3 extrêmes - DVD

3 extrêmes, 2004

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3 extrêmes
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Test DVD - 3 extrêmes

Rédigé le 16 nov 2005 par Erwan DesboisErwan Desbois

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Test technique

Un petit joyau de conte fantastique, un exercice de style diaboliquement efficace et une version courte trop courte : voilà, sommairement résumés, les trois segments du film horrifique à sketches 3 extrêmes. Cette « suite » de 3 histoires de l'au-delà reprend le principe de son prédécesseur – soit un programme de trois moyens-métrages n'ayant en commun que leur double appartenance au genre fantastique et au continent asiatique – en passant à la vitesse supérieure. Les récits sont bien plus horrifiques que ceux un peu « mous » de la première compilation (en cela, 3 extrêmes fait honneur à son titre), et surtout les réalisateurs sont autrement plus connus.


Nouvelle cuisine

Le premier volet, Nouvelle cuisine, est ainsi l'œuvre de Fruit Chan, l'un des fers de lance de la nouvelle vague hong-kongaise. Plus connu pour ses drames sociaux (Duran, Duran, Made in Hong Kong), il réalise ici son premier film de genre et l'oriente logiquement vers une interprétation plus cérébrale que simplement distrayante – c'est tout du moins ce que devrait offrir la version longue de Nouvelle cuisine. La version proposée dans 3 extrêmes voit en effet sa durée réduite de moitié (quarante minutes au lieu de quatre-vingt), et la qualité du récit s'en ressent. Le premier quart d'heure est pourtant des plus attirants. Dans les pas d'une nouvelle cliente, on découvre l'élixir de jouvence et de beauté éternelle concocté par la mystérieuse Tante Mei, sous la forme de raviolis fourrés avec un ingrédient dont l'on vous laisse la surprise (peu agréable, voire insoutenable) de la découverte.


Nouvelle cuisine

Au cours de cette introduction, Fruit Chan manie avec habileté les effets horrifiques pour créer une ambiance pesante en même temps qu'il installe les bases d'une relation trouble entre les différents protagonistes de l'intrigue (Tante Mei, la cliente et le mari volage – joué par Tony Leung Ka-Fai – de cette dernière). Mais le temps file, et empêche tout développement des personnages ou du récit. Le final ironique sauve quelque peu les meubles, mais les coupes effectuées dans le scénario se ressentent trop pour que Nouvelle cuisine convainque dans ce format court. D'autant plus que le making-of (présent sur le second DVD) se charge de nous mettre l'eau à la bouche dans l'attente de la sortie du montage complet prévue pour février 2006. Si sa forme (celle d'une featurette à l'américaine, avec présentation aussi succincte qu'enthousiaste du thème du film et de ses participants) est quelconque, le fait qu'il s'agisse d'un making-of consacré à la version longue et non à la courte décuple son intérêt. Extraits de séquences inédites, détails sur l'approfondissement – conséquent – des relations entre les personnages et énoncé de la portée pamphlétaire du film (sur le thème « jusqu'où irons-nous pour ne pas vieillir ? ») font monter le buzz autour d'une œuvre qui pourrait tenir le haut du pavé au sein des sorties horrifiques à venir.


Making-of « Nouvelle cuisine »

Il n'y a par contre nullement besoin de devoir patienter plusieurs mois pour profiter pleinement des deux autres segments de Trois extrêmes, à commencer par celui de l'enfant terrible du cinéma coréen, Park Chan-wook (Old boy). Ce dernier s'adapte en effet sans problème aux codes du court-métrage, avec une intrigue qui combine les trois unités (lieu, temps, action) à une mise en scène virtuose et qui se clôt sur une pirouette bien amenée, aussi jouissive que gratuite. Gratuite, voilà l'adjectif que les détracteurs de Park ne manqueront pas d'accoler à nouveau au terme violence pour décrier Coupez !, qui décrit l'affrontement psychologique entre un « riche » réalisateur, Ryo, auquel tout réussit et un « pauvre » second rôle anonyme qui lui en veut d'être gentil et honnête en plus d'être gâté par la vie. Pour le lui faire payer, il menace de couper les doigts de sa femme pianiste s'il n'étrangle pas un enfant innocent…


Coupez !

Tordue, la situation l'est assurément, à l'image du face-à-face qui occupe le troisième acte de Old boy et auquel Coupez ! fait beaucoup penser par son alternance de grotesque (les références aux films de Ryo, digressions incongrues dans le suspense ambiant) et de gore exacerbé – car plusieurs doigts seront bien sûr tranchés, et Park n'est pas du genre à traiter de telles scènes à l'aide d'ellipses. Bien au contraire, le cinéaste continue à creuser son sillon pervers et amoral, quelque peu adouci dans le cas présent par une distanciation humoristique plus franche qu'à l'accoutumée. Le fait de faire du personnage principal un réalisateur offre en effet des possibilités de mise en abyme (le huis-clos se déroule dans un décor de cinéma calqué sur la maison de Ryo, les rebondissements font écho à ceux du scénario tourné par ce dernier) aussi réjouissantes sur l'instant qu'intéressantes à terme dans la résolution de l'intrigue.


