Bienvenue stranger!
Les enchères
Les jeux
Crossing guard - DVD
Crossing guard, 1995
Test DVD - Crossing guard
Rédigé le 27 jan 2005 par
Thomas Douineau
|
Avis image
Avis son
Avis bonus
|
|
Test technique

La première chose très positive que l'on peut dire concerne le travail de remastérisation de l'image, qui se voit au premier coup d'il. Le nouveau master anamorphique 1.85 est très propre et ne souffre d'aucun défaut majeur. La sublime photographie de Vilmos Zisgmond retrouve tout son panache. Les images sont douces, avec des zones volontairement voilées par endroit ou des halos lumineux dans les hautes lumières du plus bel effet. Grâce à un encodage soigné, la fluidité confère aux images un velouté et un rendu très argentique. La contrepartie de ces choix artistiques autant que techniques peut laisser une impression de manque de piqué, bien que la définition soit solide. D'autant que certains plans sont réellement flous, mais donnent au film cet aspect « sur le vif », au plus près des comédiens, qui colle parfaitement au propos. Les couleurs sont bien retranscrites, délibérément un peu ternes. On aurait aimé un niveau de noir un peu plus bas, et un peu plus de détails dans les ombres qui auraient permis à certaines scènes sombres (en boîte de nuit par exemple) de mieux faire ressortir certaines parties de l'image ; mais la photographie, à ces moments-là, prend souvent le parti de l'obscurité presque totale, toujours très difficile à retranscrire en vidéo (soit les noirs « mangent » tout, soit les images sont grises et fades, du fait d'une échelle de valeurs de gris nettement moins ample qu'en argentique). Lors de ces scènes, la compression, par ailleurs bien maîtrisée, montre ses faiblesses. On n'évite pas les arrière-plans pollués par des fourmillements.

Le son a aussi bénéficié d'un petit lifting. Réalisé à l'époque dans un audit THX, le film bénéficie d'un mixage soigné et subtil. Point d'effets tapageurs, mais un mixage centré sur l'avant qui bénéficie d'une belle stéréo et de dialogues clairs et bien distincts ne prenant jamais le pas sur les ambiances. Cette bande-son colle au plus près de l'approche intimiste du film et sert merveilleusement le jeu des comédiens. L'utilisation du 5.1 profite surtout aux nombreuses plages musicales du film qui sont autant de moments de respiration ou d'intenses émotions. La musique est bien enveloppante, soutenue par un caisson de basses discret mais efficace (cf. le générique d'ouverture et la chanson Missing, de Bruce Springsteen, ou les scènes de night-club). Cette piste, loin d'être démonstrative, offre pourtant un très beau relief au travers d'ambiances bien mises en valeur. On ne peut malheureusement pas en dire autant de la version française Dolby Digital 5.1, très plate et surtout très artificielle (serait-on en présence d'un remixage à partir d'une VF uniquement stéréo ou Dolby surround au mieux ?). Si la musique reste bien retranscrite malgré un écho un peu désagréable, le reste de la bande-son se retrouve réduit à la voie centrale, souvent omniprésente. Effet disgrâcieux qu'un doublage VF ne fait qu'aggraver. Malgré leur existence, ambiances et autres effets ne s'entendent pas aussi distinctement et avec autant d'équilibre qu'en VO.
Test des bonus
Le DVD nous accueille par de beaux menus animés et sonores (musique de Bruce Springsteen). L'interactivité du disque nous donne accès au chapitrage (seize vignettes), au choix de la langue (VO ou VOSTF) et aux suppléments.
Ces derniers s'ouvrent sur le commentaire audio de l'équipe. On y trouve Sean Penn, Angelica Huston, David Morse, le chef décorateur Michael Haller, le directeur de la photographie Vilmos Zsigmond (dont la voix trahit l'âge avancé de ce grand nom de la lumière) et enfin le romancier et dramaturge David Rabe, auteur de la novélisation du film. Vous remarquerez, hélas, un grand absent : Jack Nicholson. Chaque intervenant a été enregistré séparément et est introduit par une voix off à chaque fois qu'il prend la parole. La plus grande partie de ce commentaire laisse s'exprimer Sean Penn, les autres protagonistes y faisant des entrées sporadiques. Le réalisateur désire avant tout nous parler de l'histoire, de ses enjeux, de ses personnages et de leurs profils psychologiques. La deuxième chose qui lui tient à cur est bien évidemment la direction d'acteurs lorsqu'il évoque la grande liberté qu'il leur laisse, adoptant sa mise en scène à leurs choix de jeu et de déplacements (il se remémore la manière dont il a abordé avec eux l'étonnante scène de début, la confrontation dans la cuisine). Il revient sur le jeu de Nicholson, qui a atteint une telle perfection dans son attitude, dans son intensité, qu'il lui montrait, malgré un certain minimalisme, qu'il en avait trop écrit dans le scénario.

