Kingdom : L'Hôpital et ses fantômes – Saisons 1 et 2 - DVD

Kingdom : L'hôpital et ses fantômes (The) [Série], 1994

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Kingdom : L'Hôpital et ses fantômes – Saisons 1 et 2
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Test DVD - Kingdom : L'Hôpital et ses fantômes – Saisons 1 et 2

Rédigé le 11 fév 2006 par Patrick AntonaPatrick Antona

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Test technique

Après une première diffusion sur Arte en 1995, revoici la série TV choc de Lars Von Trier, The Kingdom retitré chez nous L'Hôpital et ses fantômes. À l'époque, le réalisateur danois s'était déjà fait remarquer par ce que l'on appelle dorénavant sa trilogie européenne : Element of crime, Epidemic, Europa. Ce dernier film avait d'ailleurs frappé la critique par son traitement esthétique assez bluffant, et un sens de la narration alambiquée, qui en fait un des meilleurs travaux du réalisateur. Mais ce sont de toutes autres considérations qui le font s'adapter au format télévisuel en 1994. Arguant du côté uniquement mercantile de l'affaire (mais Lars Von Trier ne se définit-il pas lui-même comme un menteur), il se livre dans cette mini-série à toute une série d'expérimentations, assez loin du formatage télé habituel, et accouche au final d'une série comico-horrifique réjouissante qui est désormais entrée dans les annales du genre.
Gardant en mémoire le souvenir traumatisant de la série française (eh oui !) Belphégor, Lars Von Trier essaie de retranscrire cette impression de labyrinthe hanté et angoissant, via cette histoire de fantômes scandinaves perturbant le quotidien des praticiens du grand hôpital de Copenhague, appelé Le Royaume, monumental ensemble construit sur des marécages.


Série 1 - DVD 1 & 2

Basant quasi exclusivement l'action dans les méandres de cet hôpital, à part pour les escapades de l'ambulance, Lars Von Trier joue sur l'opposition entre cet environnement hautement technologique, avec ces médecins pointus et cartésiens, et ses manifestations surnaturelles d'un autre âge. De la fameuse ambulance se déplaçant sans chauffeur, au fantôme d'une petite fille, en passant par les expérimentations bizarroïdes tentées par des chirurgiens sérieusement atteints, c'est tout un monde de l'au-delà qui vient s'immiscer dans le quotidien de ces hommes et de ces femmes, bousculant leur vision cartésienne et leur vie privée, tout autant que celles du spectateur.


La série L'Hôpital et ses fantômes s'appuie sur un rythme efficace, avec une montée de la tension savamment distillée, un mystère s'épaississant au gré des révélations, et l'intrusion d'une bonne dose de comique virant souvent à l'étrange. Que ce soit dans les opérations « Air du matin » destinées à détendre l'atmosphère dans l'hôpital et vouées plus ou moins à l'échec, ou dans les manigances de la Loge, ordre secret des médecins, c'est un humour noir et cinglant que Lars Von Trier manie avec dextérité, faisant de L'Hôpital et ses fantômes la parodie ultime des soap-opéras mielleux comme la série germanique La Clinique de la Forêt noire. Participant à cette vision distanciée de ce que l'on prendrait trop facilement pour une série uniquement destinée à faire peur, les interventions finales de Lars Von Trier, en M. Loyal donnant des éléments à creuser en prévision de l'épisode suivant, renvoient à la grande tradition de l'anthologie télévisuelle, et plus précisément des classiques Alfred Hitchcock présente et La Quatrième dimension. Mais des moments horrifiques, il y en a et des plus craspecs : entre la scène de cannibalisme et celle d'un accouchement très douloureux, Lars Von Trier n'hésite pas à aller loin dans le gore. Surprenant, pour une série TV qui était à l'origine prévue pour passer en début de soirée !


