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Collection Olivier Assayas - Désordre + L'eau froide + Irma Vep - DVD
Collection Olivier Assayas - Désordre + L'eau froide + Irma Vep, 1996
Test DVD - Collection Olivier Assayas - Désordre + L'eau froide + Irma Vep
Rédigé le 25 déc 2005 par
Erwan Desbois
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Avis image
Avis son
Avis bonus
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Test technique
Les trois films bénéficient tous d'un bon rendu visuel. On apprécie tout particulièrement les masters exempts de tout défaut résiduel, et le respect de la photographie très travaillée de Désordre et de L'Eau froide. Les images provenant de différents formats (images de concerts, extraits de films ) dont est friand Assayas sont toutes très bien retranscrites, et le travail de définition et de compression est tout à fait correct.

Désordre

Irma Vep
Seul L'Eau froide est quelque peu en-deçà des autres, avec une définition et une gestion des contrastes très variables d'une scène à l'autre, puisqu'elles peuvent passer de l'acceptable au médiocre.

L'eau froide

L'eau froide
Pistes en français stéréo au menu pour tout le monde, ce qui n'a rien de surprenant au vu de l'âge des films et de leurs conditions de production. Toutes ces pistes sont suffisamment claires et détaillées pour nous faire convenablement profiter de l'amour du rock d'Olivier Assayas qui irradie chacun des films.
Test des bonus
L'éditeur 2good n'a pas lésiné sur la quantité de suppléments pour faire de ce coffret un bel écrin aux films d'Assayas : 3h30 d'interviews et autres bonus au total, ainsi qu'un très beau et très original livret qui comprend des archives liées aux trois uvres extraits des scénarios et des notes d'intention, coupures de presse, photos, lettres Ces quelques pages nous font vivre le tournage de ces films aussi bien que n'importe quel making-of, en faisant marcher notre imagination.

Au sein des DVD proprement dits, le principal fournisseur en suppléments est Assayas lui-même, véritable pipelette dont les trois interviews durent à seules plus de quatre-vingt dix minutes ! Deux d'entre elles accompagnent Désordre, une interview à propos du film et l'autre à propos du rock. Toutes deux sont cependant moins cloisonnées que leurs titres le laissent entendre ; au contraire, elles se répondent et se complètent pour former un panorama complet du film, dans la pratique (préparation, tournage) et la théorie (influences, message). Bavard par passion pour le rock et le cinéma , Assayas nous abreuve d'anecdotes en tous genres, de remarques pertinentes et d'une véritable analyse de fond sur les films rock et sur cette musique dans les années 80. Entre autres choses, on retiendra en particulier son récit du chemin l'ayant mené au tournage de son premier long (en particulier via les trois courts-métrages dont l'on reparle plus bas et dont il raconte la genèse), sa vision autodidacte du cinéma (il préfère rester à l'écart du système et tourner toujours avec les mêmes gens, comme une troupe) et son amusement quand il se remémore a posteriori les difficultés formatrices qu'il a rencontrées sur le tournage de Désordre.

Rectangle

Laissé inachevé à Tokyo

Winston Tong en studio
Ce DVD comprend également trois des quatre courts-métrages du réalisateur, qui explique lui-même dans l'une des interviews que le quatrième (le plus ancien) lui semble aujourd'hui vraiment trop mauvais pour être montré. On veut bien le croire, étant donné que la qualité des trois autres s'améliore dans l'ordre chronologique. Rectangle (1980) est en réalité un clip, que l'on trouvera visuellement soigné pour peu que l'on arrive à supporter la musique insupportable et typique de l'époque. Laissé inachevé à Tokyo (1982) est pour sa part un véritable court-métrage de cinéma, qui conte une histoire d'espionnage entre Paris et Tokyo. Bien qu'assez futile (en particulier à cause d'une fin bâclée), ce film se regarde avec un plaisir ludique. En effet, sans jamais tomber dans l'esbroufe, Assayas y effectue une recherche visuelle (photographie et noir et blanc, mouvements de caméra élaborés) et scénaristique (le récit fonctionne par énigmes et flash-backs) très aboutie. Le dernier court-métrage, Winston Tong en studio (1984) correspond à son tour à un nouveau format : le reportage. Celui-ci nous passionne même si le sous-David Bowie qu'est Winston Tong est tombé dans l'oubli, car Assayas y met en place les éléments qui feront Désordre en particulier le mélange entre la face visible du rock (la musique court en continu, y compris pendant les interviews) et l'envers du décor, constitué des rivalités et des envies discordantes de chacun des membres du groupe. Enfin, le dernier bonus est une interview des acteurs, aux parcours très différents depuis le film (à l'image de leurs rôles). Ceux-ci évoquent surtout la grande maîtrise technique d'Assayas, et sa proximité avec les acteurs sur un tournage.

Les acteurs sont d'ailleurs à l'honneur dans les suppléments de L'Eau froide. En plus des essais de six comédiens (dont certains surjouent horriblement) pour les deux rôles principaux, on a accès aux interviews des acteurs ayant finalement été choisis pour leur retenue et leur rage sourde Virginie Ledoyen et Cyprien Fouquet. Tous deux parlent surtout du casting sauvage mené sur six mois par Assayas, et de la grande liberté que ce dernier laisse aux acteurs sur le tournage, puisque tant le plan de travail que le texte ne sont pas gravés dans le marbre et peuvent être modifiés au jour le jour. Ces entretiens sont donc intéressants, mais on regrette l'absence d'une interview d'Assayas dans laquelle celui-ci donnerait un point de vue plus général sur le film (l'interdiction aux moins de seize ans, les différences entre la version cinéma de 90 minutes et celle diffusée sur Arte de 70 minutes sous le titre La Page blanche )

Sans surprise, l'interactivité d'Irma Vep tourne principalement autour du cinéma de Hong Kong en général et de Maggie Cheung en particulier. Deux des suppléments sont ainsi entièrement consacrés à la beauté de l'actrice : le portrait (muet) réalisé par Olivier Assayas pour la Fondation Cartier et les rushes sur les toits de Paris. Mais l'actrice n'est pas uniquement réduite au statut d'icône intouchable, puisqu'une interview (dans laquelle elle est accompagnée de Nathalie Richard, l'autre interprète féminine du film) lui permet de revenir sur le tournage d'Irma Vep. Tournage qui fut pour elle une expérience semi-documentaire, puisqu'elle vint à cette occasion pour la première fois en France, pour y découvrir un cinéma qui lui était complètement inconnu et jouer son propre rôle avec des dialogues pour la plupart improvisés. Cette interview est cependant un peu trop monotone, et on lui préférera celle de Charles Tesson et Olivier Assayas à propos du cinéma de Hong Kong. Les deux hommes partirent à l'aventure dans cette ville en 1984 pour y écrire le hors-série des Cahiers du Cinéma spécial Asie qui, bien que passé complètement inaperçu à l'époque (Tesson et Assayas se remémorent en en rigolant le désintérêt complet de la rédaction des Cahiers et du public), est devenu depuis un ouvrage de référence sur le sujet. Complémentaires, les deux compères parlent de leurs expériences du cinéma asiatique la Nouvelle Vague taiwanaise (Hou Hsiao-Hsien, Edward Yang) pour Assayas, les films de kung-fu pour Tesson et de l'aspect prémonitoire d'Irma Vep, qui anticipait d'une certaine manière l'arrivée en force de Hong Kong dans le paysage cinématographique mondial. La discussion entre les deux hommes résume bien l'interactivité de ce coffret : simple d'accès, passionnante et complète.



