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Scanners - DVD
Scanners, 1981
Test DVD - Scanners
Rédigé le 09 déc 2005 par
Sébastien de Sainte Croix
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Avis son
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Test technique
Fort du succès de Chromosome 3, Cronenberg passe à la vitesse supérieure avec Scanners. Nanti d'un budget confortable, de techniciens et d'acteurs chevronnés, le docteur Mabuse canadien a cette fois pour ambition de marier l'horreur biologique avec le film d'action. Mais s'il y a bien des poursuites en voiture, des règlements de comptes à l'arme lourde, Cronenberg reste attaché à développer ses thèmes de prédilection, parmi lesquels le rapport du corps à l'esprit, et réaffirme la pleine puissance de ce dernier, ici face à une entité technologique (l'ordinateur en réseau à usage militaire qui préfigure l'internet d'aujourd'hui), dans un affrontement d'anthologie.

Une nouvelle fois, Cronenberg met en scène des personnages de « mutants » errant dans une société où leur évolution les a privés de leur place ( les X-men ne sont pas loin). Vivant reclu ou clochardisé, le « héros » de Scanners est la proie d'organismes obscurs (ici la Consec) mêlant le paranormal et la médecine à la politique, et visant à s'attacher les services des nouveaux mutants pour lutter contre une agence parallèle sans que leurs motivations ne soient jamais clairement divulguées (même obscurantisme concernant la société mettant le programme VideoDrome « en ligne », les diffuseurs du jeu de ExistenZ ou l'organisme envoyant Bill Lee dans l'interzone du Festin nu). Manipulation politique à laquelle Cronenberg mélange une manipulation de l'esprit et du corps : les Scanners portent les stigmates de leur combat et de leur nature dans leur chair le visage scarifié de Michael Ironside (comme les protagonistes de Crash exhibent leurs cicatrices), les pertes de sang et de fluide corporels consécutifs à l'utilisation des pouvoirs psy des Scanners.Tous les mutants préfigurent l'avènement d'une nouvelle chair, d'un nouveau stade évolutif, dont le contrôle reste à prendre.

Si Cronenberg privilégie l'action au détriment du gore, Scanners contient quand même son quota de passages sanglants : la célébrissime tête explosée à distance (un coup de fusil dans un fausse tête remplie de gélatine et de viscères que l'on doit à Dick Smith, maquilleur de génie devant l'éternel), l'affrontement final entre Stephen Lack et Michael Ironside (qui ressemble furieusement à celui opposant John Cassavettes à Amy Irving lors du final de Fury de Brian De Palma) ; autant de scènes devenues anthologiques avec les années, et qui ont permis au film de rester gravé dans les mémoires.

Jusqu'à prendre le pas sur le reste du métrage qui peine à certains moments à concilier ses différentes directions : Cronenberg n'est pas reconnu pour son traitement de l'action et n'est jamais aussi à l'aise que dans le registre de l'intime. Cela n'empêchera pas Scanners de gravir les échelons du box-office nord-américain et d'asseoir, pour un bref laps de temps (Videodrome sort deux ans plus tard), la réputation « commerciale » de son auteur.

Sortie il y a presque 5 ans, l'édition zone 2 d'Opening continue d'être vendue un peu partout à un prix extrêmement attractif (moins de 4 euros quand ce ne fut pas 1 euro) faisant croire à un DVD obsolète et indigne du support. Il n'en est rien, et à le revoir aujourd'hui, on reste surpris de la qualité technique générale même si on peut lui préférer celle de Chromosome 3, édité et vendu dans les mêmes conditions. Entre une image au master propre même si perfectible sur certaines séquences disposant d'une définition très appréciable et une saturation exemplaire des couleurs, et des pistes DD 1.0 mono de très bonne facture, il y a largement de quoi (re)voir le quatrième film de Cronenberg dans des conditions satisfaisantes. On notera juste une compression pas toujours optimale qui aurait pu être mieux gérée si l'éditeur avait à l'époque utilisé un DVD-9 au lieu d'un simple DVD-5. Cela dit, pour un DVD aussi « ancien », c'est vraiment une belle satisfaction et pour ceux qui ne le se sont pas encore procuré une belle affaire.

À l'instar de l'édition de Chromosome 3 dont il reprend les mêmes bonus à l'exception de l'intervention de Serge Grünberg, le DVD offre une très sympathique interactivité, eu égard à l'époque où il fut édité (2000). On peut y découvrir un minidébat organisé au Virgin Megastore de Paris pour la sortie du livre de Serge Grünberg consacré à Cronenberg. Rencontres avec Howard Shore/David Cronenberg (20min34s) donne ainsi la parole aux deux artistes et amis de longue date, avec dans le rôle des intervieweurs, deux Serge bien connus des cinéphiles (Grünberg et Toubiana). Le fait de mettre le nom du compositeur attitré du cinéaste canadien n'est pas ici un hasard, puisque toute la conversation (environ 10 minutes car il faut compter la traduction française orchestrée par Serge Grünberg) est axée sur la musique et sur la manière dont leur collaboration a évolué au fil des années et des films.

Pour en savoir plus sur l'univers « cronenbergien », il faudra se diriger vers le documentaire, L'horreur selon Cronenberg (un montage photos commenté en voix off, 4min25s) qui retrace succinctement mais avec une certaine habileté la carrière du cinéaste. Un document toutefois quelque peu obsolète aujourd'hui, puisqu'il ne tient pas compte des dernières réalisations de l'auteur (le dernier film évoqué étant ExistenZ). Quant à Scanners en particulier, Serge Grünberg se charge lui-même de nous en offrir une présentation rapide mais d'une justesse parfaite (3min47s), qui réhabilite instantanément le film pour ceux qui doutaient de son impact et de sa modernité. La filmographie de ce dernier complète l'interactivité d'un DVD hautement recommandable.
À noter que la branche anglaise d'Anchor Bay a sorti durant l'été 2005 une édition nettement plus conséquente de Scanners avec notamment des pistes anglaises DD et DTS 5.1, et quelques bonus, dont l'émission The Directors consacrée à Cronenberg.


