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Omagh - DVD
Omagh, 2004
Test DVD - Omagh
Rédigé le 02 nov 2005 par
Erwan Desbois
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Avis image
Avis son
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Test technique
La ville d'Omagh devint tristement célèbre le 15 août 1998, en étant ce jour-là le siège de l'attentat le plus meurtrier ayant pris place en Irlande du Nord. Une voiture piégée placée dans la rue commerçante de la ville tua en effet vingt-neuf personnes et en blessa plus de deux cent cinquante autres en ce samedi après-midi ensoleillé. Au nombre des morts se trouva le jeune Aiden Gallagher, dont le père, Michael, prit au cours des mois qui suivirent la tête du Comité de soutien d'Omagh, association créée par les familles ayant perdu un proche dans l'attentat. Le film Omagh est un « docu-fiction » relatant la lutte de Michael Gallagher et du Comité afin d'obtenir la vérité quant aux évènements de cette journée du 15 août ainsi que la condamnation des responsables.

Pour se convaincre qu'Omagh n'est pas un long-métrage comme les autres, il suffit de se diriger vers le supplément Réalité ou fiction ? qui regroupe des interviews du réalisateur Pete Travis, du vrai Michael Gallagher et de l'acteur Gerard McSorley qui interprète son rôle. On y apprend en effet que l'initiative du film vient du Comité de soutien, qui a décidé de contacter Paul Greengrass (le réalisateur de Bloody Sunday, autre docu-fiction sur un événement traumatisant de l'histoire irlandaise) afin de mettre en images leur combat pour la justice. Si Greengrass s'est contenté de co-écrire et de co-produire Omagh et en a confié la réalisation à Pete Travis, son style documentaire nerveux et volontariste a été en grande partie repris par ce dernier : caméra à l'épaule, beaucoup de gros plans sur les visages des protagonistes, tournage le plus spontané possible Tout cela dans le but de conter le récit de la manière la plus réaliste et la plus prenante qui soit.


Plus qu'artistiques, les velléités du projet Omagh sont donc pédagogiques. Le film se veut un témoignage à hauteur d'homme de la réponse que l'on peut avoir sur le long terme face à la barbarie aveugle et à l'injustice. Un choix qui rend Omagh forcément moins bouleversant que l'inoubliable Bloody Sunday, qui était à la fois plus resserré dans le temps et plus éclaté en termes de points de vue. Mais s'il souffre de l'inévitable comparaison avec son aîné, Omagh n'en est pas pour autant mauvais. Il est même excellent au cours de sa première demi-heure, qui suit quasiment en temps réel la journée du 15 août depuis le point de vue des civils innocents. La justesse du ton est telle qu'il est impossible de ne pas se reconnaître dans les comportements de tous ces gens. La réaction blasée à l'annonce de la présence d'une bombe (un appel anonyme passé peu de temps avant l'attentat donna en effet un faux emplacement, ce qui eut pour effet de rabattre un maximum de piétons vers la rue visée) et, après l'explosion, l'attente insoutenable face à l'absence de nouvelles des proches disparus, tant auprès de la police que des hôpitaux, sont en effet extrêmement crédibles. Le refus de tout pathos facile nous rend d'autant plus proche de ces gens, et nous fait malheureusement vivre cet attentat « comme si on y était ».

Une fois le choc passé, le film quitte la reconstitution des évènements pour se faire uvre militante. Un militantisme qui reste à l'image de Michael Gallagher : calme et posé, mais déterminé à ne rien lâcher tant que justice ne sera pas rendue. Sans tomber dans les travers des croisades hollywoodiennes du type Erin Brokovich, Travis signe une chronique amère de l'impuissance des gens « simples » face aux machines politiques. Les manquements des forces de police avant (avertissements non pris en compte) et après (bien que les coupables soient tous parfaitement connus, aucun n'a été inculpé) découverts par les membres du Comité de soutien au cours de leur contre-enquête auraient en effet eu de quoi en décourager plus d'un. La petite victoire finale que représente pour eux la reconnaissance officielle de ces ratés (dont on ne saura jamais jusqu'à quel point ils furent le fruit de manuvres politiciennes ou d'un mélange d'incompétence et de malchance) rappelle cependant que Omagh n'est pas un plaidoyer pour le « chacun pour soi » en réponse aux dysfonctionnements des institutions. Il s'agit plus modestement du récit d'un deuil qui ne peut se faire que si le crime est bel et bien reconnu. La (trop ?) grande sobriété de ce récit et ses quelques faiblesses (les scènes au sein de la famille Gallagher sont clairement en-deçà du reste) ne doivent pas occulter sa grande force : un humanisme profondément sincère.

Visuellement, le DVD édité par MK2 est d'excellente facture. L'image est en effet la copie presque conforme de celle vue en salles, grâce à un piqué magnifique et à une définition d'une netteté irréprochable. Aucune ombre ne vient noircir ce tableau idyllique, puisque la compression est elle aussi d'un très bon niveau (on ne remarque aucun artefact gênant) et que la colorimétrie et le contraste sont exemplaires et ne dénaturent en rien la photographie très réaliste du film.

La partie sonore est elle une semi-réussite. L'absence de version française n'est pas préjudiciable car elle se justifie par le caractère quasi-documentaire du film. La piste Dolby Digital 5.1 proposée pour la VO participe d'ailleurs à cet aspect en restituant de belle manière les sons quotidiens d'une ambiance urbaine. Par contre, les dialogues (concentrés sur la voie centrale) souffrent d'un mixage trop faible qui les rend par moments quasiment inaudibles un défaut moins présent sur la version Dolby Surround 2.0 également sélectionnable, et qui peut du coup être préférée au 5.1 étant donné que la force d'Omagh ne repose pas sur une débauche d'effets sonores.

Pour être complet, signalons que l'interactivité contient un autre bonus en plus des interviews : la visite sur le tournage de la famille Gallagher. Un document un peu anecdotique, puisqu'il s'agit principalement d'une visite guidée des coulisses avec explication succincte du rôle de chacun et blagues sur les différences physiques entre les acteurs du film et les personnes réelles qu'ils interprètent. Une séquence sort toutefois du lot : celle où le responsable des décors présente comment son équipe a procédé pour recréer les rues d'Omagh dans une autre ville.
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