La Ligne rouge - Blu-Ray

La Ligne rouge

Ligne rouge (La)
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LE FILMStar Rating 9
IMAGEStar Rating 9
SONStar Rating 10
BONUSStar Rating 8
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TEST TECHNIQUE

13 mai 2011 Par Julien Foussereau

Fox Home Entertainment se décide enfin à commercialiser La Ligne rouge en Blu-ray à l'occasion de la sortie du très attendu Tree of Life. Les spécifications techniques sont conformes à ce que l'on était en droit d'attendre : un transfert 1080p / AVC. Le bond technique est bien présent par rapport aux éditions précédentes SD, en étant notamment un tantinet plus lumineux que le Zone 1 Fox DTS plein débit. Terrence Malick étant un auteur de films sensoriels reposant à fond sur le visuel, le DVD avait une tendance à brider ces derniers. Depuis que ses œuvres sont éditées en Blu-ray, le mot qui revient le plus souvent est « redécouverte ». La Ligne rouge n'échappe pas à la règle. Le surplus de définition rend réellement justice aux cadres amples et travaillés de Malick. La lumière, 90% naturelle et amplifiée par des réflecteurs, magnifie les visages crasseux de la Charlie Company débarquée à Guadalcanal. La photographie de John Toll voit sa patine terreuse et élémentaire accentuée par les possibilités techniques de la haute définition. L'amélioration en termes de piqué est globale : la nature sauvage océanienne rivalise de beauté avec les plus beaux docus animaliers de la BBC. Il en va de même pour les contrastes et l'échelle de gris.

 

On serait bien tenté de donner la note maximale à ce transfert. Seulement, le comparatif avec le magnifique Blu-ray Zone A de Criterion est révélateur à plus d'un titre. Et il joue en la faveur de ce dernier. Attention, ce n'est pas un coup de massue ! La victoire se révèle plus tranquille et subtile. En jetant un œil sur les suppléments, beaucoup aurait pu penser que Fox Home Entertainment avait acheté les droits d'exploitation du master Criterion car la définition générale et le piqué sont identiques. Même chose en ce qui concerne la propreté. La différence se situe dans le réétalonnage du master Criterion supervisé par John Toll et approuvé par Terrence Malick dans le sens où la palette colorimétrique a été légèrement désaturée. Un correctif qui n'est pas sans conséquence sur la tenue générale du métrage car la principale bénéficiaire est la diffusion de la lumière. Le résultat s'avère étonnant sur certains passages : les aspérités sur les casques moulés des G.I. ressortent comme jamais auparavant, la profondeur de champ est spectaculaire avec un détachement des personnages par rapport à l'environnement. De plus, les rares occurrences de solarisations présentes dans les cieux sur le master Fox sont balayées et les contrastes en très basse lumière sont beaucoup plus nuancés et fluides. Il n'y a bien qu'un seul passage qui tourne à l'avantage du master Fox, il s'agit d'un plan d'Elias Koteas juste après le débarquement où les manipulations colorimétriques de John Toll affichent quelque peu leurs limites (timecode Fox 29min10s, Criterion 29min20s).

 

John Toll explique lui-même que les intentions photographiques de La Ligne rouge étaient placées sous le signe du réalisme immersif. Ce n'est donc pas un hasard si Malick choisissait pour la première fois de sa carrière un ratio 2.40:1 afin de trouver le bon compromis entre émerveillement panthéiste et rapprochement de la vision humaine. Les nouvelles technologies de postproduction lui ont permis de retravailler le master original pour coller encore plus auxdites intentions. L'auteur de ces lignes tient également à faire part de sa théorie concernant cette différence de master entre les deux éditions. Il est fort probable que Criterion, qui souhaitait ajouter Malick à son prestigieux catalogue depuis des lustres, a financé lui-même le télécinéma et la restauration du master HD 4K tiré à partir du négatif 35mm original. Voilà qui devait bien arranger les affaires de la Fox car elle pouvait ainsi récupérer le master nettoyé. En revanche, la supervision du réétalonnage et le process colorimétrique restaient la chasse gardée de Criterion.

 

Ceux qui possédaient le Zone 1 Fox DTS plein débit se souviennent d'un mix pour le moins impressionnant mais qui se différenciait peu du mix Dolby Digital 5.1, si ce n'est sur les descentes de graves. Là encore, le Blu-ray Fox Home Entertainment a bénéficié du travail de restauration sonore de Criterion. La piste magnétique 5.1 a été rigoureusement nettoyée avec Pro Tools HD et surtout elle a été encodée sur 24 bits (contre 16 auparavant). Le résultat est bouleversant : on n'avait jamais entendu La Ligne rouge de la sorte, même au cinéma. Les dialogues et voix-off sont d'une compréhension limpide. Ce n'était pas toujours le cas en salles en raison de systèmes sonores pas toujours au top. La balance entre la (brillante) musique de Hans Zimmer et la richesse de l'environnement sauvage de Guadalcanal est au-delà de tout reproche.

