Easy riders, raging bulls - DVD

Easy riders, raging bulls, 2003

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Easy riders, raging bulls
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Test DVD - Easy riders, raging bulls

Rédigé le 28 oct 2004 par Sandy GilletSandy Gillet

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Test technique

Nous sommes en 1969 et le fulgurant succès d'Easy Rider, film à petit budget signé Dennis Hooper, alors inconnu du grand public et des studios, installe progressivement à Hollywood une génération de jeunes metteurs en scène alors avides de changements. Dès lors, le monde apprend à connaître les noms de Coppola, Lucas, Spielberg, Scorsese, Schrader, Peckinpah…, et découvre à l'écran de jeunes acteurs tels que Robert de Niro, Al Pacino ou encore Jack Nicholson, qui symboliseront jusqu'à la caricature cette profonde mutation de l' « establishment ».
Easy riders, raging bulls est l'adaptation du livre plutôt controversé de Peter Biskind, plus connu en nos contrées sous le titre Le Nouvel Hollywood. Controversé, car il s'apparentait plus à une sorte de déballage ultra « trashy » sur le monde people (à base d'interviews racoleuses et par là même fascinantes) qu'à une volonté manifeste de rendre compte d'un phénomène qui a tout simplement révolutionné le paysage hollywoodien de ces trente dernières années.


Denis Hooper réalisant Easy Rider

Si le livre n'avait finalement pas grand-chose à voir avec le cinéma au sens viscéral du terme, il permettait cependant de mettre le doigt sur un constat qui depuis a été repris et développé jusqu'à plus soif (on pense ici à Une décennie sous influence, l'autre documentaire proposé à la même date par Wild Side et réalisé par Ted Demme). À savoir que, si cette période, s'étendant de la fin des années soixante au début des années quatre-vingt, est le dernier âge d'or d'Hollywood, elle portait en son sein les germes de la dégénérescence actuelle du système. La démonstration est claire et rectiligne. Fin des années soixante, les grands studios sont à l'agonie. Produisant des films chers et peu ou pas rentables (Cléopâtre, Traître sur commande, Hello Dolly, La Kermesse de l'Ouest…), ils sont par exemple obligés de vendre des terrains ou de détruire des décors permanents. N'étant plus en phase avec un public et une société américaine en pleine effervescence (phénomène hippie, guerre du Viêt Nam), les vieux nababs passent la main à de jeunes producteurs (Bert Schneider, Bob Evans…) qui vont permettre à de jeunes cinéastes de faire leurs preuves. La suite de l'histoire, on l'a connaît : ils donneront des chefs-d'œuvre et des classiques tels que Bonnie and Clyde, Rosemary's baby, La Dernière Séance, Easy rider, Macadm cowboy, Le Parrain, Taxi driver, La Horde sauvage… Mais fort de ces succès artistiques et souvent commerciaux, la plupart vont perdre les pédales au sein d'un univers où l'art, l'argent et surtout la drogue ont donné libre cours aux excès les plus extravagants et les plus inattendus. Seuls survivront à cela ceux qui auront assimilé le système hollywoodien. C'est le temps des Apocalypse now, Les Dents de la mer et autres Star Wars, qui vont façonner le paysage « blockbusterien » d'aujourd'hui.


George Lucas en 1969 sur le tourgage des Gens de la pluie de Coppola

Le documentaire de Kenneth Bowser revient finalement avec beaucoup plus de rigueur sur la chose que le livre de Peter Biskind. Si l'on perd en effet un peu en déclarations sulfureuses et accusations, a posteriori on gagne en didactisme et efficacité historique. De toute façon, la période est tellement passionnante qu'il est inutile de vouloir nous aguicher… On regrettera tout de même que parmi les nombreux intervenants, certains (Steven Spielberg, George Lucas…, pour ne pas les citer) n'aient pas voulu se prêter au jeu. Il est vrai qu'au sein du livre, parmi les nababs actuels d'Hollywood, ils étaient de ceux qui s'en prenaient le plus dans la tronche. Comme le dit si justement Richard Dreyfuss, « Si certains ont un peu moins d'humour, c'est que de toute façon la réalité était bien pire. » (sic !)


Martin Scorsese en 1967

Parmi les choses que l'on pourra aussi regretter dans ce DVD, c'est la disparition de l'heure et demie d'interviews supplémentaires, présente en guise de bonus au sein de l'édition américaine. Intitulé More sex, drugs and rock & roll, ce document permettait de développer certaines questions trop vite abordées dans le film, ou encore d'entendre parler le célèbre chef op Gordon Willis. On mettra cela sur le compte de droits d'achat trop élevés au vu du potentiel commercial du DVD sur le marché français. À la place, Wild Side nous propose une interview du réalisateur Kenneth Bowser, produite par ses soins et Fenêtre sur Prod, nous permettant de découvrir un personnage réellement passionné et sans langue de bois quant à l'état du cinéma aujourd'hui dans son pays. On remarquera aussi qu'il mentionne par deux fois la version longue du film (la fameuse heure et demie mentionnée un peu plus haut) qui n'est donc pas offerte sur cette édition.


Kenneth Bowser

Côté image et son, l'analyse est ici peu pertinente, considérant la nature même du film qui est composé à plus de 50% d'images d'archives prises en l'état. Les interviews étant, elles, proposées dans une vidéo au-dessus de tous soupçons. Et pour ceux qui sont allergiques à langue de Shakespeare une version française est disponible.

En conclusion, pour ceux qui s'intéressent un tant soit peu au cinéma, ce documentaire est tout à fait recommandable, à condition tout de même qu'il soit associé à la lecture du livre Le Nouvel Hollywood. Un pendant incontournable constituant de fait la force et la faiblesse de cet exercice, au demeurant passionnant.

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