célèbres transitions du film, est une véritable détonation. Les basses sont sèches et percutantes, la stéréo avant palpitante. Comme expliqué, on ne peut pas vraiment parler de spatialisation sur cinq canaux, mais on constate que la musique, partie intégrante du film, acquière une nouvelle dimension, immergeant le spectateur dans le film. Les dialogues gagnent aussi en clarté et en précision.

Le DTS apporte une profondeur, une tessiture et un relief supplémentaire, sachant parfois se faire encore plus « sauvage » que le Dolby Digital, tout en gommant son côté agressif et métallique. L'équilibre, en DTS, semble d'ailleurs encore mieux ajusté. En comparaison, la piste française stéréo 2.0, qui n'a pas bénéficié de ce travail de remastérisation, paraît bien terne, aplanie et sans détails. Une impression qu'une trop grande présence du canal central et un mauvais doublage ne fait que renforcer. La note ne tient pas compte de cette piste française, tant l'écart avec l'original est important. L'intérêt de cette édition DVD est de voir Sailor et Lula dans des conditions optimums nées de la volonté du réalisateur de proposer son film avec la meilleure qualité possible et conformément à ses intentions.

Test des bonus

Wild Side propose un travail éditorial très élaboré pour la sortie en DVD du film de Lynch. Composée de deux disques dans un beau packaging, cette édition est accompagnée d'un livre de 80 pages écrit par Jean-Baptiste Thoret à l'analyse et l'iconographie soignées. Le premier disque propose le film dans un nouveau master image et un remixage numérique supervisés par Lynch lui-même. Des menus animés et sonores permettent la sélection de la langue et des sous-titres ainsi qu'un accès par vignettes aux douze chapitres. Par l'intermédiaire du logo Wilde Side, vous pouvez visionner trois bandes-annonces des prochaines sorties de l'éditeur, dont le très beau 2 sœurs dont nous avions parlé dans notre news du 8 novembre 2004. Sont aussi présents les liens Internet vers les sites de David Lynch, de Bac Films et de Wilde Side Vidéo.

Le deuxième disque regroupe l'ensemble des suppléments accessibles par des menus plus sobres et esthétiquement différents du premier disque. Tous les bonus sont regroupés en plusieurs sections : Autour de Sailor et Lula, David Lynch, Chez Dell's et Galerie photos. Ces sections sont complétées par le matériel promotionnel de rigueur : une poignée de spots TV (1.33, 4/3, VO, 1min 03s) et la article-details_c-trailers originale (1.33, 4/3, VOSTF, 1min 53s).

Autour de Sailor et Lula :

Cette section commence par la featurette promotionnelle Sailor et Lula : sur le vif (16/9, VOSTF, 15min 39s), produite à l'époque du tournage, qui fait un peu office d'introduction aux nombreux bonus que va nous proposer Wild Side. Des extraits de film, des images du tournage ainsi que des interviews du réalisateur et des comédiens (David Lynch, Laura Dern, Nicholas Cage, Willem Defoe, Isabella Rosselini…) présentant l'histoire, le film et ses personnages, composent ce document.

Nous poursuivons avec les entretiens de Barry Gifford (16/9, VOSTF, 15min 18s) et Harry Dean Stanton (16/9, VOSTF, 8min 58s). Barry Gifford, écrivain et auteur du roman Wild at heart, exprime son admiration pour le travail d'adaptation de son livre par David Lynch. Il semble connaître le film par cœur et parle avec passion de sa collaboration avec le réalisateur, commentant ses choix de casting. Il est assez rare de voir un écrivain aussi satisfait du résultat filmé de son œuvre. À la fin, il en profite pour commenter sa scène favorite (la scène où le couple danse sur le bord de la route), se livrant avec émotion à une vraie explication de texte de la scène. Beaucoup plus soporifique, Harry Dean Stanton revient quant à lui sur son métier d'acteur, sa façon de donner corps à un personnage par le non-jeu, en grand adepte du minimaliste. Si quelques-unes de ses réflexions sont intéressantes (comment jouer la terreur ?), l'interview est malheureusement bien trop morcelée. Peut-être parce que l'acteur, qui se fait vieux maintenant, a sans doute peu de choses à dire en réponse à telle ou telle question.

