Immortel (ad vitam) - DVD

Immortel (ad vitam)

Immortel (ad vitam)
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LE FILMStar Rating 5
IMAGEStar Rating 8
SONStar Rating 6
BONUSStar Rating 7
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TEST TECHNIQUE

05 oct 2004 Par Thomas Douineau

Au premier abord, il est très difficile d'appréhender les images d'Immortel en DVD. Ce qui est à la fois une qualité et un défaut. Une qualité, car cela veut dire qu'elles transmettent sans les dénaturer les intentions du réalisateur, qui voulait un film hybride aux images inédites. Un défaut, car cela risque d'en dérouter plus d'un. En effet, ce DVD propose des plans qui, à l'image de l'expérience en salles, ne ressemblent à rien de connu. Grain volontairement très prononcé destiné à « salir » les images en 3D pour mieux les incorporer aux décors réels, colorimétrie abstraite, saturation des couleurs irréelle, échelle des gris artificielle, ne font que malmener une compression pourtant bien gérée. Devant une telle manipulation et un tel mélange des images, difficile de voir ce qui relève des défauts du numérique ou d'une intention artistique pleinement assumée. Finalement, on ne peut que féliciter les responsables de l'encodage qui ont dû jongler entre les deux extrêmes, les limites d'un support à certains moments, et ces mêmes limites qui se transforment en volonté d'autre part.

Car on pourrait presque dire, en poussant le bouchon un peu loin, que les artefacts ou autres défauts inhérents au DVD participent en fait activement aux images hybrides, au même titre que le mélange des rendus informatiques ou argentiques lors du tirage de la copie film. Certains noirs sont d'une profondeur telle qu'ils semblent calés sur un niveau vidéo en-deçà de ce qu'il est communément admis, alors que certains gris paraissent « passés » et colorés. La fabrication des images ayant des origines tellement diverses (entre rotoscopie, images de synthèses, prises de vue réelles, matte-paintings), on peut difficilement parler de transcription vidéo d'une image film. Toujours est-il que la définition est splendide et que le piqué des images, quand il n'est pas artificiellement détérioré, est plus que précis (gros plans sur les visages de Linda Hardy et Thomas Kretschmann). Malgré la présence de quatre pistes son gourmandes en place, la fluidité n'est pas en reste. Seuls quelques arrière-plans ont tendance à fourmiller plus que de raison, mais le master anamorphique utilisé est extrêment propre et lumineux. De manière assez étrange, le final sur la tour Effeil laisse entrevoir de curieux halos autour des corps, tandis que des artefacts assez visibles apparaîssent sur le métal de la Tour. Alors, Immortel en DVD, bon ou mauvais? Ni l'un, ni l'autre, au spectateur de juger d'un point de vue artistique. CQFD.

N.B. : Le lecteur remarquera sur les captures d'écran qui illustrent cette critique un underscan assez curieux (légères bandes noires à gauche et à droite de l'image), absolument pas décelable sur un téléviseur classique (qui, rappelons-le, possède un overscan, en plus de cacher déjà une partie de l'image) mais parfaitement visible sur un vidéoprojecteur, ce qui est toujours perturbant pour ceux qui ont un écran parfaitement callé à la dimension de l'image projetée.


Disons-le tout de suite, en ce qui concerne le son, malgré les efforts techniques déployés (mixage Dolby Digital 5.1 EX et DTS 5.1 matrix), Immortel en DVD est une déception.

En effet, quelle que soit la piste choisie, l'ensemble manque de relief, d'ouverture sonore et de dynamisme. Toutes les informations sont là, mais sans « punch ». Le manque de dynamisme et la « petitesse » des basses font naître un sentiment de frustration chez le DVDphile. Que ce soit en DTS ou en DD, les mixages ne remplissent pas un espace sonore que l'on est en droit d'attendre d'un tel film. Immortel se prête pourtant à une avalanche de sons et d'effets, normalement parfaitement étagés, subtils, et ayant beaucoup de « corps » ou d'impact, comme tout mixage moderne de long métrages de science-fiction. Cela ne veut pas dire en faire trop, mais au moins procurer un son à la dimension spectaculaire des images.

Au lieu de cela, tout paraît trop timide, que ce soit la musique, les effets ponctuels ou encore les basses. La spatialisation est étriquée, et il faut pousser le volume pour se sentir immergé dans l'action à cause d'un équilibre des voies déficient. En effet, l'essentiel des pistes son est concentré vers l'avant. Les ambiances sont peu audibles, bien que les enceintes arrière soient sollicitées par moment par des effets ponctuels (sur le canal central arrière notamment), mais de manière trop sporadique ou trop discrète.

