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Profit - Intégrale 3 DVD - DVD
Profit, 1995
Test DVD - Profit - Intégrale 3 DVD
Rédigé le 24 oct 2005 par
Thomas Douineau
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Test technique
Enfin ! Jim Profit, le héros machiavélique, arriviste et psychopathe de la série culte créée par McNamara et Greenwalt débarque en DVD ! Phénomène aussi éphémère (la série n'a connu que huit épisodes) que révolutionnaire, Profit fut un pavé dans la mare du paysage audiovisuel américain. Rarement des auteurs ne s'étaient accordés une telle liberté de ton. Violente, cynique, choquante à tous points de vue, la série épingle toutes les valeurs de l'Amérique bien pensante et parvient, en quelques épisodes, à évoquer nombre de sujets comme autant de travers d'une société dominée par le sexe, l'argent et le pouvoir. En traitant de l'arrivisme forcené, les créateurs ont donné naissance à une série jubilatoire, souvent trompeuse et surprenante, toujours intrigante.

Tout y passe au travers de thèmes aussi forts que la famille, le succès (et le désir de succès), la défaite (et la peur de l'échec) dans un subtil mélange d'écriture, de jeu et de réalisation. Cette série, au personnage principal sans aucune morale qui domine les gens en jouant de leurs faiblesses, débarquée cinq ans trop tôt dans l'univers télévisuel propret de l'époque (HBO et consorts n'existaient pas encore ), constitue sans aucun doute l'une des grandes réussites créatives et artistiques de ces dix dernières années.

Cette intelligence et cette provocation ne seraient rien sans la personne d'Adrian Pasdar qui prête ses traits au rôle titre (qui y voit le sosie psychopathe d'un Jean-Luc Delarue ou Nicolas Sarkosy ?) et dont le jeu, monolithique et sans aucune émotion, s'avère être en fait un équilibre raffiné et délicat entre humour et théâtralité. Tous ces éléments concourent à faire de Profit une grande tragédie shakespearienne (Richard III est la référence avouée mais Profit évoque également l'univers de Brett Easton Ellis ou Samuel Beckett) et propulsent la série au rayon des chefs-d'oeuvre maudits du petit écran, pas très loin de Twin Peaks, autre monument d'originalité télévisuelle. Force est de constater que son impact se sent encore aujourd'hui dans la production audiovisuelle actuelle.

Et le public français ne s'y est pas trompé : si la diffusion de la série, trop audacieuse pour la Fox et le public, fût interrompue au bout de quatre épisodes sur le territoire de l'oncle Sam, le passage sur Canal Jimmy en 1997 de l'intégralité des huit épisodes tournés fût un tabac. Après les VHS (pilote et coffret des sept épisodes) sorties en 2000 et maintenant épuisées, Free Dolphin nous gratifie d'un coffret trois disques regroupant l'intégrale de Profit en DVD agrémenté de quelques suppléments.

Parmi ceux-ci, le documentaire Special Profit (VOSTF, 22min24s) produit en 1999 par Jimmy et « Monsieur Séries », Alain Carrazé où, après un bref historique entrecoupé d'extraits et de quelques rares photos de tournage, nous nous retrouvons en compagnie des trois protagonistes principaux, McNamara, Greewalt et Pasdar, pour une interview croisée dont le principal intérêt est de nous livrer les orientations prévues si la série avait connue une deuxième saison. On y apprend ainsi que Jim Profit devait se lancer dans la politique en secondant un gouverneur. Mais les créateurs terminent en évoquant les différentes tentatives infructueuses de relancer la série.

Le deuxième documentaire, plus récent et plus consistant, intitulé Greed kills (VOSTF, 67min), produit en 2005 par Anchor Bay, revient sur toute la genèse et la production de Profit. Près de dix ans plus tard, tous les protagonistes sont là pour évoquer leurs souvenirs et livrer leurs anecdotes. Entre extraits des épisodes et photos de l'époque, nous retrouvons donc Stephen J.Cannell, David Greenwalt et John McNamara s'exprimer longuement sur leur « bébé » qu'à priori ils aiment tous beaucoup. Que ce soit dans leurs propos ou ceux du casting (Adrian Pasdar, Lisa Zane ou encore Lisa Blount, la belle-mère de Profit à l'écran), on sent parfois poindre un peu d'amertume devant ce qui aurait pu être un succès si la chaîne avait laissé un peu plus de temps à la série pour rencontrer son public. Ils reviennent sur quelques célèbres anecdotes comme la chute brutale d'audience à la diffusion du pilote lorsque Profit embrasse sa belle-mère, qui devait être sa mère à l'origine dans le scénario. Un moment de télévision impressionnant qui a valu aux scénaristes de se faire expulser du bureau d'un grand patron de chaîne à la lecture du script ! Les créateurs nous parlent également du choix des comédiens et rendent hommage à Adrian Pasdar qui, par son jeu et ses improvisations (la célèbre scène des dessous dans l'épisode Security) a énormément ajouté au personnage. Ils en profitent pour rendre au réalisateur Robert Iscove ce qui lui appartient, à savoir la création du visuel de la série, très noir dans un environnement high-tech éclairé par une photographie riche en contrastes tranchés. Ils reviennent sur la musique de Mike Post, composée gratuitement pour le pilote tellement il adorait le scénario, la voix-off de Profit qui permettait au spectateur de rentrer dans son cerveau pour ne plus en ressortir.

McNamara avoue également son amour pour le dernier et huitième épisode, bijou télévisuel qui, selon lui, représente la matrice de ce qu'aurait pu être la série dans ses développements futurs. Greenwalt nous rappelle les critiques dithyrambiques obtenues par le pilote lors de sa diffusion sur le territoire américain. Tous les professionnels ont reconnu leurs talents, même la Fox, qui n'a pourtant pas eu la patience d'attendre que Profit se forge un public. A tel point que l'un des auteurs a cette phrase terrible concernant la suite de sa carrière qui, grâce à la série, a bien marché. Les studios disaient souvent : « On veut le gars qui a fait Profit mais ne nous faites pas un nouveau Profit ! ». Cela résume assez bien l'état d'esprit des pontes à la tête des studios.

L'éditeur nous propose également une série de 17 spots TV (d'une durée comprise entre dix secondes et une minute), diffusés sur la chaîne FOX à l'occasion du passage télévisuel de la série. Parmi ceux-ci, il faut surtout retenir le spot teaser Big squash (30s) particulièrement intriguant et efficace qui commence comme un documentaire animalier sur les araignées.

D'un point de vue technique, ce DVD s'en sort très honnêtement. Les images, au format 4/3 original, sont bien rendues bien qu'elles ne soient pas à l'abri de défauts de compression parfois visibles et d'une définition correcte mais parfois vacillante. Les couleurs sont bien restituées mais elles auraient pu être dynamisées par un contraste légèrement plus appuyé. En VO comme en VF, les deux bandes-son Dolby Digital 2.0 stéréo remplissent leur office. Dynamiques et très clair au niveau des dialogues, elles donnent aussi beaucoup de place à la musique. Les deux composantes principales de la série sont donc bien traitées. Mais on ne saurait trop vous encourager à regarder Profit en VO dont l'intérêt principal est bien évidemment la voix caractéristique de Adrian Pasdar qui ajoute au malaise. Le doublage français, même sur l'ensemble du casting, est bien en deçà des intentions de la VO.
En guise de conclusion, un seul mot d'ordre : il faut avoir vu cette série mémorable et cette édition DVD est la meilleure occasion de la (re)découvrir !


