Angel heart – Édition collector 2 DVD - DVD

Angel heart - Aux portes de l'enfer, 1987

Alertes
Angel heart – Édition collector 2 DVD
3,3
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Test DVD - Angel heart – Édition collector 2 DVD

Rédigé le 05 sep 2005 par Erwan DesboisErwan Desbois

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Test technique

La pertinence des rééditions DVD (Angel heart est déjà sorti en zone 2 chez Studio Canal en février 2001) se joue sur deux points : la technique et les nouveaux suppléments. Dans le cas présent, le peu d'intérêt de ces derniers est contrebalancé par l'ajout d'une piste anglaise Dolby Digital 5.1 qui donne un nouveau souffle au film. L'ambiance sonore très étudiée voulue par Alan Parker éclate au grand jour grâce à une spatialisation enveloppante, fine (on découvre des effets sonores dont l'on ne soupçonnait même pas l'existence) et surtout parfaitement équilibrée, loin des nombreux mixages 5.1 réalisés a posteriori pour des films datant d'avant l'arrivée du home cinema et terriblement artificiels. Dans ces conditions, il est évident que les pistes anglais et français 2.0 rescapées de la précédente édition sont obsolètes – surtout la version française, au doublage calamiteux.

Angel heart Édition simple (2001)

Angel heart Édition collector (2005)

Si les améliorations sonores apportées justifient à elles seules l'acquisition de ce DVD, les captures qui entourent ce paragraphe prouvent qu'il n'y a rien de particulier à attendre de l'image, identique en tous points à celle que l'on connaissait déjà. Si l'ensemble n'a rien de déshonorant, la copie commence tout de même à faire son âge – master sombre et maculé de nombreux drops, définition moyenne, couleurs qui apparaissent délavées dans les scènes à faible contraste. Peut-être que la remasterisation espérée sera financée par les bénéfices de cette nouvelle édition…

Angel heart Édition simple (2001)

Angel heart Édition collector (2005)

D'un point de vue interactivité, cette réédition de Angel heart ne se différencie de son prédécesseur que par la présence d'un documentaire consacré au vaudou et d'une interview rétrospective d'Alan Parker, qui justifient le passage d'une édition simple à un coffret double DVD. Pour le reste, tout a été repris plus ou moins à l'identique et est regroupé – un peu en désordre – dans la section « En coulisses ». Sous des titres quelque peu fantaisistes, on y retrouve les documents promotionnels et le plus souvent superficiels d'époque : un court making-of qui comprend quelques informations intéressantes sur les scènes liées au vaudou et sur la direction artistique du film, et des portraits de Mickey Rourke, de Lisa Bonet et d'Alan Parker parmi lesquels seul le premier présente un certain intérêt – si on le prend au deuxième degré : Mickey Rourke y est en effet présenté comme une star au firmament de sa carrière, et les superlatifs qui se succèdent ne peuvent que faire sourire avec le recul.


On passera très vite sur Dans les coulisses, qui n'est en fait rien d'autre qu'un remontage en version « courte » des suppléments précédents, et qui propose donc à 95% les mêmes interviews et informations, et sur les scènes coupées qui sont en réalité trois séquences bel et bien présentes dans le film, qui plus est recadrées en 4/3 et donc à réserver aux plus masochistes d'entre vous. Quant à l'interview d'Alan Parker qui complète cette section, elle s'avère tout aussi décevante puisque l'on n'y apprend rien de plus que dans les documents datant de la sortie du film.


La nouveauté principale de ces bonus est donc la place importante laissée au vaudou – un rapprochement pour le moins opportuniste, puisque cette religion n'est finalement qu'un élément d'arrière-plan dans le film – via un documentaire d'une heure séparé en cinq segments. Malgré un grand sérieux et des atouts non négligeables (le grand nombre de témoins – plus d'une demi-douzaine – permet des points de vue multiples voire contradictoires, et l'absence de voix-off est plus qu'appréciable), ce documentaire est malheureusement trop limité pour dépasser le simple statut d'introduction à la religion vaudou. Quatre des cinq chapitres (Le vaudou et Hollywood, La musique vaudou, Visite guidée et La danse de Olga) restent en effet à la surface des choses, au point d'en arriver presque à desservir la « cause » du documentaire qui consiste à séparer le vrai du faux dans les clichés communément associés au vaudou. C'est en particulier le cas du module Visite guidée, dans lequel une des intervenantes présente son magasin vaudou de telle manière que cette religion s'en trouve reléguée au rang des gadgets d'un magasin de bien-être new age (pour les accessoires) et des vignettes Panini (pour la description des esprits vaudou).