 

Ce n'est pas un hasard si, avant de démarrer le film sur le Blu-ray Criterion, on peut lire l'encart suivant : « Director Terrence Malick recommends that The Thin Red Line be played loud ». Même si elle est loin d'être une simple recommandation de métalleux, elle n'en demeure pas moins juste : tout contribue dans La Ligne rouge à envelopper le spectateur et le projeter dans un univers sensoriel et vivant. De l'ouverture sur In Paradisum de Gabriel Fauré au chant mélanésien final en passant par les compositions magnifiques de Hans Zimmer, on assiste à un festival de sonorités où la simple goutte d'eau est rendue avec le même soin qu'un coup de feu de carabine M1 ou une explosion de mortier. L'écoute se fait plus précise, plus ronde de par un échantillonnage de la piste DTS-HD Master Audio 5.1 à plus de 4 Mb/s sur la galette Criterion. En raison de l'ajout du doublage français DTS 5.1 mi-débit (non-écouté car sa pauvre qualité gâche horriblement le spectacle), le taux d'échantillonnage du Blu-ray Fox Home Entertainment est légèrement inférieur mais, concrètement, sa déperdition acoustique est minime.

TEST DES BONUS

13 mai 2011 Par Julien Foussereau

Saluons l'effort de Fox Home Entertainment pour avoir mis la main au porte-monnaie afin que les miséreux européens puissent se satisfaire de quelques suppléments. Et pas n'importe lesquels puisque Fox a pioché directement chez Criterion.

 

A commencer par l'excellent commentaire audio assuré par le directeur artistique Jack Fisk, le directeur de la photographie John Toll et le producteur Grant Hill. En un mot, cette piste informative est un bijou. Un peu brut, parfois désordonné, ce commentaire n'en demeure pas moins une source d'information précieuse, peut-être plus encore que celui des Moissons du ciel car, en 12 ans seulement, les souvenirs sont moins abîmés par le temps. Les méthodes de travail y sont mieux décrites. Ainsi, La Ligne rouge fut tournée en 150 jours avec trois équipes techniques : la principale donc, la seconde en renfort pour les combats dans le Queensland australien, la troisième dite anthropologique, très réduite et envoyée à Guadalcanal pour y filmer le quotidien mélanésien dans le village construit de toutes pièces par Jack Fisk ainsi que la faune et la flore (avec des instructions précises sur les oiseaux à filmer).

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, tourner La Ligne rouge ne fut pas un tournage difficile (nettement moins que son échafaudage). Pour tordre le cou à la légende, Malick avait franchement la trouille après 20 ans d'absence et craignait de ne pas pouvoir gérer une telle logistique. Il fut tellement effrayé à l'idée de filmer des batailles qu'il avait songé à engager Renny Harlin pour s'en occuper avant que Grant Hill ne le pousse à innover ! C'est là qu'entra la fameuse grue Akela, nécessaire vu la nature escarpé du terrain, qui permit ces mouvements de caméra complètement déments de glissade dans les hautes herbes. Il avait, en quelque sorte, inventé une horizontalité à cet outil. Cette confiance retrouvée fut liée au soutien sans faille de l'équipe et des comédiens qui s'investirent plus que de raison. Ce commentaire vaut de l'or. Vraiment.

 

La Ligne rouge : le point de vue des acteurs (23min, SD) regroupe les souvenirs de Jim Caviezel, Dash Mihok, Elias Koteas, Kirk Acevedo, Thomas Jane. Bizarrement, les interventions de Sean Penn présentes sur le disque Criterion ont disparu. Dash Mihok fut marqué par le camp d'entrainement qui développa un sentiment de camaraderie fort, au point de rester souvent ensemble même quand le planning ne justifiait pas leur présence sur le plateau. Leurs uniformes n'étaient jamais lavés. Désinfectés certes, mais l'odeur était franchement intenable. Thomas Jane délivre peut-être l'information la plus étrange : les directives de Terrence Malick étaient toujours elliptiques et poétiques. L'acteur texan ne les comprenait pratiquement jamais. Et pourtant, il faisait très souvent mouche. Le passage le plus émouvant est celui d'Elias Koteas qui avoue que cette expérience l'a définitivement changé au point de cultiver une certaine humilité depuis.