Cette section inclut également le making of intitulé Love, death, Elvis & Oz (16/9, VOSTF, 29min 51s). Produit récemment par la MGM (ce sera donc sans doute le même qu'on retrouvera sur le zone 1), il fait la part belle aux différents intervenants sur le film : réalisateur, acteurs, techniciens. On ne peut pas dire que l'on apprend d'incontournables secrets sur la méthode de travail de Lynch, mais il a le mérite d'être bien monté et de ne pas être trop encombré d'extraits du film. Il privilégie plutôt des photos d'époque. On y voit aussi quelques images de tournage, très rares. Lynch s'exprime sur son film, ce qui est déjà une grande nouveauté, lui qui est peu enclin à parler de ses réalisations. Ce qui en ressort principalement, c'est le caractère fédérateur de son travail. Nous ne sommes pas du tout dans un ton promotionnel, mais tous reconnaissent pourtant que tourner avec Lynch est une expérience unique. Ce qui est étonnant, c'est que l'on sent l'étincelle qui brille dans leurs yeux quand ils évoquent Sailor et Lula. Même un Nicholas Cage, devenu une star depuis, parle avec intérêt du « monde de Lynch ». Un monde que le réalisateur contribue à créer dans les moindres détails avec tous les moyens dont il dispose devant et derrière la caméra. Malgré cette liberté et ce génie artistique, on apprend d'ailleurs avec effroi dans ce documentaire que même un réalisateur aussi « typé » que Lynch est soumis aux projections-tests. Vu ses films et le public qu'ils touchent, on peut se dire qu'elles doivent être la plupart du temps catastrophiques !

Nous continuons dans cette section avec Souvenirs d'un président du festival de Cannes (4/3, VOSTF, 16min 37s). Bernardo Bertollucci se remémore sa présidence en 1990, l'année où il a remis la Palme d'or à Sailor et Lula. Il se souvient de la réticence des membres féminins du jury qui trouvaient le film trop violent, et comment il a essayé d'imposer le choix d'un réalisateur qui, pour lui, se réinvente et réinvente le cinéma à chacun de ses films. Grâce à un Gille Jacob qui ne voulait pas que plusieurs prix aillent au même film, le jury a pu écarter le plus sérieux concurrent, Cyrano de Bergerac, en donnant le prix d'interprétation à Depardieu, laissant du même coup la voie libre à Sailor et Lula pour la Palme d'or. Il parle ensuite plus spécifiquement du film, de la faculté de Lynch à mélanger les genres et les sous-genres. En reparlant de certaines scènes, il évoque de manière sensible, intelligente et captivante son cinéma (selon lui hyperréaliste, par opposition au réalisme et au surréalisme), terminant sa courte analyse par la tentation permanente qui transparaît dans le CinémaScope lynchien : la comédie musicale. Les personnages emplissent un monde vide au moment où commence la musique, tels des chanteurs entrant sur scène.

David Lynch :

On commence cette section par un portrait de David Lynch (4/3, VOSTF/VF, 58min 31s), issu de la désormais célèbre collection The Directors (Les Réalisateurs). Au travers de nombreux extraits de film et des interventions de tous les gens (acteurs, techniciens, producteurs, amis…) qui l'ont côtoyé au cours de sa carrière, de Eraserhead à Mulholland Drive, ce document nous offre un portrait complet d'un réalisateur à part dans le cinéma américain, artiste avant d'être réalisateur (il s'adonne aussi à la peinture, la photographie, la sculpture, le dessin…). Tous saluent le réalisateur un peu fou et l'homme doué d'attention et d'humour. Lynch lui-même s'exprime souvent, parlant de son(ses) art(s), sa vie, ses sources d'inspiration. Il a toujours quelques mots justes pour d'écrire chacun de ses films. Une description très générale, certes, mais toujours passionnante.