La frustration est d'autant plus grande que le principal segment, Figures du vaudou, offre un panorama sérieux et somme toute exhaustif (pour une première approche) de cette religion méconnue, en nous relatant son histoire qui démarre au Bénin et s'achève à la Nouvelle-Orléans en passant par l'esclavage et le métissage avec le catholicisme. La partie consacrée à l'intégration progressive des pratiques vaudou à la vie quotidienne des habitants de la Louisiane est particulièrement captivante et réserve quelques surprises.


Le second disque étant après expertise très anecdotique, il est temps de revenir vers la première galette où l'on trouve les derniers bonus et le long-métrage lui-même. Celui-ci est accompagné d'une introduction d'Alan Parker, qui nous apprend qu'il aime beaucoup Angel heart (on ne s'attendait pas au contraire, en même temps), et d'un commentaire audio – le même que sur la précédente édition zone 2 – de ce dernier. Parker y apparaît comme un honnête faiseur, fier du travail d'écriture et de mise en scène effectué avec l'aide de toute l'équipe technique. L'homme est surtout disert sur son travail avec les acteurs, la bande-son aux accents jazz et sur l'adaptation du roman dont est tiré le scénario – on apprend par exemple que le degré de fidélité envers un roman dépend surtout du nombre de ventes de celui-ci… Malheureusement, les réflexions de Parker ne dépassent jamais ces considérations techniques, et il en résulte de nombreux vides et redites tout au long du commentaire.


En ce qui concerne le film proprement dit, un constat s'impose : au fil des ans et des rééditions, Angel heart s'affirme de plus en plus comme l'exemple parfait d'une œuvre dont la pérennité dépasse de loin celle de ses créateurs. En effet, alors que l' interminable traversée du désert de Mickey Rourke n'a pris fin que tout récemment, que Robert De Niro n'a fait que trois bons films pendant la même période, et qu'Alan Parker a discrètement continué sa carrière de réalisateur opportuniste et un peu pataud (qui se souvient d'Evita ou même de La vie de David Gale ?), Angel heart n'a pas pris une ride et reste toujours aussi plaisant à regarder seize ans après sa sortie – résistant même au fait que tout le monde connaît désormais son « hénaurme » retournement de situation final.


Dans son commentaire audio, Parker résume Angel heart comme étant « un croisement entre Chinatown et L'exorciste » – comprendre « une enquête policière sur fond de surnaturel ». La seconde partie du concept est beaucoup plus réussie que la première, qui souffre de quelques problèmes de rythme et de liant dus à sa qualité d'adaptation de roman. L'intérêt des séquences varie en fonction des témoins successifs que rencontre le détective privé Harry Angel (Mickey Rourke) dans sa quête du dénommé Johnny Fontaine pour le compte du mystérieux Louis Cyphre – prononcer « Cypher ». Assez quelconque tant qu'il reste cantonné à Harlem, le récit change de braquet dès lors qu'il atteint la Louisiane, où deux personnages secondaires féminins ne sont pas loin de voler la vedette à Mickey Rourke : Charlotte Rampling et Lisa Bonet.


C'est par elles qu'Angel se trouve confronté à la culture vaudou, diablement efficace pour faire grimper la tension (même si on sait maintenant grâce au documentaire du second disque qu'elle n'est pas réaliste). Celle-ci est l'élément principal d'une peinture réaliste (acteurs et décors sont du cru) et en même temps extrêmement inquiétante de la Louisiane, qui fait d'Angel heart le petit frère horrifique de Délivrance de John Boorman et de Sans issue de Walter Hill : autochtones menaçants et repliés sur eux-mêmes, climat débordant de chaleur et/ou de pluie, cultures secrètes impénétrables… Tout concourt à créer une ambiance oppressante et irrespirable tandis que les meurtres sanglants s'accumulent et que l'étau se resserre autour du pauvre Harry Angel.


La bande-originale, où le saxophone languissant et typiquement « film noir » de Courtney Pine se noie peu à peu dans d'effrayants chœurs, appuie à la perfection ce changement insidieux d'orientation. Parker recherche plus la force des sensations imprimées au spectateur que la véracité et la logique du récit, un choix qui se révèle payant lorsque l'on atteint le dantesque dernier quart d'heure. Le regard d'effroi de Mickey Rourke lors du climax et la froideur soudaine du film après tant d'exagérations stylistiques et sanglantes nous glacent le sang avec une efficacité qui semble inaltérable au temps et aux revisionnages.

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