Porte du diable (La)
Porte du diable (La)- REALISATEUR:Anthony Mann
- ACTEURS:Robert Taylor (I), Louis Calhern, Paula Raymond
- GENRE:Western
- EDITEUR:Wild Side Vidéo
- DATE DE SORTIE:04 juillet 2012
TEST TECHNIQUE
La première incursion d'Anthony Mann dans le western est un coup de maître mais aussi un tournant radical et décisif dans le genre qu'il partage au demeurant avec La Lance brisée de Dmytrick sorti la même année (disponible en Blu-ray et DVD chez Sidonis). Ces deux films ont en effet en commun de prendre position pour la cause indienne en dénonçant le racisme, l'intolérance, la mise à l'écart puis enfin la destruction pure et simple d'une ethnie devenue une minorité. Ce que d'aucuns qualifieront bientôt de génocide. La Porte du diable est à ce titre bien plus frontal que La Lance brisée à la mise en scène élégiaque, moins explicite et qui « souffre » d'une fin optimiste. Avec son noir et blanc, son format 1.37 « étriqué » et sa photo rappelant les plus belles heures de l'expressionisme allemand (à comparer au Scope technicolor de La Lance brisée), Mann réalise un film âpre, sans concession où l'indien qui a pourtant combattu aux côté des forces de l'Union lors de la guerre de sécession pour abolir l'esclavage récoltant au passage la plus haute distinction militaire, ne peut retourner vivre sur la terre de ses ancêtres. Le propos est virulent, partisan et extrêmement vindicatif à l'encontre de cette Amérique dont on commence à dénoncer ici les fondations pourries en lieu et place d'une conquête de l'Ouest dont on ne retient plus que la légende. Mais en 1955, alors qu'elle rentre dans la guerre froide tout en étant au faite de son rayonnement mondial, elle n'est certainement pas prête à entendre de telles critiques. Et bien entendu, le film sera un échec commercial ne bénéficiant même pas d'une distribution digne de ce nom. Mais Anthony Mann n'en souffrira pas. Le meilleur restant en effet à venir dont le point d'orgue sera sa fructueuse collaboration avec James Stewart qui à la vision de La Porte du diable voudra absolument travailler avec le cinéaste. Comme quoi...
Mais à y regarder de plus près, est-ce que ce film d'Anthony Mann a bénéficié avec le temps d'une remise à niveau dans sa filmo ? Pas certain. Il suffit juste de constater que dans son propre pays il n'a bénéficié d'une sortie DVD qu'en 2010 (pas de VHS ni de LD) et encore dans la collection « Warner Archive » où la galette n'est éditée qu'à la commande du consommateur et où aucun effort éditorial n'est entrepris. Ceci étant dit, Warner a certainement du pour l'occasion tirer un nouveau master à partir du négatif original ou alors procéder à une restauration car l'image proposée était bien au-dessus de la moyenne de ce que l'on peut habituellement constater au sein de la collection. Et c'est ce même master que l'on retrouve ici, soit une image SD proche de la perfection tout en bénéficiant d'un encodage de haute volée. Les noirs sont profonds et les blancs jamais cramés, ce qui n'était pas gagné d'avance au regard donc de cette photo qui ne craint pas de jouer avec beaucoup d'amplitude sur les zones d'ombre et de lumière au sein d'un même cadre. La séquence du début dans le saloon où l'on découvre au premier plan, la silhouette déjà menaçante du futur « bad guy » (Louis Calhern en éternel second rôle à la présence inoubliable) avec dans la continuité du regard Robert Taylor accoudé au bar, est à ce titre emblématique bien entendu de la mise en scène de Mann mais aussi de la précision de l'encodage qui rend compte avec une belle maestria de la profondeur de champ hallucinante de ce plan magnifique.
Une autre séquence à la fin est symptomatique à la fois de cette mise en scène expressionniste et poétique de Mann et de la réussite technique de cette galette, quand ce même Robert Taylor acculé sur ses propres terres et acceptant de revoir une dernière fois celle qui aurait pu devenir sa femme s'il n'avait été un indien, sont baignés par une photo faite de clair-obscur où domine un jet de lumière provenant d'une fenêtre donnant sur l'extérieur. C'est tout simplement somptueux.
Et Wild Side de remédier à ce quasi anonymat auquel est soumis ce film puisque totalement inédit en vidéo chez nous et de l'intégrer à sa collection Classics Confidential qui n'a donc jamais aussi bien mérité son intitulé qu'ici. Outre la partie image, on appréciera aussi l'effort éditorial qui passe d'abord par la VF d'époque en DD mono 2.0 très bien préservée (comme sa consœur anglaise). Le film de Mann a eu en effet plus de visibilité sur notre territoire où il réalisa 620 742 entrées lorsqu'il sorti en 1952 (Sources CBO). Il fut aussi diffusé à la télé en 1987 lors de l'émission culte La dernière séance (en deuxième partie de soirée donc en VOST). Il bénéficie en conséquence d'une réputation critique non usurpée qui se traduit ici par le plaisir évident de voir un Bertrand Tavernier et un Jean-Claude Missiaen discourir du film à bâtons rompus au sein du complément vidéo intitulé L'Ouest majuscule qui en devient dès lors aussi riche et passionnant qu'instructif. Et une fois n'est pas coutume, nous avons droit à des extraits de quelques films de Mann. Pas étonnant vu que WildSide doit être certainement l'éditeur indépendant français qui a le plus de titres du réalisateur à son catalogue.
Mais comme toujours, le morceau de choix est sans conteste le livre de 80 pages signé Bernard Eisenschitz qui fait, comme on le sait, tout le sel de ce label pour en faire un objet de collection incontournable. Au-delà, on n'est pas loin de penser qu'il s'agit là du meilleur texte jamais lu. Oui, mieux que celui érudit et riche d'Eddie Muller pour Le rôdeur de Losey ou ceux sans faille de Philippe Garnier. Eisenschitz, à qui l'on doit récemment l'excellent Fritz Lang au travail paru au moment de l'expo Metropolis à la Cinémathèque, nous embarque dans les coulisses du film avec une plume entêtante qui ne vous lâche plus jusqu'à la dernière ligne (cet homme devrait écrire des polars), mais surtout il ne nous assène pas de son savoir cinéphile au détour de chaque phrase. Non, il emmène son lecteur doucement mais sûrement vers les rivages du savoir, par petites touches savantes, exacerbant la curiosité salutaire du néophyte et l'admiration respectueuse du cinéphile aguerri. Intitulé La terre promise, son texte s'accompagne comme toujours de belles illustrations ou de reproduction d'archives peu vues jusqu'ici.
Qui a dit achat indispensable ?
CETTE EDITION
Emballage: Amaray (Keep case)
Duree: 84 min
Format d'image: 1.37:1
Type de disque: 1 DVD-9
Encodage: MPEG2
Disque standard: PAL
DISQUE 1
L'Ouest majuscule : entretien avec Bertrand Tavernier et Jean-Claude Missiaen (24min25s)
Bande-annonce d'époque(VO, DD 2.0 mono, 1min50s)
Galerie de photos rares
La Terre promise, un livre inédit exclusif de 80 pages qui se penche en profondeur sur le film et son tournage, écrit tout spécialement par Bernard Eisenschitz (journaliste et historien de cinéma).
Captures
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23/08/2011 01:30 par La Rédaction
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