 

Montage de la Ligne rouge : donner forme au film de Terrence Malick (24min, SD) démarre avec le chef monteur Billy Weber faisant part de sa séquence préférée assemblée par Leslie Jones, celle du repos après l'assaut dans le camp japonais (étrangement, c'est également celle de l'auteur de ces lignes). Elle reflète, selon Weber, l'esprit Malick. Le premier montage fit cinq heures et Weber força le cinéaste à le visionner, chose que ce dernier ne fait jamais. On a souvent comparé Malick à Kubrick. Des similitudes peuvent apparaître dans le côté technicien accompli, chercheur érudit aussi méticuleux qu'obsessionnel. Mais pas pour les mêmes raisons. Ce qui les différencie réside clairement dans la postprod. Kubrick était connu pour exploser les durées initiales de tournage et multiplier les prises jusqu'à l'écœurement. Malick prévoit large, tourne énormément (on parle de 300 heures de rushes pour La Ligne rouge) et a surtout retenu la leçon des Moissons du ciel en respectant les délais. Cela dit, le travail démarre réellement au montage étalé sur une durée oscillant entre 18 mois et deux ans. Là, Malick peut rendre fou son équipe de montage  en lui demandant de retrouver 10 images précises pour donner vie à une scène. « En général, quand un monteur a travaillé avec Terry, plus rien n'est difficile après ! ». Malick cherche, tâtonne avant de tenir une piste qu'il exploitera jusqu'au bout. C'est pour cette raison que le caporal Fife, interprété par Adrien Brody, devait être le personnage central avant d'être abandonné au profit de Jim Caviezel. En ce sens, Malick est peut-être un des plus grands sculpteurs cinématographiques contemporains dans la mesure où il créé un univers ultra développé avant de passer au modelage puis au rabotage pour enfin arriver à un résultat qui lui ressemble.

 

Hans Zimmer : à propos de La Ligne rouge (16min, SD) n'a pas oublié cette expérience à part dans sa carrière. Tout d'abord parce que Malick s'était installé chez Zimmer pendant des mois et qu'il refusait de parler littéralement de la musique. Ils se sont d'ailleurs disputés comme des chiffonniers sur la pureté d'une tierce ou quintette. Pourtant, Zimmer reconnaît, sans langue de bois, que Malick a une approche non conventionnelle de la musique mais il est certainement le cinéaste à l'oreille la plus développée avec qui il a collaboré. Zimmer fut le premier surpris dans la salle de montage de voir à quel point sa musique donnait un nouveau souffle aux images déjà superbes de John Toll. C'est la seule fois où il a ressenti une telle symbiose.

 

Huit scènes coupées (14min, SD) sans musique et en son direct. Elles donnent un aperçu de la foultitude d'histoires parallèles qui ont sauté pendant le montage. Parmi les huit, on en trouve une où Nick Stahl s'acharne avec une violence inouïe sur un soldat japonais ainsi que des fragments avec Mickey Rourke en sniper encore plus à l'Ouest que John Savage.

 

On termine avec cinq bobines d'actualités d'époque relatant Guadalcanal (16min, SD) insistant bien sur l'héroïsme des boys, omettant de montrer combien ils en chiaient dans des conditions insoutenables, et la bande-annonce.

 

Criterion aura gardé pour lui les passionnants entretiens de la directrice de casting Dianne Crittenden et de Kaylee Jones, la fille du romancier James Jones. D'autant que tous les suppléments de Criterion sont diffusés en 1080i... Disparues les sept minutes de chants mélanésiens. Bien sûr, on ne trouvera pas non plus le magnifique petit livret propre à l'éditeur américain dans lequel on pouvait lire le superbe essai This Side of Paradise de David Sterritt et l'article de James Jones sur les films de guerre bidon parue dans le Saturday Evening Post du 30 mars 1963.

 

Apport HD : Un Terrence Malick en Blu-ray non zoné, ça ne se refuse pas ! Même si le transfert n'est pas autant à couper le souffle que celui de l'éditeur new yorkais, c'est quand même du putain de beau matériel et une amélioration énorme par rapport au DVD FPE commercialisé il y a 11 ans. La piste DTS-HD envoie sévèrement le bois. Et Fox Home Entertainment a fait un gros effort éditorial en achetant les suppléments les plus pertinents de Criterion. Donc, si vous n'avez pas de platine américaine ou de lecteur multizones, vous pouvez sans hésiter vous rabattre sur cette édition on ne peut plus recommandable.

CETTE EDITION

Disque 1: Le film
Emballage: Boîtier Blu-Ray
Duree: 170 min
Format d'image: 2.35:1
Type de disque: 1 BD-50
Encodage: AVC
Résolution: 1080p

DISQUE 1

  • Tous les suppléments sont diffusés en résolution SD et sous-titrés français

     

    Commentaire audio du producteur Grant Hill, du chef opérateur John Toll et du directeur artistique Jack Fisk

     

    La Ligne rouge : le point de vue des acteurs (23min)

     

    Montage de la Ligne rouge : donner forme au film de Terrence Malick (24min)

     

    Hans Zimmer : à propos de La Ligne rouge (16min)

     

    8 scènes coupées (14min)

     

    5 bobines d'actualités d'époque sur la bataille de Guadalcanal (16min)

     

    Bande-annonce 

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La Rédaction 13/05/2010 19:36 par La Rédaction

[Blu-Ray] La Ligne rouge - Zone 0

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