Autre point fort, les personnalités complexes qui se croisent dans cet hôpital composent une galerie de figures particulièrement bien exploitées par un Lars Von Trier encore attaché à des personnages en chair et en os (et non plus des silhouettes comme dans ces derniers films, mais c'est une autre histoire). Entre le neurochirurgien Helmer (Ernst Hugo Jaregard), Suédois immigré et méprisant les Danois, la patiente Sigrid Drusse (Kirsten Rolffes), intrigante, sensible aux manifestations occultes et manipulant son fils, le brancardier Bulder, le docteur Bondo qui s'est fait greffer de manière illégale le foie d'un mourant, toutes les interactions de ces personnages vont nourrir une action qui ira crescendo, jusqu'à l'ultime résolution dans sa dernière partie. On ne va pas ici déflorer la fin, mais disons juste que cette dernière partie est marquée par l'arrivée de Udo Kier sous une forme de créature totalement inattendue et cauchemardesque !

Côté technique, après le tournage hautement stylisé de Europa, c'est la caméra à l'épaule que Lars Von Trier décide de filmer la série, avec une photo délavée, passant de teintes sépia à des couleurs brique. Évoquant le style d'un documentaire pris sur le vif, L'Hôpital et ses fantômes s'adapte sans problème à ce format particulier, et ne rentre aucunement dans le cadre du Dogme si cher à son auteur, mais définit une forme particulière dont il usera à nouveau dans la seconde saison. Autres « gimmicks » utilisés à satiété par le réalisateur danois, faux raccords et basculement d'axes alambiqués sont légion, et contribuent à renforcer le visuel étrange de la série.


Indubitablement une réussite, L'Hôpital et ses fantômes est dorénavant assimilée à une série-culte de référence, une version salle ayant été distribuée en France en 1995 suite au succès de sa diffusion sur Arte, et une version américaine, supervisée par Stephen King et relativement fidèle à son modèle, a été produite en 2004. Réalisateur ambivalent et insaisissable, Lars Von Trier, dont les derniers travaux « auteurisant » laissent de plus en plus perplexes les fans de la première heure, a démontré avec L'Hôpital et ses fantômes que l'on peut faire en Europe une série télé intelligente, intrigante, horrifique et passionnante, aux résonances universelles, et ne cédant ni à la facilité ni aux diktats du politiquement correct.


Série 2 - DVD 3 & 4

Après le succès de Breaking the waves, l'année 1997 marque le retour de Lars Von Trier au sein de l'hopitâl Kingdom de Copenhague, avec son cortège de patients et médecins toujours en butte aux phénomènes occultes liés au passé mystérieux du lieu où l'hôpital a été érigé, mais résultant aussi des pratiques contre nature effectuées dans ses murs. D'emblée, les manifestations sont tout de suite plus conséquentes que dans la saison 1.


Fantômes hantant la salle des archives, têtes coupées garnissant les rangements des réfrigérateurs, médecin possédé par le vaudou, nouveau-né sujet à une croissance accélérée et monstrueuse, la barre est placée plus haut dans le spectaculaire, mais sans aucunement handicaper cette atmosphère de bizarrerie qui convient si bien à la première fournée de la série. Et c'est toujours par le biais d'un humour bienvenu que Lars Von Trier réussit à nous rendre attachants des personnages particulièrement barrés, empêtrés à la fois dans leurs existences pathétiques (pour certains) et dans leur confrontation avec les forces de l'au-delà. Alors que dans la première saison, l'humour flirtait très souvent avec l'absurde, évoquant très souvent l'univers des Monty Python, l'angle choisi est ici plutôt celui de la causticité et du comique de situation. N'hésitant pas aussi à s'intéresser, par parenthèses successives, aux destins secondaires de tout ce monde interlope qui parcourt les couloirs glauques du Kingdom, Lars Von Trier concentre le nœud de l'histoire sur les efforts de Sigrid Drusse (toujours Kirsten Rolffes) en spirite essayant d'aider le spectre d'une enfant tuée au début du siècle par un des créateurs de l'hôpital, le docteur Krüger (Udo Kier), tout en s'intéressant à Mona, jeune patiente handicapée par suite des malversations du professeur Helmer, éternel comploteur devisant avec la cuvette de ces WC !


