Discreet charm of the bourgeoisie (The) - Criterion - DVD

Charme discret de la bourgeoisie (Le), 1972

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Discreet charm of the bourgeoisie (The) - Criterion
4,0
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Son Star Rating 8
Interactivité Star Rating 9
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Test DVD - Discreet charm of the bourgeoisie (The) - Criterion

Rédigé le 15 jan 2006 par Erwan DesboisErwan Desbois

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Star Rating 8
Test technique

Le Charme discret de la bourgeoisie représente sous certains aspects la version moqueuse et acidulée du Journal d'une femme de chambre : une charge virulente contre la décadence et la morgue de la classe bourgeoise, mais dans laquelle Buñuel a troqué l'angoisse alarmiste du film avec Jeanne Moreau contre la légèreté de la satire. Bien qu'il lui ait valu l'Oscar du meilleur film étranger (en 1972), Le Charme discret de la bourgeoisie se situe quelque peu en deçà d'autres œuvres du réalisateur.


Cela ne l'empêche pas d'être un film de haut standing, mettant en scène avec virtuosité une fabuleuse galerie de personnages. Trois couples se partagent le haut de l'affiche autour d'une trame scénaristique de la plus haute importance – parvenir à dîner tous ensemble, malgré des aléas plus ou moins sérieux et plus ou moins imaginaires. Le récit prend donc la forme d'une suite de saynètes, au cours desquelles nos bourgeois de héros apparaissent plus pathétiques qu'autre chose. Successivement méprisants (car capables de s'imposer dans une auberge fermée car le propriétaire vient de mourir) et lassés de tout (des récits horribles de meurtres et de cauchemars ne leur soutirent aucune réaction particulière), ils ne comprennent en effet rien à rien et ne font preuve d'aucun bon sens. Vivant dans un univers à part avec des règles à part (un univers où, par exemple, la valeur d'un homme est jaugée à sa façon de boire un dry martini), ils semblent se nourrir uniquement de peurs imaginaires pour tromper leur ennui.


La paranoïa est en effet leur principale occupation : peur d'être assassiné (qu'il y ait ou non une raison de le croire), mais aussi peur d'être démasqué en tant qu'imposteur. Toute la perversité de Buñuel consiste à placer ces deux angoisses apparemment sans commune mesure sur le même plan ; l'un des dîners ajournés est ainsi un cauchemar dans lequel le repas se déroule sur une scène de théâtre, sous les yeux d'un public hostile qui force les protagonistes à assumer leur incurie. Plus que la privation de leurs privilèges, c'est pourtant bien la mort que ces derniers devraient craindre tant elle est omniprésente autour d'eux – dans les récits que d'autres personnages leur font, et même dans leurs propres rêves, qui s'achèvent toujours dans les circonstances violentes et tragiques qu'ils cherchent si désespérément à évincer de leurs vies. Seul Don Rafael (Fernando Rey), ambassadeur faisant partie d'un trafic de drogue très organisé – un sujet en or dont l'on peut regretter qu'il ne soit qu'effleuré par le scénario – et harcelé par des terroristes, semble plus en phase avec la réalité ; mais lui aussi sera rattrapé au final par sa lâcheté et sa mesquinerie.


Pour être au diapason de ce jeu de massacre orchestré par Buñuel, les acteurs (Jean-Pierre Cassel, Bulle Ogier, Paul Frankeur…) s'en donnent à cœur-joie en surjouant juste ce qu'il faut – mais leurs personnages ne sont-ils pas eux-mêmes des comédiens se faisant passer pour ce qu'ils ne sont pas ?


Dans l'absolu, l'image de cette édition zone 1 bénéficie d'une restauration plus que correcte. Cependant, la comparaison avec le zone 2 sorti il y a quelques mois chez StudioCanal dans l'un des trois coffrets de la collection Buñuel est favorable à ce dernier. Les améliorations ont beau être à chaque fois légères, elles sont bel et bien présentes et font du zone 2 la nouvelle référence : couleurs plus saturées et lumineuses, artefacts de compression moins présents, définition très précise. La différence se fait également au niveau du nettoyage de la pellicule : les drops et points blancs qui maculent le master utilisé pour le Criterion ont presque complètement disparu sur le zone 2 (un bel exemple est donné par la scène du récit de l'enfance du soldat, entre 31 minutes et 34 minutes).


Zone 2 StudioCanal 2005


Zone 1 Criterion 2000


Zone 2 StudioCanal 2005


Zone 1 Criterion 2000

Aucun problème de ce genre ne vient entacher la partie sonore du DVD, avec une piste en français mono (des sous-titres anglais optionnels sont disponibles) d'excellente qualité et en tous points équivalente à son homologue en zone 2. Aucune gêne (saturation, souffle) ne vient peturber l'écoute, et tant les dialogues que les effets sonores sont retranscrits avec beaucoup de précision et de clarté. Voilà le genre de bande-son mono que l'on aimerait avoir sur tous les DVD de longs-métrages anciens !