Aidé par son monteur, son chef opérateur et son décorateur, Penn nous parle également des décors, de la lumière, de la musique, nous expliquant qu'il a abusé des ralentis car il trouvait que le montage manquait de temps lors des transitions et qu'il voulait donner au métrage des moments plus cinématographiques. Bien que Sean Penn et Vilmos Zsigmond se soient de temps à autre affrontés sur la manière d'aborder la lumière ou de tourner certains plans, ce dernier reconnaît l'extrême qualité du film et se lance dans une comparaison film/documentaire du point de vue de la caméra des plus intéressantes. Ce commentaire se termine sur une intervention de David Rabe qui nous lit un émouvant passage de sa novélisation qui faisait parler la fille de Huston et Nicholson, ce qui n'est absolument pas le cas dans le film. En effet, le romancier a accepté cette commande de Miramax : le studio a proposé de faire une adaptation en roman qui ne ressemblerait pas forcément au film, s'éloignant de sa structure narrative, prenant des libertés avec son histoire.

L'exploration des bonus de ce DVD se poursuit avec le documentaire Crossing guard : vu par (34min 50s) où quatre metteur en scène français (Claire Denis, Yvan Attal, Benoît Cohen et Benoit Jacquot) nous livre son point de vue sur le deuxième film de Sean Penn et expliquent pourquoi ils l'aiment. Divisé en huit chapitres, ce documentaire commence par leurs premières impressions sur Crossing guard. Chacun à sa manière évoque le style Penn, à l'écoute de ses comédiens, recherchant le maximum d'efficacité émotionnelle en prenant son temps pour raconter son histoire. Les intervenants soulignent sa force d'acteur-réalisateur qui lui permet de sentir la dynamique d'un geste ou de coller au tempo des acteurs, soucieux de ne pas trahir le rythme de leur jeu au sein d'une scène. Yvan Attal, très au fait de la question après avoir tourné Ma femme est une actrice et Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants, revient sur les liens extra-plateau qui alimentent le film et sont les moteurs de l'histoire (en rappelant que cela a du bon et du moins bon !), et donne à certaines scènes un aspect quasi documentaire. On approuve ensuite ces réalisateurs lorsqu'ils détaillent leurs scènes préférées et qu'ils concluent sur Crossing guard dans la filmographie de Penn et sa place dans le cinéma américain. Les deux Benoît (Cohen et Jacquot) n'hésitant pas à la comparer à un John Cassavetes ou à un Nicholas Ray !

L'interactivité s'achève sur un diaporama (1min 40s) aux photos peu enthousiasmantes, mais illustré en revanche de textes retranscrivant des propos du réalisateur ou du casting. Viennent ensuite les bandes-annonces des trois films du réalisateur (The Indian Runner, Crossing guard et The Pledge), la filmographie de Sean Penn acteur et réalisateur, et enfin les crédits DVD.


