Taste of tea (The) - DVD

Taste of tea (The), 2003

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Taste of tea (The)
3,5
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Son Star Rating 8
Interactivité Star Rating 7
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Test DVD - Taste of tea (The)

Rédigé le 07 nov 2005 par Erwan DesboisErwan Desbois

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Star Rating 8
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Test technique

Peu de films ont un effet aussi euphorisant que The taste of tea. Comme s'il s'agissait d'une denrée trop rare pour en abuser, on peut même limiter le nombre à un par an : Lost in translation l'an dernier, Arrête-moi si tu peux en 2003, Le voyage de Chihiro en 2002, Le fabuleux destin d'Amélie Poulain en 2001… Heureux élu du millésime 2005, le japonais Katsuhito Ishii reprend avec brio le flambeau de ses illustres prédécesseurs avec un film qui célèbre un bonheur sans prise de tête, fait de choses toutes simples.


La grande force du film est son absence de cadre scénaristique strict. Au lieu de raconter une histoire, Ishii en suit quatre, cinq, six, et prend un malin plaisir à les accumuler au lieu de les résoudre une par une. En cela, il se rapproche du documentaire, en plaçant sa caméra au sein d'une famille en apparence banale, les Haruno, et en suivant les évènements au fil des jours sans chercher à les organiser. Mais les fantaisies de chacun des membres de la famille et les péripéties qu'ils traversent font de The taste of tea un documentaire sacrément barré. Le grand-père se ballade en permanence avec un diapason pour vérifier qu'il tient bien la note, la fille cadette cherche à se débarrasser de son double géant qui la suit partout, et les deux oncles se disputent la palme du plus déconnecté de la réalité : tandis que l'un vit dans un univers kitsch-pastel et se compose pour lui-même une chanson d'anniversaire en forme d'ode à la montagne, l'autre raconte à son neveu comment il fut persécuté pendant son enfance par le fantôme d'un yakuza qui avait une merde sur la tête (!).


Ces saynètes sont autant de récits bien menés, étonnants et hilarants. Les rires francs qu'ils provoquent sont astucieusement contrebalancés par des intrigues plus sérieuses dans cette chronique plus douce qu'amère qu'est The taste of tea. Ainsi, le timide fils aîné découvre l'amour pour la première fois, et la mère s'attelle à la réalisation d'un dessin animé après plusieurs années de pause pour se consacrer à sa famille. Ces évènements peuvent paraître quelconques, voire insignifiants, mais Ishii nous en fait ressentir l'importance extrême pour les personnages par une mise en scène attentionnée et une utilisation poétique des effets spéciaux. En état de grâce, le réalisateur transforme les choses simples en belles choses, tout en évitant l'écueil de la naïveté.


Son patchwork d'humour et de tendresse ne se limite toutefois pas à la famille Haruno : c'est sur toute la culture japonaise qu'il porte un regard amusé et impertinent. La J-pop, les yakuzas, les super-héros de mangas (et leurs fans), les ados rebelles… Rien n'échappe à la moulinette euphorique de Ishii, qui fait preuve d'un talent génial de scénariste pour « croquer » d'aussi belle manière le comique de son pays sans jamais tomber dans la caricature. Mieux, il s'offre le luxe d'être accessible même à ceux qui n'ont qu'une connaissance très vague du Japon.


Scénario sans contrainte, trouvailles visuelles permanentes, humour frais et radieux : The taste of tea est une œuvre aussi étonnante que merveilleuse, un véritable concentré de joie de vivre sur pellicule. En voyant ce film, le bonheur semble simple. Simple comme un tour arrière autour d'une barre fixe, comme un dessin animé laissé en héritage, comme une bonne nouvelle apprise au téléphone. Simple comme un coucher de soleil. Simple comme The taste of tea.


Le double DVD que sort CTV en France est sur tous les plans la copie conforme de l'édition japonaise. On y trouve ainsi deux pistes audio (en version originale uniquement) en Dolby Digital 5.1 et DTS qui soutiennent superbement l'expérience envoûtante créée par Ishii. Le rendu de chaque bruitage est finement ciselé, et la spatialisation soignée nous projette littéralement au cœur de l'univers de la famille Haruno. Quant au caisson de basses, il est peu exploité mais le film ne s'y prête pas réellement.


Le constat est moins réjouissant en ce qui concerne l'image. Celle-ci souffre en effet d'une compression moyenne, qui entraîne des fourmillements gâchant les nombreux plans larges ainsi que les scènes peu éclairées. C'est là le seul défaut marquant d'un transfert par ailleurs honnête, qui associe à un master parfait un contraste appuyé et une colorimétrie rayonnante.


Les suppléments (intégralement regroupés sur le second disque) sont dominés par le superbe making of d'une heure et demie. La raison d'une telle durée est aussi simple qu'excellente : ce making of nous invite à découvrir le tournage de The taste of tea via les personnages du film, soit une demi-douzaine de têtes d'affiche et une vingtaine de seconds rôles (aux interventions plus anecdotiques). On a le droit pour chacun à un petit mot du réalisateur (sur l'écriture du rôle, le casting, les relations de travail…), à une interview de l'acteur ou actrice sur son expérience sur le tournage, et à un gros plan sur une ou deux scènes particulièrement marquantes pour des raisons artistiques, comiques ou techniques.


Loin d'être redondant et ennuyeux, ce dispositif apporte une réelle fraîcheur à ce genre de bonus, grâce à la spontanéité de Katsuhito Ishii et à la découverte du casting on ne peut plus hétéroclite du film (des acteurs reconnus au Japon côtoient des enfants et des amis non-professionnels de Ishii présents dans tous les longs-métrages de ce dernier). Le making-of parvient de plus à conserver un équilibre fort appréciable entre vision d'ensemble du long-métrage (les interventions éclairées et argumentées de Ishii) et petites histoires plaisantes du tournage. Le résultat est dès lors un vrai bonheur, qui nous fait partager l'atmosphère rieuse et créative qui a régné sur le tournage de The taste of tea, film auquel tous les participants semblent avoir pris beaucoup de plaisir à participer.


Ce plaisir du partage entre réalisateur, acteurs et spectateurs, voilà également ce qui ressort principalement des deux suppléments Entretiens avec l'équipe du film et The taste of tea à Cannes. Sous leur forme très superficielle et calibrée (le premier est un montage des présentations données par l'équipe du film au cours des différentes avant-premières de celui-ci au Japon ; le second ressemble par moments à un dépliant d'agence de voyages) pointent en effet des instants d'émotion non feinte, comme par exemple lorsque Ishii a les yeux remplis d'étoiles au lendemain de la projection en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, qu'il n'imaginait pas aussi parfaite même dans ses rêves. Le bonus sur la présentation du film à Cannes est également intéressant car il montre un exemple concret de la folie promotionnelle qu'est le Festival de Cannes, où les interviews semblent ne s'arrêter que pour laisser la place aux soirées.


L'interactivité se conclut avec un clip dessin animé. Derrière ce nom obscur se cache non pas le clip de la chanson déjantée Yamayo (littéralement « Montagne »), mais le petit dessin animé sur lequel travaille la mère de la famille. Celui-ci est présenté dans une version légèrement différente de celle du film, puisqu'il est accompagné d'une voix-off qui commente l'action en accord avec le ton comique de l'ensemble.

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