Présentant donc un niveau technique inférieur ou au mieux équivalent à celui du zone 2, cette édition Criterion mérite en réalité que l'on s'y attarde pour son interactivité fournie et répartie sur deux disques. Ces suppléments diffèrent complètement de ceux présents dans l'édition StudioCanal, puisque l'analyse du film laisse la place à deux portraits conséquents de Buñuel. Le premier, Le Naufrage de la Rue de la Providence est un document atypique puisque réalisé dans les années 70 par des amis mexicains du metteur en scène n'ayant à l'origine aucune velléité de diffusion. Il s'agit d'une succession d'interviews informelles de proches de Buñuel, qui dissertent avec naturel sur son humour à froid, son goût pour les déguisements, son aversion envers la quête de symbolisme dans ses films... le tout intercalé avec des images de Buñuel installé tranquillement à sa terrasse et donnant un cours de préparation de cocktails, apparemment loin de toute cette attention autour de sa personne. L'ensemble forme un beau regard décalé sur le réalisateur espagnol, seulement gâché par des transitions sous forme de diaporamas de photographies accompagnés d'une musique d'orgue assez déstabilisante.


L'autre portrait, À propos de Buñuel est beaucoup classique et formaté mais n'en est pas moins exceptionnel. Grâce à sa durée – un peu plus d'une heure et demie –, ce film réalisé pour la télévision espagnole a droit à un disque lui étant entièrement consacré dans cette édition Criterion (seule une filmographie complète de Buñuel l'y accompagne). Les grands moyens ont été mis en œuvre pour ce documentaire, qui fait appel à plus d'une quarantaine de témoins pour évoquer la vie et la carrière de Buñuel. La liste va des amis d'enfance aux collaborateurs fidèles (Jean-Claude Carrière par exemple est bien entendu de la partie quand on aborde le dernier tiers de la filmographie de Buñuel) en passant par de nombreux acteurs, y compris les plus célèbres comme Carole Bouquet ou Jean-Pierre Cassel.


Grâce à ces atouts de poids, et malgré une forme parfois maladroite (voix-off à la première personne, utilisation peu convaincante d'extraits de longs-métrages réalisés par Buñuel pour illustrer sa vie… effets qui s'effacent heureusement peu à peu au cours du métrage), À propos de Buñuel est un document inestimable sur l'homme et l'artiste. De son enfance passée dans un village de l'Aragon où il découvrit (et adora immédiatement) le cinéma à dix ans jusqu'à ses rapports complexes avec la religion et le sexe, tous les aspects de sa personnalité sont abordés et mis en perspective avec les nombreux films qu'il mit en scène. Une mise en perspective il est vrai aidée par le fait que Buñuel, personnage passionnant (les quelques images d'archives où il est présent sont captivantes) mais très pudique et mystérieux dans la vie de tous les jours, s'exprimait principalement par le biais de ses œuvres. C'est ainsi que ses engagements (le surréalisme, ses prises de position claires en faveur de la république et de la laïcité) et les difficultés qu'il rencontra au cours de sa carrière (le scandale qui accompagna la sortie de son deuxième long-métrage L'âge d'or, son exil à New York puis au Mexique) sont intimement liés – et largement développés dans ce documentaire qui profite de sa longueur pour aller au-delà de la simple hagiographie.


En ce qui concerne les œuvres en elles-mêmes, ce portrait s'en tient fort intelligemment à des aspects factuels plutôt qu'à une énième tentative de décryptage vouée à l'échec. Seules quelques rares pistes sont ainsi ébauchées (par exemple sa fascination pour le « miracle de Calanda », récit d'un homme ayant eu une jambe coupée qui la récupère de façon surnaturelle et que l'on peut relier à la présence chronique d'amputations dans les films du réalisateur espagnol), tandis qu'anecdotes sur le déroulement des tournages et sur les méthodes de travail de Buñuel abondent. Même si l'on peut regretter que les longs-métrages espagnols (Viridiana et L'ange exterminateur entre autres) bénéficient d'une exposition bien plus grande que les autres – nationalité du documentaire oblige –, cette mosaïque de témoignages forme une image pertinente et passionnante de comment Buñuel travaillait pour arriver à ses fins. Il n'hésitait par exemple pas à manipuler les conditions de travail des acteurs pour biaiser le jeu de ces derniers dans la direction voulue tout en se passant d'indications psychologiques.


Ayant commencé avec sa naissance, ce documentaire s'achève logiquement avec la mort de Buñuel. Celle-ci n'est ni éludée ni magnifiée, mais traitée avec beaucoup de pudeur et d'intelligence. À l'image finalement de l'homme Buñuel, à l'esprit jusqu'au bout perçant (la seule chose qu'il aimerait pouvoir faire une fois mort, peut-on l'entendre dire, serait de se réveiller tous les dix ans pour pouvoir acheter quelques journaux et y « prendre des nouvelles du monde » avant de retourner dans sa tombe), et auquel ce documentaire rend le plus beau des hommages.

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