Nous sommes pourtant en présence de ce qui se fait de mieux en matière de normes sonores. Alors à quoi est-ce dû ? À une volonté artistique de faire une bande-son intimiste ? À un mauvais encodage des bandes-son sur DVD, mal configurées pour un usage domestique (les pistes sonores d'un fim étant toujours retravaillées pour correspondre aux exigences du home cinéma, qui ne sont pas les mêmes que celles de la projection en salles) ? Ou tout simplement à un mixage fait par des ingénieurs du son français, moins expérimentés que les Américains sur ce type de film, ou maîtrisant moins bien les technologies, aboutissant à un mixage sans relief ? Cette dernière option nous paraît peu plausible vu la qualité de travail de certains sound-designers français (il suffit de réécouter la bande-son du récent Convoyeur pour s'en convaincre) ou la compétence des consultants et/ou mixeurs DTS disponibles en France.

C'est d'autant plus étrange que ces considérations n'épargnent ni la VO, ni la VF (le passage de l'une à l'autre étant impossible à la volée). Restons néanmoins mesuré : la bande-son d'Immortel existe tout de même, mais toutes les informations qui la composent semblent mises en valeur d'une manière nettement moins convaincante que ce que l'on a l'habitude d'entendre par ailleurs.

Difficile en plus de cerner l'apport qualitatif du DTS sur le Dolby Digital. On peut noter tout de même un léger mieux dans la transcription des basses, ou une tessiture plus agréable de la musique. Dans les deux formats, les dialogues sont parfaitement restitués et très intelligibles. La différence se fait plutôt entre la VO et la VF (le film, malgré son origine française, a été tourné en anglais). En effet, la VO, surtout en ce qui concerne les voix, est plus équilibrée et plus chaleureuse. La VF pâtit quant à elle d'un doublage parfois calamiteux de certains personnages.

N.B. : Les pistes DTS et Dolby Digital contiennent bien le « flag » de détection pour votre ampli, et ce, en anglais comme en français. Le bon format sera donc autodétecté.

TEST DES BONUS

05 oct 2004 Par Thomas Douineau

TF1 Vidéo nous offre une édition Collector soignée du film d'Enki Bilal, agrémentée de nombreux bonus et présentée sur deux disques. Première constatation : les menus, d'un disque à l'autre, ne reprennent pas le même graphique ni les mêmes caractéristiques. Ils sont simples, légèrement animés et sonorisés en 5.1 pour le disque contenant le film, et au contraire très graphiques, reprenant des images du film et bénéficiant d'une animation poussée pour le disque de suppléments, uniquement sonorisés en stéréo.

Disque 1

La navigation se fait sobrement et de manière fluide. On y trouve un accès aux 12 chapitres par l'intermédiaire de vignettes animées et musicales. Outre la article-details_c-trailers pour le DVD de bonus (sic !) et le lien internet, le principal supplément de ce DVD est le commentaire audio d'Enki Bilal. Malheureusement, bien que l'on soupçonne l'homme passionné et ayant des choses à dire, on ne le sent pas très à l'aise avec l'exercice. Il a un peu trop tendance à paraphraser ce que l'on voit à l'image. Cela dit, il revient souvent sur le caractère hybride de son film, et évite d'être trop technique en évoquant certains procédés de fabrication (rotosocopie…). Il regrette ainsi certaines limites des images de synthèse et reconnaît le risque et le challenge qu'induit le mélange de personnages 3D et d'acteurs réels. Souvent sincère, il parle aussi de ses références (la BD, Baudelaire, ou encore le film Brazil…)

Disque 2

L'essentiel de l'interactivité se trouve logiquement sur ce disque de bonus.

Il commence par une intéressante discussion (16/9, 39min 39s) entre Enki Bilal et son coscénariste, Serge Lehman (par ailleurs également écrivain). Ce document est étonnamment sous-mixé. Toute la première partie où les deux hommes tentent de définir la science-ficition est passionnante. Après avoir longuement discuté de cette « métaphore du réel », ils embrayent sur le cinéma de genre, sur leur liberté de création, pour finir sur le pouvoir de suggestion des images. On sent les deux protagonistes prompts à philosopher, ce qui peut vite provoquer l'ennui quand les deux compères se lancent dans une théorisation du cinéma. En revanche, ils ont un regard lucide quand ils cherchent à comprendre le cinéma français et à trouver des pistes de travail pour le rendre plus global, plus accessible au plus grand nombre, sans passer par une standardisation forcément réductrice. On n'échappe pas à quelques lieux communs qui ne font pas avancer les choses, mais nous partageons aussi leurs points de vue quant ils parlent des films que l'on aimerait voir dans le cinéma contemporain.

Le bonus avant-premières (16/9, stéréo, 8min 9s) revient sur la tournée du réalisateur dans différents cinémas (ici, exclusivement parisiens) lors de la sortie en salles. On le voit présenter son film avant les projections et répondre à quelques brèves questions. On notera que la article-details_c-trailers du film sert ici astucieusement de transition entre l'avant et l'après-projection.

