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Machinist (The) - DVD
Machinist (The), 2003
Test DVD - Machinist (The)
Rédigé le 07 oct 2005 par
Erwan Desbois
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Avis son
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Test technique
Trente kilos. C'est le poids qu'a perdu Christian Bale avant d'entamer le tournage de The machinist, afin d'entrer dans la peau (ou ce qu'il en reste) de son personnage, Trevor Reznik. Au commencement du récit, celui-ci ne mange ni ne dort plus depuis bientôt un an, comme si un traumatisme profond avait interrompu la bonne marche de ses fonctions vitales. C'est la résolution de cette énigme qui constitue la finalité du scénario de The machinist, sans toutefois limiter ce dernier à une énième resucée du genre « perte de mémoire » particulièrement à la mode actuellement qui reposerait entièrement sur son coup de théâtre final et sur la performance de son acteur principal.

Comme le réalisateur Brad Anderson, spécialiste du cinéma bis (Session 9) et omniprésent dans les bonus, se plait à le répéter, The machinist tient en effet plus de la série B artisanale empreinte de classicisme que de la poudre aux yeux vide de sens qui gangrène la plupart des productions récentes. Il s'attarde ainsi longuement dans son commentaire audio très complet et très agréable à suivre (peu de temps morts, une élocution soignée et un humour certain) sur l'apport de chacun des membres de l'équipe de tournage au résultat final et sur les influences qui les ont guidés : les compositions hitchcockiennes de Bernard Hermann pour la musique tout à la fois angoissante et mélancolique de Roque Baños, le réalisme social des films noirs des années 40 pour le sentiment d'étouffement qui se dégage des décors créés par Alain Bainée

Le travail de tous ces gens est également mis en valeur dans le making-of qui ouvre le second disque consacré aux suppléments. Bien qu'il ressemble au cours des premières minutes à un mélange un peu bâtard entre featurette promotionnelle (rythme haché, commentaires superficiels des acteurs et membres de l'équipe sur le long-métrage et son « message ») et véritable documentaire approfondi sur le film, sa durée respectable (une demi-heure) et l'éclairage qu'il apporte sur tous les aspects de la production finissent par faire pencher la balance du bon côté.

Sont ainsi traités tour à tour la transformation physique de Christian Bale, qui est intelligemment présentée par rapport à son importance pour le projet (sans elle, le scénario n'aurait tout simplement pas pu être transposé à l'écran) et non comme une simple « performance », puis l'exode en Espagne afin de trouver un producteur acceptant de financer le film sans en modifier le script et tous les problèmes et avantages qui ont découlé de la situation insolite que représente le tournage en Espagne dans des décors extérieurs d'un film américain dont l'action se situe aux États-Unis.

Le principal et loin d'être négligeable avantage fut une liberté artistique totale que l'on a tout loisir d'observer dans les nombreuses images du tournage présentes. Les contreparties à cela tinrent plus des contraintes anecdotiques que d'obstacles réels ; la plus singulière étant la nécessité de corriger jusqu'au plus infime détail des rues de Barcelone (panneaux de signalisation, inscriptions sur les vitrines ) pour y recréer Los Angeles. Ce journal de tournage sérieux et inspiré s'achève en beauté par une couverture exhaustive (story-boards, timing, répétitions, et tournage proprement dit) d'une des scènes-clés de The machinist, celle de l'accident de voiture.

Cette dernière séquence trouve son prolongement dans la rubrique Scènes de tournage, montage brut d'images filmées sur le plateau au cours du tournage de sept séquences du long-métrage. D'une durée de vingt minutes, ce document montre le travail au jour le jour de l'ensemble de l'équipe, aux prises avec des problèmes précis qui sont souvent passés sous silence dans les making-ofs : mise en place des cadrages et des mouvements de caméra, utilisation des figurants, respect de la continuité d'une prise à l'autre Le tout dressant un portrait captivant et énergique de la vie d'un plateau de cinéma.

Ce soin apporté à l'esthétique du film frappe de plein fouet dès les premières minutes de The machinist, surtout avec une édition DVD de cette qualité. L'image n'est rien moins que somptueuse, avec en particulier un piqué irréprochable qui fait honneur à un film obsédé par la composition des plans et des éclairages. Les noirs sont d'une profondeur remarquable, la compression s'avère parfaitement fluide et la colorimétrie gère avec aisance les changements de teintes lumineuses. Le résultat est un rendu visuel qui flatte la rétine à chaque instant.

