Grand passage (Le)
Grand passage (Le)- REALISATEUR:King Vidor
- ACTEURS:Spencer Tracy, Robert Young (I), Walter Brennan
- GENRE:Aventures, Action, Drame
- EDITEUR:Wild Side Vidéo
- DATE DE SORTIE:05 septembre 2012
TEST TECHNIQUE
Le grand passage c'est de l'or en barre pour les amoureux d'une certaine idée de cinéma où l'aventure est synonyme de grands espaces, de péripéties à peine croyables, d'histoires humaines « bigger than life »... Bref de ces épopées cinématographiques qui impriment d'abord la légende et en Technicolor s'il vous plait. Le film de King Vidor s'inscrit donc au sein d'une tradition hollywoodienne en devenir qui prenait alors forme en cette année 1940 où arrivait enfin sur les écrans américains ce Northwest passage, première partie, après moult péripéties dont quatre années de pré-production qui ont vu passer la bagatelle d'une quinzaine de scénaristes et deux réalisateurs. On y reviendra.
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L'autre grand intérêt de ce blockbuster est son cadre historique. Nous sommes en 1759 au plus fort de la guerre franco-anglaise connue sous le nom de la guerre de sept ans qui embrasa le monde d'alors ainsi que le continent américain plus connue sous l'intitulée de « French and Indian War ». Il s'agit là d'une période peu traitée au cinéma même si l'on a tous en mémoire le film emblématique qui n'est autre que Le Dernier des Mohicans de Michael Mann. Une guerre perdue au final par les français dont l'Empire colonial sur le nouveau continent disparaîtra quasi complètement mais qui prendront quelques années plus tard leur revanche en soutenant les colons américains dans leur guerre d'indépendance face aux anglais.
L'épisode qui nous est narré ici met en lumière un raid mené contre les indiens Abénakis aux confins du lac St Francois par un certain Robert Rogers et ses hommes appelés « Rangers ». Personnage devenu historique, Rogers est au début de la guerre engagé par l'armée anglaise afin de recruter des « frontiersmen » capables de mener des actions de guérilla contre les indiens sur leur propre terrain. Cette milice privée très vite surnommée « Rangers » donc (appellation devenue populaire qui reste ancrée dans la tradition militaire américaine jusqu'à nos jours) contribuèrent pour beaucoup dans le basculement du conflit au profit des troupes anglaises.
Rogers est incarné à l'écran par un Spencer Tracy tout simplement habité par son rôle qui arrive à donner à son personnage une profondeur remarquable d'homme brutal mais paternaliste à l'égard de ses hommes alors même que l'histoire s'attache plus aux nombreux épisodes héroïques qu'à la caractérisation de ses protagonistes.
Robert Rogers fut immortalisé par un livre devenu un best seller en 1936 écrit par un certain Kenneth Roberts, le Fenimore Cooper du 20ème siècle en quelque sorte. Northwest Passage fut acheté par la MGM dans la foulée pour en faire donc un film aux moyens dantesques qui s'inscrivait alors dans la volonté du Studio de voir toujours plus grand et de repousser sans cesse ses propres limites de production. Quatre années furent donc nécessaire pour aboutir à ce grand film malade qui ne traite en fait qu'une partie du bouquin (d'où son appellation en VO de Book I - Rogers' Rangers), le Studio n'ayant jamais su comment aborder la déchéance du héros. Le paradoxe veut qu'au final il n'est question du « Northwest passage », cette fameuse route longtemps recherchée pour relier les Océans Pacifique et Atlantique, qu'à la toute fin du film quand Rogers repart justement avec ses hommes pour tenter de la découvrir.
MGM n'est jamais rentré dans ses frais. Même si le film a bien marché en salles, il ne bénéficiera en effet jamais de la même aura que son contemporain Autant en emporte le vent. Il faut croire que la rudesse de l'ensemble et l'acuité du regard porté sur l'extermination des indiens restent encore aujourd'hui moins bien appréciés qu'une vision romantique de la guerre de sécession.
Grâce soit donc encore rendu à la WildSide team d'intégrer ce titre à son label « Classic Confidential » dont le haut degré d'exigence tant technique qu'éditorial n'est plus à démontrer. De fait la copie à laquelle nous avons droit est exempte de défauts visibles et l'encodage en rend compte au maximum des capacités de la technologie SD. On n'ose imaginer du résultat en Blu-ray (soupir !). Idem pour la piste en VO en DD mono 2.0 qui fait montre d'un dynamisme étonnant et d'une répartition dialogues / ambiances exemplaire à comparer avec la VF elle aussi en DD 2.0 mono au doublage d'époque (aaaaah Spencer Tracy doublé par Serge Nadaud, un véritable régal) qui oblitère ou rajoute quelques répliques secondaires quand il ne s'agissait pas de gommer la plupart des sons d'ambiance avec pour conséquence fâcheuse d'avoir l'impression que le film se soit tourné en studio.