     

     

Dans À propos du DVD (16/9, VOSTF, 2min 45s), Lynch, après une petite explication de ce qu'est l'étalonnage, nous confie qu'il a eu la chance que MGM propose de retirer un nouveau positif du film. Car après plusieurs mois de travail sur l'ancien positif, les techniciens se heurtaient aux scènes nocturnes qui donnaient des résultats verdâtres catastrophiques. Il est maintenant très content d'avoir enfin un master HD du film, entièrement réétalonné et corrigé.

Une spontanéité particulière : travailler avec Lynch est un petit document proposé par MGM (16/9, VOSTF, 7min 15s) et réalisé dans la continuité du making of. On y trouve donc les mêmes intervenants, parlant cette fois-ci de la manière de travailler du réalisateur. Son attention particulière et légendaire pour les détails, son utilisation de la musique, des couleurs, des cadres, des accessoires proviennent d'un long travail inconscient qui fait qu'une vision s'impose à lui. Comme l'explique Laura Dern, il ne peut ni se définir, ni définir son œuvre. Il vit dans un besoin frénétique de créer, repoussant sans cesse les limites. Il ne demande pas aux acteurs et à ses collaborateurs de tout comprendre, mais réussit cependant, grâce à son amour de la direction d'acteurs, à les faire tendre vers sa vision d'une scène.

Galerie de photos :

La galerie de photos propose d'abord un diaporama (2min 20s) où se succèdent des animations de photos de Sailor et Lula montées sur la musique. On a vu plus inspiré comme montage… Viennent ensuite les galeries de photos couleurs puis noir et blanc. La revue de presse permet de se faire une idée de la manière dont le film et la Palme d'or furent reçus par la presse à cette époque. Et force est de constater que, une fois de plus, Lynch divise ! Cette section se termine sur l'affiche française.

Chez Dell's :

Chez Dell's regroupe plusieurs petits segments qui n'avaient pas forcément de place dans les autres documents (making of…). On revient donc sur deux ou trois anecdotes ou interventions ayant trait à Sailor et Lula et n'ayant pas obligatoirement de liens entre elles. Ces segments, visibles un par un ou dans leur totalité (16/9, VOSTF, 20min 56s), reviennent donc sur Barry Gifford nous confiant d'où lui est venue l'idée du roman, sur le rôle de la mère de Lula, sur un détail d'une scène où un figurant passe à l'arrière-plan avec un immense tuyau rouge né de l'imagination de Lynch, ou encore sur l'anecdote de Willem Defoe qui raconte que lors de la scène du motel, il s'était posé comme challenge d'uriner pour de vrai dans les toilettes à chaque prise, pour ensuite apprendre le soir que ces fameux toilettes étaient factices… Un peu plus loin, Sheryl Lee nous reparle de la scène finale de la Bonne Fée, et Lynch, du festival de Cannes où il a projeté son film dans des conditions extraordinaires avec un son démentiel qui, de son propre aveu, n'a jamais été aussi bon et aussi fort, tel qu'il le voulait, lui qui attache autant d'importance au son et à l'image. Nicolas Cage nous reparle de la fameuse veste en peau de serpent, « symbole de l'individualité et de sa croyance à la liberté personnelle ». Une veste qui fut achetée aux puces par l'acteur bien avant qu'il soit contacté pour Sailor et Lula, et qu'il a eu l'idée de ressortir pour créer son personnage.

On ne peut que remercier Wild Side de nous offrir, un mois avant la sortie zone 1 chez MGM, cette édition de la Palme d'or 1990 en tout point indispensable, qui semble surpasser son homologue américaine. C'est suffisamment rare pour être signalé. Qui plus est, c'est une des premières fois que Lynch est aussi présent dans les suppléments consacrés à l'un de ses films. On attend avec impatience que les éditeurs possédant les droits des autres films du réalisateur nous offrent eux aussi des éditions à la hauteur de son travail. Cela arrive, puisque dans quelques mois on vous reparlera de Lynch grâce à la sortie en DVD de Twin Peaks : Fire walk with me chez MK2, comme nous vous l'annoncions dans notre news du 3 septembre 2004.

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