Coupez !

Le making-of de ce jeu de massacre à double-fond est assez anecdotique. Après une première partie composée d'interviews du réalisateur et des trois acteurs (la plus intéressante est celle de Park Chan-wook, qui revient sur la genèse du projet et révèle au passage un ou deux secrets sur le script), il propose des images du tournage qui se concentrent sur la préparation de l'actrice – aussi maltraitée que son personnage, aux coups de hache près – et sur la scène de danse du film. Soit un bien maigre butin, là où on aurait espéré un commentaire audio de Park ou une étude détaillée de la réalisation des plans-séquences à la Panic room qui émaillent ce moyen-métrage.


Making-of « Coupez ! »

Si Coupez ! divertit par sa maîtrise de la démesure, La Boîte prouve de manière éclatante qu'il n'y a rien de mieux que le non-dit et la retenue pour marquer durablement les esprits au sein du genre fantastique. Ce dernier volet est l'œuvre de Takashi Miike, stakhanoviste du cinéma (sa filmographie présentée dans les suppléments est impressionnante, avec un minimum de quatre films par an) touché de temps à autre par la grâce, ce qui lui permet de réaliser plus que de simples films d'exploitation : le mémorable Audition hier, et donc La Boîte aujourd'hui. Le canevas de ce dernier est un duo de sœurs contorsionnistes dans leur enfance, et dont l'une semble hantée par le fantôme de l'autre une fois devenue adulte. Miike en tire une toile complexe et entêtante de saynètes à l'enchaînement incertain et à la mise en scène ouatée.


La boîte

De longs plans fixes, ou aux travellings très lents, et une bande-son dans laquelle non seulement la musique mais aussi les effets sonores et les dialogues sont réduits au minimum – ce qui aboutit à de nombreuses scènes absolument muettes – sont le prolongement visuel parfait d'un scénario où la réalité se dérobe sans cesse sous nos pieds. La réalisation de Miike fait de La boîte une œuvre tellement prenante, et où l'identification avec les personnages est si forte, que ce procédé n'apparaît jamais comme un moyen d'enchaîner les rebondissements à peu de frais. On est irrésistiblement happé par ce mystère, dont la fin ouverte – et plus poétique qu'« extrême » – ne donne qu'une envie : revoir encore et encore cette petite merveille, non pour comprendre le fin mot de l'histoire mais pour ressentir à nouveau l'ivresse de se perdre dans ses méandres.


La boîte

La qualité des suppléments suit la progression inverse de celle des films auxquels ils sont associés ; le making-of du segment de Miike est en effet le moins intéressant des trois. Hormis une courte interview (qui aurait gagné à être approfondie tant jouer dans une telle œuvre doit être une expérience à part) de l'actrice principale, il se résume à un montage répétitif d'images du tournage où l'on ne découvre pas grand-chose hormis que le réalisateur japonais est très directif sur un plateau.


Making-of « La boîte »

En plus du making-of, l'interactivité est composée pour chaque volet des filmographies de ses participants ainsi que d'une galerie photos. Ce double DVD est donc chichement doté en bonus, mais il se rattrape avec des menus à la fois beaux et très fonctionnels : pour résumer, chaque option (audio, chapitres…) est accessible à la fois de manière globale et pour chaque partie. Il est ainsi très aisé de visionner celles-ci séparément les unes des autres.


L'autre grande réussite de cette édition est sa section sonore. Les ambiances de chacun des trois sketches, bien que très différentes (effets horrifiques « classiques » pour Nouvelle cuisine, débauche de réverbérations et de hurlements de Coupez !, silence brusquement brisé par les dialogues ou les bruitages dans La Boîte), s'expriment à la perfection sur les pistes Dolby Digital 5.1 VO et VF. Et pour vous convaincre de passer à la VO, la phénoménale piste DTS plein débit devrait suffire : tout y est décuplé, de la puissance des effets choc à l'ampleur donnée à la musique et aux cris indispensables à tout bon film d'horreur. La spatialisation du home-cinema est également très bien exploitée, tandis que les basses s'en donnent à cœur-joie pour faire partager votre frayeur aux voisins.


Si elle est moins démonstrative, la qualité visuelle de 3 extrêmes est tout aussi remarquable. Les trois films bénéficient du même traitement, à savoir un master sans taches, des contrastes parfaitement appuyés et surtout une définition d'excellente facture. Le résultat est une image au piqué remarquable et à la netteté irréprochable dans toutes les situations. En bref, toutes les conditions sont donc réunies pour profiter au mieux de ces deux heures d'horreur asiatique.


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