Dans la saison 2 de L'Hôpital et ses fantômes, les arcanes de l'hôpital sont le lieu de confrontation entre le Bien et le Mal, mais cette fois-ci, les spectres sont du côté du Bien, les humains tendant quant à eux de plus en plus vers le diabolique. Même l'effroyable monstre et fils du docteur Krüger (toujours Udo Kier), arrivé à terme dans la précédente série, devient un être qui suscite la compassion du fait du malheur qui l'accable : il porte d'ailleurs le sobriquet de  « Petit Frère », et cherche à échapper à sa condition de médiateur du Mal. Mais le côté plus horrifique de cette saison 2 n'empêche en rien Lars Von Trier de parsemer les épisodes de gags du meilleur effet comique, l'apparentant aux meilleurs sitcom américains. Entre les obsessions sexuelles du professeur Moesgaard, avec sa thérapie hard-core, et la séquence de poursuite au ralenti dans la salle des archives, le réalisateur danois navigue allègrement entre le graveleux et le sublime, avec une aisance qu'il a malheureusement perdue depuis.


Techniquement, Lars Von Trier a gardé la même esthétique que dans la précédente saison, avec caméra à l'épaule et photographie granuleuse mais il s'est un peu plus lâché au niveau des maquillages, avec plus de latex et de sang, quoique le côté amateur de ces effets spéciaux participe au look « retro » qui imprègne les murs du Kingdom. Fidèle aux thèmes et au style qu'il avait initiés dans la saison 1, Lars Von Trier réussit à nouveau à donner le frisson et à faire passer la gaudriole avec un sens de l'énorme qui force le respect.

À quand une hypothétique saison 3, laissée en suspens avec cette fin ouverte où Madame Drusse est entraînée dans la descente sans fin de l'ascenseur de l'hôpital ?


Au niveau de la qualité des copies, il n'y a rien à ajouter, du fait du strict respect de l'image télé au format 1.33, de son style granuleux et de ses teintes saturées qui portent la marque de son metteur en scène. On apprécie également la qualité de la compression, le choix de n'avoir gardé que deux épisodes par disque y étant forcement pour beaucoup.
La remastérisation sonore Dolby Digital 2.0 permet d'apprécier au plus haut point l'ambiance sonore si particulière de la série, surtout les bruitages restitués avec soin.


Les deux bonus qui accompagnent l'édition de ce DVD hors norme sont des plus intéressants. Avec Tranceformer, portrait de Lars Von Trier réalisé par Stig Bjorkman d'une durée de 51 minutes, c'est une partie de la carrière du si particulier réalisateur danois (le documentaire datant de 1997) qui est évoquée.


De l'évocation de ses premiers courts-métrages déjà marqués par le désir de sortir des sentiers battus, jusqu'aux succès de ses deux premiers films Element of Crime et Epidemic, en passant par les interventions de collaborateurs et d'amis (dont Jean-Marc Barr), une partie du voile est levée sur ce qui motive profondément le cinéaste. Au niveau technique, on sera surpris de découvrir sa manière peu orthodoxe de diriger les acteurs dans Breaking the waves, en choisissant de se mettre hors-champ ! Et au niveau personnel, la persistance des images de son enfance qui ont beaucoup contribué à modeler sa vision du monde. Mais attention de ne pas tout prendre pour argent comptant, car comme il le dit lui-même si souvent, peut-être tout cela n'est-il que mensonge.


Second Bonus, et de taille, le fameux clip Shiver, la musique du générique de L'Hôpital et ses fantômes, avec un Lars Von Trier décomplexé, digne émule de Mya Frye, montrant les bases de la chorégraphie, entouré de ses danseuses-infirmières de charme. Bon exercice à répéter avant de partir fréquenter les danse-floor à tendance indie.

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