Un comble quand on sait donc que Grand passage fut un défi de tous les instants entre prises de vue au Lac Payette situé dans l'État de l'Idaho, utilisation de plusieurs caméras Technicolor pesant chacune plus de 600 kg, un nombre incroyable de figurants... Une entreprise démesurée dont on peut en avoir un aperçu dans le formidable document d'époque intitulé Northward, Ho ! que l'éditeur nous propose en guise de premier complément. Produit par la MGM, il avait bien entendu pour but de vanter le tempérament de pionnier de l'impossible du Studio tout en laissant pour la postérité un témoignage sans équivalent des conditions de tournage du film.
C'est ensuite que l'on pourra se plonger dans le passionnant livre de Jean Ollé-Laprune (cinéphile journaliste bien connu des adeptes de feu la chaine Ciné Cinéfil où il avait coutume de présenter en quelques minutes le film qui allait être diffusé) qui est une mine d'informations en plus d'être d'une rare exhaustivité quant aux aléas successifs rencontrés par cette production hors norme. Rien n'est en effet laissé dans l'ombre, tout est détaillé : King Vidor qui prend le film comme une commande lui donnant l'opportunité d'expérimenter pour la première fois les caméras Technicolor, la position dominante de la MGM d'alors, les crises d'angoisse de Spencer Tracy qui n'aimaient pas tourner en extérieur, l'abandon de tout ce que le premier réalisateur Woody S. Van Dyke et son équipe avaient déjà tourné lors d'un premier repérage... Jusqu'à la perception finale du film par le Studio sans attendre les réactions du public occasionnant l'abandon de la seconde partie.
Jean Ollé-Laprune aborde aussi la production d'une série du même nom qui fut diffusée à la fin des années 50 par la chaine NBC. Elle reprenait certains plans emblématiques du film en les mixant avec un tournage en Studio donnant un résultat des plus médiocres. Il suffit pour s'en rendre compte de visionner le second complément vidéo de cette édition qui permet d'en découvrir un épisode réalisé par Jacques Tourneur (Sic !). Il s'agit là d'une production télé caractéristique de l'époque qui surfait sur l'intérêt grandissant de ce nouveau médium au point d'en détourner les spectateurs des salles de cinéma obligeant d'ailleurs ces mêmes Studios à inventer de nouveaux procédés spectaculaires comme le Cinémascope ou la 3D pour les y attirer de nouveaux. Autant on peut « disculper » le film de Vidor de raciste à l'égard des indiens ne serait-ce que parce qu'en 1939, le « native american » n'était encore perçu que comme un sauvage qu'il a fallu éliminer pour permettre l'édification des États-Unis d'Amérique, autant ici le malaise est prégnant alors que le travail de réhabilitation avait déjà commencé avec La Porte du diable et La Flèche brisée dès 1952.
Pour l'anecdote et pour finir on remarquera plusieurs incongruités sur l'affiche française de la ressortie en 1956 (doublé en français ce qui n'était pas le cas lors de sa première sortie en 1949) qui spécifie que le film est en Cinémascope alors que celui-ci fait son apparition pour la première fois en 1953 avec Comment épouser un millionnaire de Jean Negluesco avec Marilyn Monroe, Lauren Bacall et Betty Grable. Il y est aussi fait mention d'un son stéréophonique qui ne semble pas être arrivé jusqu'à nous. Donc soit on nous aurait menti (il existe quelque part une copie VF en Scope et en Stéréo), soit le spectateur de l'époque l'a eu mauvaise en découvrant le film.
Inutile de (re)préciser qu'il s'agit-là d'une édition qui se doit de figurer en tête de gondole au sein de toute bonne vidéothèque qui se respecte.
CETTE EDITION
Emballage: Coffret
Duree: 122 min
Format d'image: 1.33:1
Type de disque: 1 DVD-9
Encodage: MPEG2
Disque standard: PAL
DISQUE 1
Surprise Attack : épisode de la série Le grand passage réalisé par jacques Tourneur (25min, VOST)
Northward, Ho ! : Making-of de 1940 (9min, VOST)
Galerie de photos
Bande-annonce d'époque
Livre de 80 pages de Jean Ollé-Laprune
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20/10/2011 21:01 par La Rédaction
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