Cette confrontation avec les spectateurs se poursuit au travers des rencontres avec le public, où Bilal s'exprime lors d'une Master Class Fnac (16/9, 20min 52s), interviewé par des journalistes de CinéLive. Pas très bien réalisé, et avec des sautes de niveaux sonores suivant les plans, ce document est pourtant intéressant. Le réalisateur explique pourquoi il a déplacé l'action à New York, et en profite pour nous livrer une étonnante anecdote sur le 11 Septembre et l'emplacement de la tour Eugenics dans Immortel. Bilal parle de ses inspirations, des films qui l'ont honteusement pompé (Stargate, pour ne citer que lui…), de religion et de politique, sujets se dégageant fortement de ses BD mais bien moins présents dans son film, peut-être parce que le média s'y prête moins et que, comme il l'explique lui-même, cela l'intéresse beaucoup moins en ce moment.

Une autre section des suppléments de ce disque est plus spécifiquement dédiée à la musique du film. On y trouve une interview de Goran Vejdova (3min 44s), le compositeur, qui rejoint l'avis général entendu à longueur de suppléments en précisant que, au-delà des hommes, le projet lui-même a bénéficié d'une énorme liberté artistique. Il parle de son travail non sans nous faire penser à un certain Vangelis, s'exprimant sur Blade runner : dans ce type de film, la musique est intimement liée au travail de sound-designing, pour créer tout un environnement sonore plus qu'une partition musicale intrinsèque. Le DVD offre par ailleurs un accès à 18 plages musicales regroupant près de 50 minutes de musique inédite.

L'interactivité se poursuit avec deux making of, l'un artistique et l'autre technique. Le premier (4/3, stéréo, 36min 05s) parle de l'origine du projet, de sa faisabilité et de son caractère hors pair qui a pris corps grâce à la collaboration du studio DURAN, spécialiste français des effets numériques.

Le deuxième (30min 29s), making of technique, chapitré (12 sections), propose un voyage dans le studio DURAN, au travers de toutes les technologies utilisées pour Immortel. De nombreuses photos, dessins, storyboards et extraits vidéo servent à illustrer le travail de motion control, de compositing, de rotoscopie, de tracking. Bref, un passionnant catalogue de toutes les technologies actuellement disponibles. Ce document ce termine sur un extrait du clip présenté au festival de Cannes 2001. On y découvre un film plus proche de la BD et moins réaliste, très différent (en bien ? en mal ?) du résultat final.

Cette introspection se termine par un document des plus magiques très éloigné de l'univers du film : Enki Bilal face à son atelier (4/3, 8min 30s). Disponible avec ou sans commentaire, le réalisateur se filme dans son « refuge », mettant une dernière touche à son dernier album, Le Sommeil du monstre. Et là, on voit l'artiste : quel coup de crayon, quelle touche de pinceau ! On y voit sa main fignoler certaines vignettes qui sont autant de peintures ! Il utilise différentes techniques et explique son amour de la matière. Il est en train de se demander s'il va accepter la proposition du producteur Charles Gassot d'en faire un film. Les dernières minutes nous montrent son atelier quatre ans plus tard, le sol jonché de nombreux dessins et fabuleux croquis faits pour ce fameux film qu'il a finalement accepté et qui s'intitule Immortel : la boucle est bouclée…

Voici donc une édition riche en suppléments (pas toujours irréprochables techniquement : cf. les différences de niveau sonore d'un document à l'autre), qui nous fait découvrir un Bilal défendant sincèrement et intelligemment son film. L'entendre nous fait toujours penser que c'est un formidable artiste, mais plusieurs documents nous confortent dans l'idée que le cinéma n'est pas le terrain d'expression sur lequel il excèle, son imaginaire et son univers ressortant avec beaucoup plus de force et d'énergie dans ses peintures ou ses BD.

CETTE EDITION

Disque 1: Immortel (ad vitam)
Emballage: Digipack
Duree: 102 min
Format d'image: 1.85:1
Type de disque: 2 DVD-9
Encodage: MPEG2
Disque standard: PAL

DISQUE 1

  • Livret de 16 pages
    DVD 1 :
    Commentaire audio de Enki Bilal
    Bande-annonce du DVD 2

    DVD 2 :
    Making of
    Making of technique (réalisé par les équipes des effets visuels)
    Discussion avec Serge Lehman (co-scénariste)
    Les avant-premières
    Rencontres avec le public
    Document : Enki Bilal face à son atelier
    Interview de Goran Vejvoda (compositeur)
    50 minutes de musique inédite

Captures


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La Rédaction 02/04/2007 19:48 par La Rédaction

[DVD] Immortel (ad vitam) - Zone 2

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