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Coffret Mankiewicz - DVD
Coffret Mankiewicz, 1946
Test DVD - Coffret Mankiewicz
Rédigé le 13 déc 2004 par
Sandy Gillet
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Avis image
Avis son
Avis bonus
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Test technique
Sur l'ensemble des trois films, on peut dire que l'éditeur a fait un travail remarquable en ayant su par exemple convaincre l'ayant droit américain (la Fox, pour ne pas la citer) de lui proposer un tout nouveau télécinéma pour Le Château du dragon. Le résultat en l'occurrence est un master quasi exempt de défauts, dont l'encodage se régale pour nous offrir une image contrastée à souhait magnifiant agréablement la photo N&B ultra tranchée d'Arthur Miller (que l'on retrouvera d'ailleurs aussi au générique de Chaînes conjugales). Si les deux autres films ne peuvent prétendre à la même grâce, il reste que le résultat à l'écran est fort convaincant. La différence avec Le Château du dragon se situant au niveau de masters potentiellement plus marqués par les effets du temps. Ainsi ne compte-t-on pas les drops sur L'Affaire Cicéron et quelques griffures de pellicule sur Chaînes conjugales, mais il est indéniable de constater que le travail validé par l'éditeur sur l'encodage force le respect tant ces menus défauts pour des films de plus de 50 ans d'âge sont rattrapés haut la main.

Même constat pour le son, qui développe une VO mono encodée en un 2.0 signifiant et clair. On ne note pas de souffle ni aucune altération de quelque sorte, tout du moins sur Le Château du dragon et L'Affaire Cicéron, celui-ci proposant de surcroît une VF certes incongrue et non restaurée mais qui a le mérite d'être présente. On sera un peu plus circonspect et critique avec Chaînes conjugales qui présente quelques petits problèmes, dont le plus significatif est la perception d'une légère forme d'écho sur les dialogues à partir du chapitre 5 (ce qui donne par moment l'impression que les acteurs bêlent plutôt qu'ils ne parlent). On notera aussi un « pet » disgracieux (comment pourrait-il en être autrement !) au chapitre 2 (19min 50s), significatif d'une césure de la piste optique sur l'interpositif d'origine utilisé pour le télécinéma.

Test des bonus
Un sentiment que l'on ne retrouve pas totalement lors de la découverte des bonus assez centrés sur des analyses cinéphiliques, didactiques, voire universitaires. Non pas que cette approche soit à proscrire, bien au contraire, mais qui, utilisée à outrance comme ici, peut conduire à l'effet inverse, c'est-à-dire à la momification d'uvres pourtant bien vivantes.
Cela dit, le formol utilisé est de première classe et permettra au plus grand nombre de se plonger quelque peu dans les méandres d'uvres aussi passionnantes à découvrir que complexes à décrypter.
À commencer par les deux entretiens accordés par le journaliste Pascal Mérigeau (critique de cinéma, auteur entre autres d'un formidable ouvrage sur le cinéaste ainsi que d'un non moins émouvant sur Pialat aux éditions Grasset) qui aborde, en complément du Château du Dragon, des influences et thèmes majeurs du film annonçant toute l'uvre à venir. Il en profite aussi pour nous délivrer quelques anecdotes connues ou non qu'il tient des différentes rencontres qu'il a pu avoir avec le cinéaste lui-même, tout en parsemant son propos de nombreuses clefs de compréhension souvent fort utiles. Une démarche qu'il reprend au sein des bonus de L'Affaire Cicéron, s'attachant cette fois-ci à nous faire part de l'authentique épisode d'espionnage qui se cache derrière la fiction.

On trouvera ensuite au sein du Château du dragon deux interventions de Jean-Pierre Berthomé (spécialiste du décor de cinéma), qui d'une part traite dans un entretien un peu trop « déconnecté » de l'esthétique du film, proche selon lui d'un certain baroque flamboyant, et d'autre part analyse trois séquences qui font la part belle aux décors en réfutant par exemple la croyance qui veut que l'intérieur du château et en particulier les appartements isolés du comte soient d'inspiration gothique.

Le court portrait de Gene Tierney qui suit est une bonne initiative de l'éditeur, bien que d'une écriture par trop formelle et alambiquée pour emporter l'adhésion. Le morceau de choix étant la présence d'un entretien fleuve (près de deux heures) avec le cinéaste. Filmé et produit en 1981, All about Mankiewicz est mené par un Michel Ciment (rédacteur en chef de la revue Positif et auteur de nombreux ouvrages de référence) qui maîtrise son sujet, pour un document s'avèrant passionnant et foutrement vivant tant les propos raviveraient n'importe quel cinéphile endurci et cinéphage DVDvore. On pourra y déceler la truculence et l'intelligence d'un homme encore tout entier tourné vers sa passion de l'écriture et du cinéma, même s'il sait que Le Limier, réalisé neuf ans plus tôt, est et restera son dernier film en forme d'épitaphe géniale d'une filmographie extraordinaire.

Si l'on retrouve la seconde partie de ce magnifique entretien au sein des bonus de Chaînes conjugales, on pourra aussi apprécier l'érudition toute nonchalante d'un Patrick Brion qui, en quinze magnifiques et forcément trop courtes minutes, revient sur la genèse du film, depuis l'écriture jusqu'au tournage.
L'éditeur prolonge le plaisir par un document assez original dans sa volonté de « montrer » le film en négatif en mettant en scène quatre cinéastes (deux hommes et deux femmes) qui, via un montage ingénieux, développent différents points de vue autour du film, à la manière d'une conversation à bâton rompu alors même que chacun semble avoir été sollicité à des endroits et des moments différents.
Que dire alors de l'analyse de L'Affaire Cicéron par Jean Douchet, sinon que l'on a droit une nouvelle fois à ce qui se fait de mieux en la matière, soit vingt-cinq minutes de pur bonheur où l'érudition tout en nuance du bonhomme vient illustrer des images du film choisies et montrées via un montage d'une rare pertinence didactique.
Pour finir, on pourra visionner une version TV de L'Affaire Cicéron intitulée Operation Cicero, avec Peter Lorre et Ricardo Montalban dans le rôle titre. On regrettera simplement l'absence de toute explication quant à la présence et à l'existence même de ce métrage de cinquante minutes ici, sinon à se reporter au dos de la jaquette. On pourra aussi déplorer que Danielle Darrieux, en la personne de son agent, n'ait pas daigné partager ses souvenirs de tournage avec le staff passionné et passionnant d'Allerton, la société en charge de l'intégralité des bonus produits pour cette édition (à noter qu'Écran Large a rencontré dernièrement deux de ses associés les plus actifs pour un entretien fleuve et passionnant que nous comptons publier très prochainement).
Pour être complet, précisons que L'Affaire Cicéron est aussi proposé à l'unité.

Pour conclure, inutile de préciser que Carlotta a peaufiné les formes avec une mise en valeur des bonus, via une navigation et une arborescence soignées, pour un ensemble présenté au sein d'un digipack trois DVD du plus bel effet. Qui a dit cadeau de Noël idéal ?


