Crash - DVD

Collision, 2004

Alertes
Crash
2,7
Image Star Rating 7
Son Star Rating 6
Interactivité Star Rating 3
note 2 country_flag dvd

Test DVD - Crash

Rédigé le 05 oct 2005 par Erwan DesboisErwan Desbois

Avis image
Star Rating 7
Avis son
Star Rating 6
Test technique

Rares sont les premiers films aussi ambitieux et aboutis que cette Collision (traduction française presque trop douce du titre original Crash) que l'on reçoit de plein fouet de la part de Paul Haggis, scénariste de Million dollar baby. Avec plus d'une dizaine de personnages principaux, ce dernier se place crânement dans la lignée de grandes fresques chorales comme Magnolia ou Short cuts, avec lequel Collision partage également un lieu (Los Angeles) et un regard ironique sur l'humanité. Haggis et son co-scénariste Robert Moresco sont aussi ambitieux que Robert Altman en son temps, puisque les bribes de vie des différents protagonistes dont l'on est témoin dans Collision sont reliées les unes aux autres pour former un seul récit, aussi multiple et tentaculaire que peut l'être L.A.


Un procédé ludique et accrocheur qui fonctionne à merveille car Haggis et Moresco ne tombent jamais dans le maniérisme et parviennent à créer un ensemble très homogène, dans lequel peu de scènes et de personnages sont en-deçà du niveau global. Les deux hommes profitent pleinement du rythme soutenu et de la galerie de personnages qu'offre cette construction scénaristique, et les mettent au service d'un regard sans concession sur les rapports humains et communautaires de nos jours. Avec la même foi en l'homme qui était déjà à l'œuvre dans Million dollar baby, Collision part du principe que chaque individu est important en tant que personne et peut réaliser de grandes choses ; mais démontre dans le même temps comment ces notions de libre-arbitre et d'interdépendance sont aujourd'hui viciées par la haine insidieuse et la suspicion que s'inspirent les différentes communautés sociales.


Dans cette situation de repli sur soi et de psychose permanente, la bonté naturelle de l'homme (tous les héros de Collision ont leur instant de grâce) est plus que mise à mal et laisse la place à des pulsions incontrôlables de peur et d'autodéfense. La mort rôde alors autour de tous les personnages, et se rapproche peu à peu d'eux dans la seconde moitié du film qui n'est plus composée que de séquences choc (un accident de voiture, une interpellation policière, un braquage en pleine rue…). La puissance de celles-ci est démultipliée par la mise en scène percutante de Paul Haggis, qui s'appuie en particulier sur une belle maîtrise du format cinémascope et nous projette constamment en première ligne de l'action.


Mais c'est sa liberté de ton qui impressionne le plus et fait de Collision une œuvre unique. Ni dénonciateur misanthrope ni bête mouton hollywoodien, Haggis trouve sa propre voix en teintant son humanisme d'ironie. L'ironie du destin et de la condition humaine, qui fait que rire et larmes se répondent continuellement (sur ce point, l'épilogue autour d'une voiture brûlée est exemplaire), que les rôles peuvent s'inverser en une fraction de seconde entre bons et méchants, et que la mort finit par frapper là où on ne l'attendait pas après s'être abstenue dans des situations qui paraissaient pourtant désespérées.


Devant la complexité des personnages et la qualité des situations et dialogues, il n'est pas surprenant que tant de stars (Don Cheadle, Matt Dillon, Thandie Newton, Ryan Philippe…) aient eu envie de prendre part à l'aventure. Tous apportent leur pierre à l'édifice dans des rôles le plus souvent à contre-emploi – même des acteurs « catalogués » comme Sandra Bullock ou William Fichtner étonnent alors qu'ils n'apparaissent que le temps d'une ou deux scènes – et participent à faire de Collision un exemple de cinéma américain à son meilleur, lorsque ses branches indépendante et commerciale se complètent au lieu de s'opposer.


Le zone 1 paru aux États-Unis quelques jours avant la sortie de Collision dans les salles françaises est plutôt chiche en bonus (proposés sans sous-titres, même anglais), trahissant de ce fait les origines indépendantes du film. Le plus décevant de la liste est sûrement l'introduction de Paul Haggis, qui dure quinze secondes – le temps pour le réalisateur de se présenter et de nous souhaiter un bon film. En deuxième position, le clip If I… de Kansascali, bouillie rap qui ne rend absolument pas honneur à la superbe bande-originale qui accompagne le long-métrage, et de laquelle au moins quatre chansons infiniment meilleures auraient pu être extraites.


La traditionnelle featurette suit les règles du genre, avec interviews enthousiastes mais superficielles des membres de l'équipe et images subliminales du tournage. Heureusement, le thème du film et ses ambitions supérieures à la moyenne rehaussent l'intérêt de l'ensemble en offrant quelques remarques pertinentes à Don Cheadle et Paul Haggis : tous deux insistent sur le fait que Collision ne vise pas à révolutionner le monde, mais simplement à décrire sans détours ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis et à faire réagir (voire réfléchir) les spectateurs à cela. On retrouve les deux hommes sur le commentaire audio en compagnie du co-scénariste Bobby Moresco, dans une ambiance détendue malheureusement plus propice aux blagues et autres anecdotes légères qu'à un décryptage du film et de sa production. Les trois hommes sont de plus des adeptes de la ligne de conduite « les acteurs sont formidables », ce qui devient vite lassant pour un film comme Collision qui compte une bonne dizaine de rôles principaux. Dans ces conditions, seuls quelques extraits trop disparates (par exemple la scène de fouille au corps, à propos de laquelle Haggis avoue sa terreur et son profond malaise au moment de la tourner) présentent un réel intérêt.


Techniquement, le DVD offre des conditions de visionnage honnêtes mais sans plus. Sur le plan sonore, on a ainsi le choix entre du Dolby Surround 2.0 et du Dolby Digital 5.1. Ce dernier présente une belle répartition de la musique sur les enceintes latérales et arrières, mais reste trop étriqué en ce qui concerne les effets sonores et l'ambiance générale. Le DVD canadien propose également une piste Dolby Digital 5.1 en français, au mixage moins convaincant et qu'il faut de toute façon éviter en raison du doublage québécois catastrophique (tous les personnages parlant avec le même accent, il devient plus difficile de comprendre leurs antagonismes).


En ce qui concerne l'image, les choix artistiques de Haggis (en particulier un grain assez marqué) ont été respectés, de même que l'ambiance évanescente dans laquelle baignent les séquences nocturnes. Le constat est cependant moins brillant en ce qui concerne la compression, qui gâche certaines scènes en donnant lieu à de nombreux fourmillements dans les arrière-plans et à de forts tremblements lors de certains mouvements panoramiques.

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