Nos oreilles ne sont pas pour autant en reste, étant donné le soin apporté aux différentes pistes audio en Dolby Digital 5.1 (anglais et français) ou DTS (anglais). Elles bénéficient toutes les trois d'un excellent travail de spatialisation, qui porte aussi bien sur les nombreux effets sonores de la ville (voitures, avions) et de l'usine où travaille Trevor que sur la musique. Les différents instruments employés par Baños sont en effet répartis de très belle manière sur tous les canaux, nous faisant ressentir l'extrême paranoïa du personnage principal comme par exemple dans la scène de poursuite dans le métro (à 1h09min). Seul regret, l'absence d'une piste DTS française, que la faible durée du film aurait sans doute pu permettre d'intégrer.

Tout cet étalage de qualités ne serait cependant rien sans la base solide offerte par le scénariste Scott Kosar. The machinist est son premier script, et il marque possiblement la naissance d'un grand. On y trouve en effet toutes les qualités qui signent une série B réussie, du héros tourmenté (ce qui offre à Christian Bale un rôle en or, où son talent inspire au bout du compte encore plus le respect que sa métamorphose physique) au détournement d'un genre très codifié pour en tirer une histoire humainement très forte, en passant par l'intégration au récit de personnages secondaires hauts en couleurs. Interprétés par un casting mêlant des acteurs reconnus (Jennifer Jason Leigh, Michael Ironside) et d'autres qui mériteraient de le devenir, ils donnent au film la substance nécessaire pour lui éviter de n'être qu'un bel exercice de style paranoïaque.

Deux lignes directrices s'entremêlent au contraire très efficacement dans The machinist, puisqu'au passé mystérieux de Trevor (comment reconstituer l'événement que son cerveau a gommé ?) se superpose son présent tourmenté (comment interagir avec ses collègues, ses connaissances et ses proches dans l'état de déliquescence qui est le sien ?). Par bonheur, c'est la seconde question qui importe le plus dans le récit, faisant du scénario une mosaïque de rencontres touchantes (avec les femmes Stevie et Maria) ou inquiétantes (avec les collègues d'usine Miller et Ivan) qui forment un portrait complexe de Trevor où la résolution du passé ne s'immisce que par petites touches pour la plupart indétectables à la première vision, ce qui rend le film passionnant à revoir avant la révélation finale. Celle-ci n'a d'ailleurs rien d'un artifice spectaculaire, mais s'intègre en toute logique au scénario en y ajoutant la touche d'humanité et d'émotion qui parachève l'ensemble en beauté et fait de The machinist un drame certes mineur mais singulièrement touchant, qui nous serre le cur avec la même force que celle mise à nous torturer l'esprit pendant quatre-vingt-dix minutes.

Cette fin est l'une des choses dont Brad Anderson se montre le plus fier dans son interview qui accompagne le film. Visiblement passionné par son métier et par ce projet, il parle avec plaisir des deux et reprend pour cela la plupart des informations présentes dans le making-of et le commentaire audio (la fin du film donc, et le cheminement émotionnel du personnage principal, mais aussi le travail sur le scénario en collaboration avec Scott Kosar, le régime radical de Christian Bale, le tournage à Barcelone ), mais en les détaillant avec un enthousiasme tellement communicatif que l'on se laisse à nouveau happer. Anderson se montre également très juste dans ses impressions sur la réalisation de films au sein du circuit indépendant, et sur la créativité qu'un tel processus apporte selon lui.

Les huit scènes coupées, pourtant présentées avec soin (même format et qualité d'image que le film, mise en situation dans le récit en montrant quelques secondes des séquences précédant et suivant chacune de ces scènes), n'ont pour leur part que peu d'intérêt. Il s'agit en effet de petits ajouts (une minute en moyenne) qui développent l'histoire de manière au mieux superflue, au pire gênante comme dans le cas de la scène Trevor se rend sur la tombe mystérieuse qui en révèle trop bien trop tôt dans le film. Chose curieuse, le commentaire audio du réalisateur n'est proposé que sur deux de ces scènes (Trevor tente de fuir la ville et Rencontre au cimetière), peut-être car elles sont les plus importantes en termes de modification du récit. Au vu de la pertinence des remarques de Brad Anderson, on ne peut que regretter cette limitation.

Ce double DVD sobre mais complet et extrêmement soigné dans le contenu autant que sur la forme (les menus sont superbes) s'achève par une section Promo qui contient les très réussis teaser et article-details_c-trailers de The machinist.
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